20 mars 1994 : le jour où Agassi a accepté de retarder le début de la finale de Miami car Sampras était malade

Le 20 mars 1994, Andre Agassi accepte de retarder le début de la finale de Miami, car son adversaire du jour, le n°1 mondial Pete Sampras, malade, n’est pas en état de commencer à l’heure prévue.

Andre Agassi, OTD 20.03.2021

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Le fair-play d’Agassi n’a pas payé

Ce jour-là, le 20 mars 1994, Andre Agassi accepte de retarder le début de la finale de Miami, car son adversaire du jour, le n°1 mondial Pete Sampras, malade, n’est pas en état de commencer à l’heure prévue. Le Kid de Las Vegas n’est pas récompensé pour son fair-play, car Sampras parvient à récupérer et à remporter la finale, 5-7, 6-3, 6-3, prenant ainsi une avance de 5-4 dans leur tête-à-tête.

Les personnages :

Pete Sampras est né en 1971. L’Américain soulève son premier trophée du Grand Chelem à l’US Open 1990, à l’âge de 19 ans, en battant en finale Andre Agassi . En 1991 et 1992, il subit plusieurs grandes déceptions, comme notamment ses deux défaites en finale de la Coupe Davis 1991 (contre les Français Henri Leconte et Guy Forget), et une cruelle défaite en finale de l’US Open contre Stefan Edberg (3-6, 6-4, 7-6, 6-2). Il dira plus tard que cet échec lui a fait réaliser qu’être le numéro 2 ne pourrait jamais le satisfaire. Il est devenu numéro 1 mondial le 12 avril 1993, et il est alors critiqué pour n’avoir pas gagné de tournoi majeur depuis plus de deux ans, mais lors de la deuxième partie de la saison, il est clairement au-dessus du lot. Il s’impose d’abord à Wimbledon (en battant son compatriote Jim Courier en finale, 7-6, 7-6, 3-6, 6-3), puis à l’US Open (où il domine le Français Cédric Pioline, 6-4, 6-4, 6-3), et il accumule 8 titres au cours de la saison. Il commence 1994 en remportant un troisième titre du Grand Chelem consécutif, en battant Todd Martin en finale de l’Open d’Australie (7-6, 6-4, 6-4). Ses armes : un énorme service reconnaissable entre tous, un excellent jeu au filet, et un grand coup droit, encore plus dangereux lorsqu’il le joue en bout de course.

Pete Sampras, Monte-Carlo 1999

Andre Agassi, le Kid de Las Vegas, est l’une des plus grandes stars de l’histoire du tennis. Passé pro en 1986, il devient rapidement célèbre, grâce à son talent mais aussi à ses tenues vestimentaires originales, dont l’emblématique short en jean et le cycliste rose. Initié au tennis par son père puis élevé à l’académie de Nick Bollettieri, il dispose d’un excellent retour de service (le meilleur de son temps), et son jeu consiste à frapper la balle montante avec une force incroyable, ce qui est révolutionnaire à l’époque et inspirera des générations entières de tennismen. Andre Agassi explose en 1988 : il remporte six tournois, et atteint les demi-finales de Roland-Garros (éliminé par Mats Wilander, 4-6, 6-2, 7-5, 5-7, 6-0) et à l’US Open, où il est battu par Ivan Lendl (4-6, 6-2, 6-3, 6-4). De 1989 à 1991, malgré d’excellents résultats,  Agassi, qui avait été le premier joueur américain de sa génération à se retrouver sous le feu des projecteurs, voit ses rivaux remporter des tournois majeurs, et rate de son côté plusieurs occasions. A Roland-Garros, en 1989, il perd contre Jim Courier au troisième tour (7-6, 4-6, 6-3, 6-2) et assiste au triomphe de Michael Chang, âgé de 17 ans. En 1990, le Kid de Las Vegas passe encore plus près de la gloire, mais, en finale de Roland-Garros, il est surpris par Andres Gomez (6-3, 2-6, 6-4, 6-4), et à l’US Open, il échoue encore sur la dernière marche, battu par Pete Sampras (6-4, 6-3, 6-2). A la fin de la saison, Agassi parvient tout de même à remporter le Masters (il y domine en finale Stefan Edberg, 5-7 7-6 7-5 –2). Malgré ce grand succès, lorsqu’il perd une troisième finale majeure à Paris en 1991 (battu par Jim Courier, 3-6, 6-4, 2-6, 6-1, 6-4), les experts commencent à se demander si Agassi parviendra à jouer à aller au bout d’un tournoi du Grand Chelem. Il y arrive enfin en 1992, à l’endroit où on l’attendait le moins: Wimbledon, un tournoi qu’il a délibérément ignoré à trois reprises (1988-1990). Cette fois, en finale, il bat Goran Ivanisevic à l’issue d’un duel entre le meilleur serveur et le meilleur relanceur au monde (6-7, 6-4, 6-4, 1-6, 6-4). Fin 1993, Agassi doit subir une opération à la suite d’une blessure au poignet qui lui a gâché sa fin de saison.

Le lieu : Miami

L’Open de tennis de Miami, qui s’appelle à l’origine le Lipton International Players Championship, a lieu pour la première fois en 1985, à Delray Beach, dans l’idée d’être le premier grand événement de tennis de l’année (à l’époque, l’Open d’Australie se tient au mois de décembre). Le tournoi déménage à Key Biscayne en 1987, et Miloslav Mecir est le premier à triompher dans le nouveau site de Crandon Park. Les joueurs s’y affrontent sur des courts en dur assez lents, dans une chaleur et une humidité extrêmes. Néanmoins, avec une dotation exceptionnelle et un tableau de 96 joueurs, il est considéré au début des années 1990 comme le plus grand tournoi de tennis au monde, en dehors des Grands Chelems.

L’histoire : Un Sampras aux deux visages

En mars 1994, la rivalité entre Pete Sampras et Andre Agassi n’est pas encore à son apogée. Pourtant, les deux Américains, qui n’ont qu’un an d’écart, se sont déjà affrontés huit fois et, en 1990, la victoire de Sampras sur Agassi en finale de l’US Open a marqué les esprits.

Quatre ans plus tard, Sampras est devenu le n°1 mondial incontesté. En mars 1994, il a même remporté les trois derniers tournois du Grand Chelem. Pendant ce temps, Agassi ne parvient pas à confirmer le nouveau statut qu’il a acquis en triomphant à Wimbledon en 1992. Fin 1993, il se blesse au poignet en poussant son Hummer ensablé dans le désert du Nevada, ce qui l’oblige à se faire opérer et retarde le début de sa saison 1994. Cependant, le désormais 31e mondial, nouvellement entraîné par Brad Gilbert, joue un grand tennis pour se hisser en finale de Miami, battant des adversaires coriaces comme Boris Becker, Cédric Pioline, Stefan Edberg et Patrick Rafter.

Le 20 mars, lorsqu’Agassi entre dans les vestiaires avant la finale, un spectacle inattendu l’attend : son adversaire du jour est allongé sur le sol, souffrant de maux d’estomac. Il est impossible que Sampras soit en mesure de commencer la finale à temps, ce qui donnerait le titre à Agassi. Cependant, le n°1 mondial pense qu’il pourra jouer si Agassi veut bien retarder la finale d’une heure. Le Kid de Las Vegas accepte. « Il ne s’agit pas de gagner le tournoi, il s’agit d’être fier de ce que l’on fait », expliquera plus tard Agassi, selon le New York Times. « Si je ne pouvais pas battre Pete en bonne santé, je ne méritais pas de gagner le tournoi ».

Une heure plus tard, Agassi affronte un tout autre joueur que celui qu’il avait vu tordu de douleur sur le sol du vestiaire. Sampras, expédiant des aces dans toutes les directions, se détache 5-2 dans le premier set, mais le vainqueur de Wimbledon 1992 s’accroche et finit par gagner le premier set, 7-5. Le n°1 mondial prend le service de son adversaire dès le premier jeu du deuxième set, et reste ensuite intouchable jusqu’à la fin du match. « Une fois qu’il a pris l’avantage, il a commencé à servir fort, et c’était fini », déclare Agassi. « Une partie de moi se disait qu’il n’y avait aucune chance qu’il tienne le coup pendant trois sets ; j’avais tort ».

Sampras, qui s’impose finalement  5-7, 6-3, 6-3, en servant 4 aces dans le dernier jeu du match, salue « un geste de grande classe » de la part d’Agassi. « Je me suis réveillé à 7 heures avec des nausées et des haut-le-cœur; je ne pensais pas que je serais capable d’aller sur le court et de jouer », ajoute Sampras. « Mais je me sens beaucoup mieux maintenant. Au fur et à mesure que le match avançait, l’adrénaline a commencé à monter et j’ai commencé à penser que je pouvais gagner malgré les circonstances défavorables. Cela m’a en quelque sorte montré que j’avais du cran ».

Lors de la remise des prix, le fondateur du tournoi, Butch Bucholz, remercie Agassi pour son fair-play, et le finaliste est longuement ovationné par le public. 

La postérité du moment : Le début d’une grande rivalité

La finale de Miami en 1994 est un avant-goût de la rivalité entre Sampras et Agassi au sommet du tennis mondial. Plus tard dans l’année, après que Sampras ait remporté un deuxième titre à Wimbledon, Agassi triomphera à l’US Open. Leur rivalité atteindra son apogée en 1995, lorsqu’ils se disputeront la première place mondiale, s’affrontant dans trois finales de Masters 1000 et deux finales de Grand Chelem : Agassi s’imposera en Australie et Sampras prendra sa revanche à New-York. Même lorsque Pete Sampras aura commencé à décliner à la fin de sa carrière, il donnera toujours le meilleur de lui-même face à Agassi. Leur chef-d’œuvre restera leur rencontre en quart de finale de l’US Open 2001, Sampras s’imposant 6-7, 7-6, 7-6, 7-6 sans le moindre break.

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