13 mars 1996, le jour où Thomas Muster a dû se défendre d’être un n°1 mondial au rabais

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 13 mars 1996, Thomas Muster, dont la récente accession à la place de n°1 mondial est déjà contestée, s’incline au premier tour à Indian Wells face au 40e mondial, Adrian Voinea. Il doit faire face à une pluie de critiques.

Thomas Muster OTD 13/03

Ce qui s’est passé ce jour-là

Ce jour-là, le 13 mars 1996, Thomas Muster, qui avait atteint la première place mondiale quelques semaines auparavant, est battu par le 40e joueur mondial, Adrian Voinea (6-3, 7-5), au premier tour du tournoi d’Indian Wells. Pour de nombreux joueurs, comme Andre Agassi et Pete Sampras, qui critiquaient déjà son ascension au sommet, c’est une raison supplémentaire d’affirmer que l’Autrichien ne mérite pas d’être n°1 mondial.

Les acteurs : Thomas Muster et Adrian Voinea

Thomas Muster est né en 1967. Gaucher, il développe un jeu classique de terre battue, imprimant beaucoup de lift des deux côtés et possédant une condition physique hors-norme. Il base son tennis sur de longs échanges très intenses du fond de court, qui lui valent le surnom de « Musterminator ». Il soulève son premier trophée sur le circuit en 1986, à Hilversum, sur terre battue, aux dépens de Jakob Hlasek (6-1, 6-3, 6-3). Bien que tous les tournois gagnés par Muster avant 1990 l’aient été sur ocre, son premier coup d’éclat en Grand Chelem a lieu sur dur, à l’Open d’Australie 1989, où il atteint les demi-finales (battu par Ivan Lendl 6-2, 6-4, 5-7, 7-5).

Cette même année, juste après avoir éliminé Yannick Noah en demi-finale à Miami (5-7, 3-6, 6-3, 6-3, 6-2), il est percuté par un chauffard et son genou est gravement endommagé. Après une opération chirurgicale, il marque le tennis de son empreinte lorsqu’une photo fait le tour du monde, sur laquelle on le voit frapper des coups droits assis sur un banc, la jambe plâtrée. Il devient alors l’image même de la résilience.

Sa volonté de revenir porte ses fruits : il est de retour en 1990 et atteint bientôt les demi-finales de Roland-Garros, battu par le futur vainqueur du tournoi Andres Gomez (7-5, 6-1, 7-5). Malgré un premier titre sur dur à Adélaïde, il s’aperçoit que la terre battue est moins traumatisante pour son genou et se spécialise encore davantage, remportant presque tous ses titres sur cette surface.

Parmi ceux-ci, les plus importants sont le tournoi de Rome en 1990 et celui de Monte-Carlo en 1992, jusqu’à ce qu’en 1995, il ne soit l’auteur de l’une des plus grandes saisons sur ocre jamais réalisées : invaincu 40 matchs durant, il gagne les tournois d’Estoril, Barcelone, Monte-Carlo, Rome et enfin Roland-Garros (aux dépens de Michael Chang, 7-5, 6-2, 6-4).

Plus tard dans l’année, il remporte son premier Masters 1000 sur moquette intérieure, à Essen, en battant au passage Pete Sampras en demi-finale (7-6, 6-2) et MaliVai Washington en finale (7-6, 2-6, 6-3, 6-4). Il termine l’année à la troisième place mondiale, ayant accumulé la bagatelle de douze titres au cours de la saison.

En 1996, après la défaite de Sampras au troisième tour de l’Open d’Australie, l’Autrichien devient n°2 mondial. Agassi occupe toujours la première place, mais il vient de perdre son titre à l’Open d’Australie et doit encore défendre celui de San Jose. Cependant, en 1995, le tournoi avait eu lieu la première semaine de février, et en 1996, il ne se joue que la deuxième semaine. Ainsi, Agassi va perdre ses points avant même d’avoir pu défendre son titre. C’est dans ces conditions que Thomas Muster devient n°1 mondial, le 12 février 1996.

Adrian Voinea est né en Roumanie en 1974, mais à l’âge de 15 ans, il s’installe en Italie, où son frère est entraîneur de tennis. Il se fait connaître à Roland-Garros en 1995, en sortant des qualifications avant de battre le n°3 mondial, Boris Becker, au troisième tour (6-3, 6-4, 3-6, 7-5). Il devient ensuite le premier joueur roumain depuis Ilie Nastase, en 1977, à atteindre les quarts de finale à Paris, finalement battu par Michael Chang (7-5, 6-0, 6-1). Grâce à cette performance exceptionnelle, il entre pour la première fois dans le top 100. En mars 1996, il est le 40e joueur mondial.

Le lieu : Indian Wells

L’histoire d’Indian Wells a commencé en 1987, lorsque le tournoi de La Quinta, sous l’impulsion de Charlie Pasarell, est devenu si important qu’il a dû déménager dans des locaux plus grands, sans quitter la Californie : l’Indian Wells Tennis Garden. Le tournoi était déjà prestigieux à La Quinta, mais en s’installant à Indian Wells, il intègre le circuit du Grand Prix et la finale de sa première édition, connue sous le nom de Pilot Pen Classic, a vu Boris Becker dominer son rival, Stefan Edberg (6-4, 6-4, 7-5).  En 1993, le tournoi intègre la catégorie Super 9, qui deviendra plus tard  Masters Series, puis Masters 1000. Au milieu des années 1990, il est un des tournois les plus importants en dehors des Grands Chelems.

Les faits : Muster battu

En 1996, lorsque débute le tournoi d’Indian Wells, Thomas Muster vient de reprendre la place de n°1 mondial à Pete Sampras, le 11 mars. L’Autrichien avait atteint la première place pour la première fois le 12 février, mais n’était resté qu’une semaine en tête du classement.

Son ascension au sommet crée la polémique dans le monde du tennis, car il a dépassé les deux plus grandes stars de l’époque, Sampras et Agassi, en obtenant la plupart de ses résultats sur terre battue. De plus, lors de sa seule apparition en tant que n°1 mondial, à Dubaï, il a perdu au premier tour contre un joueur classé en dehors du top 100, Sandon Stolle. Les deux grands Américains ont été les premiers à lui tirer dessus à boulets rouges.

« Je pense que Thomas est le meilleur joueur au monde sur la terre battue mais qu’il soit le meilleur joueur n’importe où ailleurs, je n’y crois pas beaucoup », déclare Sampras, selon le Los Angeles Times.

« Le système de classement est basé sur le fait de défendre ses points, et je n’ai pas bien joué en Australie, c’est ainsi qu’il s’est faufilé et est devenu n° 1. Il n’y a que le classement de fin d’année qui compte… C’est là que l’on voit qui est le meilleur joueur du monde ».

Entre-temps, Agassi a déclaré à plusieurs reprises que Muster ne méritait pas d’être le numéro 1 mondial. 

L’Autrichien, déçu par les réactions de son rival, se défend vigoureusement.

« Je ne comprends pas pourquoi Andre, qui est lui-même un champion et sait ce que cela implique, dit des choses pareilles », dit-il.  « Si vous le voulez, vous pouvez critiquer n’importe qui (…) C’est le système. Comme je l’ai dit, ce n’est pas comme si j’achetais mes points au supermarché. »

C’est dans ce climat tendu que Muster joue son match du premier tour contre le 40e mondial, Adrian Voinea, qu’il avait facilement battu quelques semaines auparavant, à Doha (6-2, 6-2). Mais cette fois, les choses ne se passent pas aussi bien pour le vainqueur de Roland-Garros 1995, qui s’incline en deux sets, 6-3, 6-3. Même les trois heures d’interruption pour cause de pluie, entre le premier et le deuxième set, ne le remettent pas en selle. En deux occasions, Muster n’a toujours pas réussi à gagner un match en tant que n°1 mondial.

« Ce n’est pas de la malchance », explique Muster. « C’est quelque chose de très difficile à tenir. Pour moi, être n° 1 est un accomplissement dont j’ai rêvé et qui s’est réalisé. C’est personnel et très important pour moi. »

En raison de sa défaite, Muster peut à nouveau perdre la première place, à condition que Sampras ou Agassi atteigne les demi-finales du tournoi.

Après ça…

Voinea, qui avait déjà appelé le kiné dans le deuxième set de son match contre Muster, ne pourra pas terminer son match du deuxième tour contre Marcelo Rios (6-3, 4-1, ab.). Le Roumain atteindra son meilleur classement,  36e, en avril 1996, et remportera son premier et unique titre en 1999, à Bournemouth, en battant Stefan Koubek en finale (1-6, 7-5, 7-6).

Heureusement pour Muster, Sampras et Agassi s’inclinent tous deux en quart de finale à Indian Wells, ce qui lui permet de rester à la première place pendant cinq semaines supplémentaires. Le 14 avril, il passe son dernier jour en tant que numéro 1 mondial, dépassé une fois pour toutes par Sampras. Au printemps, il recommencera une incroyable série de victoires, remportant cinq titres à Mexico, Estoril, Monte-Carlo, Barcelone et Rome, avant de s’incliner à la surprise générale face à Michael Stich en huitième de finale de Roland-Garros (4-6, 6-4, 6-1, 7-6).

Après un dernier grand titre en mars 1997 à Miami, où il battra en finale… Sergi Bruguera (7-6, 6-3, 6-1), et un dernier quart de finale Porte d’Auteuil en 1998 (perdu contre Felix Mantilla, 6-4, 6-2, 4-6, 6-3), Thomas Muster déclinera peu à peu et prendra sa retraite en 1999.

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