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28 mars 2004 :  le jour où Nadal a entamé sa rivalité avec Federer, alors numéro 1 mondial incontesté, par une victoire en deux sets

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Aujourd’hui, nous retournons en 2004 pour voir comment Rafael Nadal, 18 ans, classé 34e mondial, a battu le tout nouveau numéro 1 mondial Roger Federer.

Rafael NADAL - Open Auckland 2004 Rafael NADAL – Open Auckland 2004 – © photosport / Panoramic

Ce qui s’est passé et pourquoi c’est historique : Nadal envoie un message à Federer

Ce jour-là, le 28 mars 2004, un gaucher espagnol déjà célèbre malgré son jeune âge, Rafael Nadal, confirme les espoirs qu’il suscite en battant le numéro un mondial, Roger Federer, au troisième tour du Masters 1000 de Miami (6-3, 6-3). Le Suisse est alors pourtant presque imbattable, et le voir perdre si tôt dans le tournoi contre un nouveau venu est la plus grande surprise de la saison. C’est aussi un avertissement pour Federer qu’un nouveau rival est en train de prendre ses marques sur le circuit.

Les personnages : Rafael Nadal et Roger Federer

  • Rafael Nadal, jeune prodige

En mars 2004, le jeune Rafael Nadal n’a que 18 ans mais il s’est déjà imposé sur le circuit comme une menace à l’ordre établi. En 2002, Nadal, âgé de 15 ans, 10 mois et 26 jours, fait sa première apparition sur le circuit principal, invité dans le tableau principal par le directeur de l’Open de Majorque. Devant son public, le 762e joueur mondial non seulement dispute, mais se permet même de gagner son premier match ATP, en battant le 81e joueur mondial, Ramon Delgado, en deux sets (6-4, 6-4). Un an plus tard, en 2003, à 16 ans, au Masters 1000 de Monte-Carlo, il bat le tenant du titre de Roland-Garros, Albert Costa (7-5, 6-3), avant d’atteindre le troisième tour de Wimbledon (éliminé par Paradorn Srichaphan, 6-4, 6-4, 6-2). Il commence fort en 2004 en disputant sa première finale, à Auckland (battu par Dominik Hrbaty, 4-6, 6-2, 7-5), et à l’entame du Masters 1000 de Miami, il pointe déjà au 34e rang mondial.

Rafael Nadal, 2003 Monte-Carlo Open
Rafael Nadal, 2003 Monte-Carlo Open
  • Roger Federer, le patron

Roger Federer, né en 1981, fait partie depuis quelque temps des leaders du circuit. Dès ses premiers pas sur le circuit, Federer obtient de bons résultats ; son tennis de rêve épate le monde du tennis et très vite, on voit en lui le futur numéro 1 mondial. Les attentes augmentent encore lorsque, à l’âge de 19 ans, il bat, chez lui, sur le Centre Court, le septuple champion de Wimbledon, Pete Sampras en personne, en huitièmes de finale du tournoi 2001 (7-6 5-7 6-4 6-7 7-5). Cependant, le jeune Roger est très émotif et ne gère pas très bien cette pression qu’il porte sur les épaules. Il entre dans le top 10 en juin 2002, mais ses résultats dans les grands événements ne sont pas encore à la hauteur de son talent : lors de ses seize premiers tournois du Grand Chelem, pas une seule fois il n’atteint les quarts de finale. Sa plus grande déception se produit au premier tour de Roland-Garros en 2003, lorsqu’il s’incline en trois petits sets contre Luis Horna, 88e mondial, après un match indigne de son potentiel. Cette défaite éveille peut-être en lui la fibre du champion : un mois plus tard, il remporte son premier titre du Grand Chelem à Wimbledon, venant à bout de Mark Philippoussis en finale, (7-6, 6-2, 7-6). Sa confiance et sa mainmise sur le circuit grandissent inexorablement, malgré une défaite précoce à l’US Open. En finale du Masters 2003, il donne une véritable leçon à Andre Agassi (6-3, 6-0, 6-4), et bien qu’il termine la saison à la 2e place mondiale, derrière Andy Roddick, la plupart des connaisseurs s’accordent à dire que ce n’est qu’une question de mois avant qu’il ne devienne n°1. Cela se produit en effet dès le mois de février, lorsque le Suisse ajoute un deuxième titre du Grand Chelem à son palmarès, en battant Marat Safin en finale de l’Open d’Australie (7-6, 6-4, 6-2)

Roger Federer at the French Open in 2004
Roger Federer at the French Open in 2004

Le lieu : Key Biscane

L’Open de tennis de Miami, qui s’appelle à l’origine le Lipton International Players Championship, a lieu pour la première fois en 1985, à Delray Beach, dans l’idée d’être le premier grand événement de tennis de l’année (à l’époque, l’Open d’Australie se tient au mois de décembre). Le tournoi déménage à Key Biscayne en 1987, et Miloslav Mecir est le premier à triompher dans le nouveau site de Crandon Park. Les joueurs s’y affrontent sur des courts en dur assez lents, dans une chaleur et une humidité extrêmes. Avec une dotation exceptionnelle et un tableau de 96 joueurs, il est encore considéré, en 2004, comme l’un des plus grands tournois de tennis au monde, en dehors des Grands Chelems. Des légendes comme Ivan Lendl, Andre Agassi, Pete Sampras ou encore Jim Courier figurent notamment à son palmarès.

L’histoire : Nadal gagne et impressionne Federer

En mars 2004, lorsque Roger Federer arrive au Masters 1000 de Miami, il semble presque imbattable. Après avoir remporté deux des trois derniers tournois du Grand Chelem, il a récemment triomphé sans trop de difficultés à Indian Wells. Même si son adversaire du troisième tour, Rafael Nadal, 18 ans, a déjà fait tomber quelques gros bonnets au cours de sa jeune carrière, il semble très peu probable qu’un joueur aussi inexpérimenté – le plus jeune du tableau principal – puisse représenter une quelconque menace pour le Suisse. Le seul indice est peut-être que Federer a échappé de justesse à son premier tour contre Nikolay Davydenko (6-2, 3-6, 7-5), montrant des signes d’épuisement après un début d’année chargé et après avoir souffert d’une insolation avant le début du tournoi.

Pourtant, en ce 28 mars, pour leur première rencontre, le jeune Espagnol ne laisse aucune chance à son adversaire. S’appuyant sur une grande régularité au service, avec 81% de premières balles, il n’a pas la moindre balle de break à sauver et domine les débats avec ses puissants coups de fond de court. Avec son incroyable coup droit lifté, il coince le Suisse sur son côté revers et l’étouffe purement et simplement. À la stupéfaction générale, après seulement 70 minutes de jeu, le numéro un mondial incontesté est éliminé par le gaucher, natif de Manacor âgé de seulement 18 ans, 6-3, 6-3.

“J’avais très peur qu’il me batte 6-1, 6-1 ou 6-1, 6-2, mais j’étais vraiment impatient jouer ce match contre le numéro un mondial”, déclare Nadal après coup. “Je suis entré sur le court avec une attitude positive, pas avec une attitude consistant à essayer de gagner le match. Je suis vraiment heureux car j’ai joué l’un des meilleurs matchs de ma carrière”.

“C’est le genre de choses que font les jeunes”, déclare Federer à propos de la performance de Nadal. “J’ai beaucoup entendu parler de lui et j’ai vu certains de ses matches. Je ne pense pas que ce soit une grande surprise pour qui que ce soit”.

Des années plus tard, Federer se souviendra :

“Je ne suis jamais vraiment entré dans le match. Peut-être que j’étais encore un peu fatigué, mais il a bien joué et j’ai été impressionné par ce que j’ai vu.”

La postérité du moment : Une rivalité légendaire

Rafael Nadal sera battu au tour suivant par Fernando Gonzalez (7-6, 4-6, 6-2). 

Cette rencontre entre Nadal et Federer marquera le début de l’une des plus grandes rivalités de tous les temps, dont deuxième épisode, mémorable, se produira douze mois plus tard au même Masters 1000 de Miami, lorsque, en finale, le Suisse remontera un handicap de deux manches à rien pour finalement l’emporter (2-6, 6-7, 7-6, 6-3, 6-1). Cependant, au cours des années suivantes, Nadal s’imposera bel et bien comme la bête noire de Federer, le battant lors de trois finales consécutives à Roland-Garros (2006-2008) et lui ravissant la place de numéro un mondial en 2008 après l’avoir battu à l’issue de l’une des plus grandes finales de Wimbledon de tous les temps (6-4, 6-4, 6-7, 6-7, 9-7).

Au total, Nadal mènera 24 à 16 dans leur face-à-face et, en remportant l’Open d’Australie 2022, sa 21e couronne majeure, il battra également le record de Roger Federer, qui compte 20 titres du Grand Chelem.

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