13 mai 2012 : Le jour où Roger Federer s’est imposé sur la terre bleue de Madrid

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 13 mai 2012, Roger Federer soulevait le trophée sur la fameuse terre battue bleue du Masters 1000 de Madrid.

Roger Federer at Madrid in 2021 - On This Day

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi cela a marqué l’histoire du tennis

Ce jour-là, le 13 mai 2012, en finale du Masters 1000 de Madrid, Roger Federer vient à bout de Tomas Berdych (3-6, 7-5, 7-5) pour remporter le seul tournoi jamais disputé sur terre battue bleue. Le directeur du tournoi, le célèbre Ion Tiriac, avait décidé de changer la couleur de la traditionnelle terre rouge pour que les téléspectateurs puissent mieux voir la balle. Cette décision suscite une telle controverse que la terre bleue ne sera plus jamais autorisée sur le circuit.

Les acteurs

  • Roger Federer, le « GOAT » contesté par Nadal et Djokovic

Roger Federer est, au moment de cette finale, une légende 31 ans qui semble avoir entamé le crépuscule de sa carrière. En mai 2012, il n’est plus « que » troisième mondial, et depuis son dernier succès en Grand Chelem à l’Open d’Australie 2010, son seizième majeur, il semble un ton en-dessous de ses principaux rivaux, Nadal et Djokovic. Pas grand monde ne lui conteste son titre officieux de plus grand joueur de tous les temps depuis qu’il a réussi le Grand Chelem en carrière, en 2009.

Après avoir terminé l’année 1998 comme numéro un mondial chez les juniors, Federer réalise de bonnes performances lors de ses premiers matchs professionnels : lors de ses cinq premières apparitions en tournée principale, en 1998-1999, il atteint trois fois les quarts de finale, à Toulouse, Marseille et Rotterdam. Son jeu déjà très propre fascine le monde du tennis et bientôt, il est annoncé comme le futur numéro 1 mondial.

Le Suisse, très émotif durant ses premières années sur le circuit, finit par maîtriser ses nerfs en 2003, lorsqu’il remporte son premier titre majeur à Wimbledon (en battant Mark Philippoussis en finale, 7-6, 6-2, 7-6). Quelques mois plus tard, après avoir triomphé à l’Open d’Australie (en battant Marat Safin en finale, 7-6, 6-4, 6-3), il devient numéro un mondial, le 2 février 2004, et il conserve alors cette place sans interruption pendant 237 semaines.

Son palmarès en 2012 : l’Open d’Australie (2004, 2006, 2007, 2010), Roland-Garros (2009), Wimbledon (2003-2007, 2009) et l’US Open (2004-2008). En plus de cela, Federer a également accumulé 6 trophées au Masters (2003, 2004, 2006, 2007, 2010, 2011) et 19 couronnes en Masters 1000.

  • Tomas Berdych, Top 10 confirmé

En mai 2012, le Tchèque Tomas Berdych est 7e mondial, un rang derrière son pic en carrière (6e en 2011). Sa régularité lui permet de se maintenir dans le top 10, ses résultats en Grand Chelem, décevants, font qu’il y a un fossé objectif entre lui et le Top 5. A 27 ans, il est au pic de sa carrière. Ses meilleurs résultats, il les a obtenus en 2010 avec une demi-finale à Roland-Garros (battu par Robin Soderling, 6-3, 3-6, 5-7, 6-3, 6-3) et une finale perdue contre Nadal à Wimbledon (6-3, 7-5, 6-4).

Tomas Berdych fait ses débuts en Grand Chelem en tant que lucky loser à l’US Open 2003, atteignant le deuxième tour (battu par Juan Ignacio Chela, 2-6, 6-1, 6-4, 6-3). Il se fait connaître du grand public en 2004 en battant le numéro un mondial, Roger Federer, au deuxième tour des Jeux olympiques d’Athènes (4-6, 7-5, 7-5), et en septembre de la même année, il remporte son premier titre à Palerme (en battant Filippo Volandri en finale, 6-3, 6-3). Un an plus tard, il obtient son premier résultat remarquable dans une épreuve du Masters 1000 en remportant l’Open de Paris-Bercy, en dominant Ivan Ljubicic en finale (6-3, 6-4, 3-6, 4-6, 6-4).

Berdych Bercy 2005

Il termine l’année à la 25e place mondiale. Il entre pour la première fois dans le top 10 en 2007, atteignant ses premiers quarts de finale dans un tournoi majeur à Wimbledon (perdu contre Rafael Nadal, 7-6, 6-4, 6-2).

Le lieu : La « Caja Magica », à Madrid

La ville de Madrid accueille un Masters 1000 depuis 2002. Cependant, jusqu’en 2008, le tournoi avait lieu en salle au mois d’octobre, à la Madrid Arena. En 2009, le calendrier ATP subit des changements et l’Open de Madrid se déroule à présent au printemps, à la place du tournoi de Hambourg. Il se dispute désormais sur terre battue, à la Caja Magica, un complexe bâti spécialement à cet effet, avec d’hypothétiques Jeux Olympiques en ligne de mire, doté de trois courts pourvus de toits rétractables. Le stade se trouve à 700 mètres d’altitude, ce qui a pour conséquence de rendre les balles plus rapides et plus vives au rebond, donc plus difficiles à contrôler.

Madrid, Caja Magica

L’histoire : Nadal et Djokovic se font surprendre et critiquent la surface, Federer soulève le trophée

Ion Tiriac, ancien joueur de tennis roumain des années 1970, devenu depuis un célèbre manager (il a notamment sponsorisé Boris Becker dans les années 1980) et un homme d’affaires notoire, est aux commandes du tournoi de Madrid depuis 2003. Tiriac n’a peur d’aucune controverse et, après avoir engagé des mannequins pour remplacer les traditionnels ramasseurs de balles en 2004, il a eu l’idée de faire jouer le tournoi sur  terre battue bleue.

« Nous avons introduit le bleu dans les épreuves en salle il y a 20 ans, puis tout le monde l’a adopté « , a-t-il déclaré dans une interview pour le journal français Le Figaro dès 2009.  » Je pense vraiment que cela rend la balle plus visible pour les joueurs, les spectateurs et les téléspectateurs. »

A l’époque, l’ATP n’a pas donné son autorisation pour cette innovation, mais Tiriac est aussi féru d’innovation que déterminé. Il est sûr et certain que la terre bleue est une excellente idée pour le spectacle, et il déploie tant d’efforts pour promouvoir son idée que le conseil d’administration de l’ATP finit par céder : en 2012, le Masters 1000 de Madrid va bien se dérouler sur de la terre bleue.

roger_federer_madrid_2021

Si Ion Tiriac est probablement heureux de cette décision, de nombreux joueurs sont passablement irrités de voir l’ATP prendre une décision aussi importante sans les consulter. Pour ne rien arranger, dès les premiers jours du tournoi, les courts en terre battue bleue se montrent très glissants et offrent des rebonds inégaux.

« Pour moi, ce n’est pas du tennis. Soit je joue avec des chaussures de football, soit je demande à Chuck Norris comment jouer sur ce court », déclare le numéro 1 mondial Novak Djokovic, après sa victoire au premier tour. Le Serbe est ensuite éliminé en quart de finale par son compatriote Janko Tipsarevic (7-6, 6-3).

Le roi de la terre battue lui-même, Rafael Nadal, ne cherche pas à dissimuler son aversion pour la nouvelle surface. Le septuple vainqueur de Roland-Garros est battu pour la première fois en 14 rencontres par son compatriote Fernando Verdasco (6-3, 3-6, 7-5) et il est loin d’être convaincu par les efforts de Tiriac pour rendre le jeu plus attrayant.

« La seule chose que je sais, c’est que si les choses continuent comme ça, c’est triste, mais l’année prochaine, ce sera un tournoi de moins dans mon calendrier », affirme Nadal.

Avec ses principaux rivaux éliminés avant les demi-finales, et avec un court glissant qui ne favorise clairement pas les joueurs défensifs, Roger Federer tient une belle occasion de remporter son premier grand titre sur terre battue depuis son triomphe à Roland-Garros, en 2009. Après une frayeur au premier tour contre Milos Raonic (4-6, 7-5, 7-6), le Suisse se fraye un chemin sans lâcher un seul set, jusqu’à la finale, où l’attend Tomas Berdych.

Le Tchèque, qui a montré un niveau de tennis impressionnant toute la semaine, n’est pas vraiment un cadeau pour Federer, qui a perdu trois de leurs cinq derniers affrontements. Pourtant, si Berdych prend le meilleur départ en remportant le premier set (6-3), il est ensuite trahi par ses nerfs dans la deuxième manche, qu’il perd sur une double faute (7-5). Dans le set décisif, le Tchèque concède un break sur une nouvelle double faute et, même s’il parvient à revenir, son arme principale l’abandonne une fois de plus et Federer s’impose, 3-6, 7-5, 7-5, pour remporter son 20e titre en Masters 1000.

La postérité du moment : On ne reverra jamais la terre battue bleue, mais on reverra Federer au sommet

La controverse et les nombreuses plaintes des joueurs concernant la terre battue bleue de Madrid sont telles que l’ATP décidera de l’interdire sur le circuit et que le tournoi sera contraint de revenir à la terre battue rouge traditionnelle, au grand dam de Ion Tiriac.

« Ce n’était pas une idée stupide », déclarera Tiriac au New York Times quatre ans plus tard, en montrant du doigt un terrain traditionnel. « Je ne vois pas la balle ici. Je suis vieux, et je porte des lunettes. »

Quant à Federer, l’Open de Madrid 2012 restera son dernier grand titre sur terre battue. Le Suisse remportera un 17e titre du Grand Chelem en 2012, en triomphant à Wimbledon aux dépens d’Andy Murray (4-6, 7-5, 6-3, 6-4). Cette performance le placera à nouveau au sommet du classement ATP le 9 juillet 2012, place qu’il conservera jusqu’au 28 octobre 2012. Si Federer ne sera alors plus capable de remporter des titres majeurs tous les ans, il ajoutera trois titres du Grand Chelem à son palmarès : l’Open d’Australie (en 2017 et 2018), et Wimbledon en 2017. Il détiendra alors un incroyable record de 20 titres du Grand Chelem, égalé par Rafael Nadal à Roland-Garros en 2020.

Berdych prendra sa revanche sur Federer lors de l’US Open 2012, en le battant en quart de finale (7-6, 6-4, 3-6, 6-3) avant de s’incliner face à Andy Murray, futur vainqueur, au tour suivant (5-7, 6-2, 6-1, 7-6). Cette année-là, avec Radek Stepanek, il mènera la République tchèque à son premier triomphe en Coupe Davis, en disputant tous les matchs officiels en simple et en double. Berdych atteindra la quatrième place mondiale en 2015, et atteindra les demi-finales de trois autres tournois du Grand Chelem, avant de prendre sa retraite à la fin 2019.

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