18 mars 1984 : le jour où la finale de Rotterdam entre Lendl et Connors a été interrompue par une alerte à la bombe

Le 18 mars 1984, à Rotterdam, la finale entre Ivan Lendl et Jimmy Connors est interrompue par une alerte à la bombe.

Ivan Lendl, On this day 18.03.2021

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Menace sur la finale de Rotterdam

Ce jour-là, le 18 mars 1984, à Rotterdam, la finale entre Ivan Lendl et Jimmy Connors est interrompue par une alerte à la bombe, alors que Lendl mène 6-0, 1-0. Suite à un appel anonyme, la police ordonne l’évacuation de l’arène. Bien qu’il s’agisse d’une fausse alerte, le match ne reprendra jamais, car Lendl ne veut prendre aucun risque et refuse de retourner sur le court.

Les personnages :

Né en 1960, Ivan Lendl est numéro 2 mondial en mars 1984, derrière John McEnroe. Passé pro en 1978, il se pose depuis 1980 comme l’un des quatre meilleurs joueurs au monde avec Bjorn Borg, John McEnroe et Jimmy Connors. Bien qu’il ait déjà remporté 39 tournois ATP, dont le Masters 1981 en venant à bout de Vitas Gerulaitis (6-7 2-6 7-6 6-2 6-4), il n’est pas encore parvenu à décrocher un titre du Grand Chelem. Il a pour le moment échoué à quatre reprises en finale, dont deux fois face à Jimmy Connors, à l’US Open 1982 et 1983. Il redéfinit les standards du jeu de fond de court, avec un coup droit lifté très puissant qui lui permet d’être à la fois agressif et extrêmement régulier, poussant ses adversaires à un rude combat physique. Il redéfinit également les standards en termes de préparation, s’entraînant plus que quiconque auparavant, bien plus soucieux de sa condition physique et de son alimentation que n’avaient l’habitude de l’être les tennismen de l’époque.

Ivan Lendl, 1984 French Open

Jimmy Connors, né en 1952, est l’un des plus grands joueurs de son temps. Coaché depuis toujours par sa mère, Gloria, Connors est l’un des premiers joueurs à jouer à plat et en cadence depuis la ligne de fond de court. Sa manière de frapper la balle montante inspirera beaucoup les futures générations de joueurs. « Jimbo », passé pro en 1972 à 20 ans, devient n°1 mondial dès 1974. Cette année-là, il gagne trois des quatre tournois du Grand Chelem, et est interdit de participation à Roland-Garros, le quatrième tournoi, en raison d’une procédure judiciaire lancée contre l’ATP.

Il reste n°1 mondial pendant une durée record de 160 semaines consécutives, entre 1974 et 1977. Après avoir cédé son trône à Bjorn Borg le 23 août 1977, pour une semaine seulement (!), il le récupère pour 84 semaines supplémentaires, jusqu’au printemps 1979. Il a alors, en 1979, cinq titres du Grand Chelem à son palmarès : l’Open d’Australie (1974), Wimbledon (1974) et l’US Open (1974, 1976, 1978). De 1979 à 1981, Connors n’évolue pas au même niveau que lors de ses plus grandes années, n’atteignant pas la moindre finale de Grand Chelem. Il revient brillamment au premier plan en 1982-83, redevenant premier mondial après avoir remporté trois nouveaux Grands Chelems : Wimbledon en 1982, et l’US Open en 1982 et 1983, portant son total de titres majeurs à huit. En mars 1984, il est toujours classé 3e au classement ATP.

Le lieu : Rotterdam

Le tournoi de tennis de Rotterdam a été créé en 1972. Bien que la première édition ait eu lieu au mois de novembre, l’événement se déroule en mars depuis 1974. En 1978, le tournoi intègre du prestigieux Grand Prix, et à son palmarès figurent deux des plus grands joueurs de tous les temps, Jimmy Connors (1978, 1981) et Bjorn Borg (1979).  

L’histoire : Une alerte à la bombe qui stoppe le duel Lendl – Connors

Ivan Lendl et Jimmy Connors sont les grands favoris du Grand Prix de Rotterdam 1984. Classés n° 2 et n° 3 mondiaux, derrière John McEnroe, les premières années de leur rivalité ont été largement dominées par l’Américain, qui a remporté leurs huit premières rencontres. Lendl, que Connors avait traité de « poule mouillée » lors du Masters 1981, l’emporte pour la première fois à Cincinnati, en 1982 (6-1, 6-1), mais dans les grands tournois, « Jimbo » reste le plus fort, battant Lendl en finale de l’US Open en 1982 et 1983. 

À Rotterdam, Connors se hisse en finale sans perdre un seul set, tandis que Lendl, après avoir passé ses premiers tours sans encombre, est poussé au tie-break du troisième set par une « wild card » de 18 ans, Stefan Edberg (6-3, 2-6, 7-6). Mais le Tchécoslovaque domine la finale dès le début et, laissant Connors désemparé, il remporte le premier set 6-0, avant de breaker son adversaire dès le premier jeu du deuxième set. C’est pendant ce changement de côté que la police ordonne l’évacuation de l’Ahoy Arena : elle vient de recevoir un appel téléphonique anonyme, d’un homme prétendant représenter un mouvement anticapitaliste, qui affirme qu’une bombe prête à exploser a été placée à côté du court. Les joueurs, ainsi que les officiels et les 5 000 spectateurs, doivent quitter les lieux.

Aucune bombe n’est finalement trouvée, mais après avoir été autorisés à reprendre leurs places dans les tribunes, les spectateurs ont une autre mauvaise surprise : le match ne va pas reprendre. Le directeur du tournoi, Wim Buitendijk, explique que « Connors peut être persuadé de reprendre la partie, mais Lendl n’est pas prêt à prendre le moindre risque ».

Selon le New York Times, à la demande de Lendl, l’argent du « prize money » est placé dans un coffre-fort en attendant que le match puisse être terminé.

La postérité du moment : Connors suspect numéro un

Selon Peter Fleming, ami d’Ivan Lendl et ancien joueur professionnel, le Tchèque restera toujours persuadé que quelqu’un de l’entourage de Connors a passé le fameux coup de fil, pour éviter une défaite humiliante. Cependant, il n’y a jamais eu de preuves pour étayer cette affirmation.

La finale de Rotterdam 1984 ne sera jamais terminée, laissant une autre question en suspens : que faire de l’argent qui avait été enfermé dans un coffre-fort ?

Quelques semaines plus tard, Lendl terminera le travail : en finale du WCT, à Forest Hills, il écrasera Connors (6-0, 6-0). 

En juin 1984, à Roland-Garros, Ivan Lendl remportera finalement le premier de ses huit titres du Grand Chelem, en terrassant John McEnroe à l’issue de l’un des matches les plus célèbres de l’histoire du tennis (3-6 2-6 6-4 7-5 7-5).

Lendl remportera leurs 17 derniers affrontements, le dernier à l’US Open 1992 où Connors venait de fêter ses 40 ans (3-6 6-3 6-2 6-0). Ce sera la dernière apparition en Grand Chelem de Jimmy Connors.

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