3 mars 1991 : Le jour où John McEnroe a battu son frère pour remporter son dernier titre ATP

John McEnroe a remporté, le 3 mars 1991, son 77e et dernier titre ATP, en dominant son frère Patrick en finale à Chicago (3-6, 6-2, 6-4). Une rencontre marquée par un incident téléphonique sur la balle de match.

John & Patrick McEnroe, On This Day

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Le dernier titre de John McEnroe, obtenu face à son frère

Le 3 mars 1991, John McEnroe affronte son petit frère, Patrick, en finale du Volvo Tennis, à Chicago. Le plus célèbre des deux s’impose en trois sets, 3-6, 6-2, 6-4, pour remporter le 77e et dernier titre de sa carrière. Ce sont les premiers frères à s’affronter en finale d’un tournoi ATP depuis Emilio et Javier Sanchez, en 1987.

Les personnages : Les frères McEnroe, la star et l’explosion tardive

John McEnroe, né en 1959, a occupé la place de numéro 1 mondial 170 semaines durant, entre 1980 et 1985. McEnroe est extrêmement talentueux. Son jeu est basé sur le toucher de balle et la précision, le tout agrémenté d’un service aussi original qu’efficace, souvent suivi au filet. Il est également célèbre pour son comportement, qui choque à l’époque le monde bien propre et policé du tennis. Ses querelles incessantes avec le corps arbitral dénotent dans un sport dit « de gentlemen ». Le gaucher américain accumule sept titres du Grand Chelem : trois à Wimbledon (1981, 1983, 1984) et quatre à l’US Open (1979, 1980, 1981, 1984). En 1979, il était devenu le plus jeune vainqueur de l’histoire de l’US Open, en battant Vitas Gerulaitis en finale (7-5 6-3 6-3). En 1980, il dispute son match le plus célèbre en finale de Wimbledon, vaincu par Bjorn Borg en cinq manches après avoir remporté un incroyable tie-break au quatrième set (18-16).

Sa plus grande saison reste 1984, année au cours de laquelle, après une terrible défaite en finale de Roland-Garros contre Ivan Lendl, il remporte non seulement Wimbledon et l’US Open, mais aussi le Masters et la Coupe Davis, finissant l’année en numéro 1 incontesté, avec 82 victoires pour seulement 3 défaites. Après 1984, la domination de McEnroe prend fin. En 1986, il s’éloigne même du circuit, le temps d’épouser Tatum O’Neal. Depuis son retour, « Mac » n’est plus ce qu’il était. Il ne parvient à nouveau en demi-finale d’un tournoi majeur qu’à Wimbledon 1989 (battu par Stefan Edberg, 7-5, 7-6, 7-6). À l’Open d’Australie 1990, alors qu’il est encore 5e mondial, il se fait remarquer en étant le premier joueur de l’ère Open à se faire disqualifier lors d’une épreuve du Grand Chelem. Quelques mois plus tard, il se hisse en demi-finales de l’US Open (éliminé par Pete Sampras, 6-2, 6-4, 3-6, 6-3). En mars 1991, il pointe au 19e rang mondial.

Patrick McEnroe, qui, contrairement à son célèbre frère John, est droitier, est né en 1966. Excellent chez les juniors, il ne passe pro qu’en 1988, après avoir joué pour l’université de Stanford et obtenu un diplôme en sciences politiques. Il obtient son premier résultat remarquable en double, lorsque, associé à Jim Grabb, il remporte les Internationaux de France en 1989, mais en simple, sa carrière ne prend son envol qu’au début 1991. Cette année-là, à l’Open d’Australie, où il arrive dans la peau d’un 120e mondial, il atteint les demi-finales, où il est battu par le futur vainqueur du tournoi, Boris Becker (6-7, 6-4, 6-1, 6-4). Grâce à ce résultat, il entre pour la première fois dans le top 100. En mars 1991, il est classé 51e mondial.

Le lieu : Chicago

L’Open Volvo/Chicago, un tournoi joué sur moquette intérieure, a été créé en 1985. Organisé à l’origine fin mars, l’événement a disparu du calendrier ATP en 1988, pour réapparaître en 1991, quatre ans après sa dernière édition.

L’histoire : Un John inhabituellement calme renverse Patrick, un téléphone perturbe la balle de match

En 1991, l’Open Volvo/Chicago a lieu pour la première fois depuis quatre ans. Pour cette occasion spéciale, les spectateurs ont droit à un événement rare : deux frères s’affrontant en finale d’un tournoi ATP. Et pas n’importe quels frères : John et Patrick McEnroe.

À l’époque, John n’est plus le joueur dominant qu’il était au début des années 80, mais il fait toujours partie du Top 20, et il a disputé les demi-finales de l’US Open à peine six mois plus tôt. Au contraire, Patrick, qui avait pris l’option de ne pas commencer sa carrière avant d’avoir obtenu son diplôme universitaire, a tout juste décroché son premier résultat remarquable en atteignant les demi-finales de l’Open d’Australie. Ce résultat l’a propulsé pour la première fois dans le top 100. Ils ont remporté ensemble plusieurs tournois en double et se sont échauffés ensemble avant les demi-finales de Chicago. Leur père est venu assister à cette finale 100% McEnroe.

« Je joue avec John depuis longtemps, nous nous sommes entraînés ensemble. Je ne sais toujours pas où va son service », déclare Patrick avant la finale, selon upi.com.

Malgré cette affirmation, Patrick, qui dispute sa première finale ATP, est le premier à prendre le service de son frère, et il empoche la première manche, 6-3. Cependant, la réaction de John ne se fait guère attendre : il breake son frère d’entrée au deuxième set, et revient bientôt dans le match (6-2). Dans le set décisif, le plus jeune des McEnroe se détache 2-0, mais son frère aîné, gardant inhabituellement son sang-froid, reprend le dessus.

« J’ai estimé qu’il était très important, dans cette situation, de ne pas diminuer ma victoire ou ma défaite en me laissant emporter par l’une de mes crises de nerfs habituelles », expliquera John, selon le Chicago Tribune.

Enfin, à l’issue d’un troisième set très tendu, le septuple vainqueur de Grand Chelem se procure une balle de match sur son service. Juste après qu’il a lancé la balle, un téléphone sonne, quelque part dans le public, et John arrête son mouvement. Cette interruption inattendue entraîne une situation amusante, lorsqu’il se tourne vers son père : « Papa, c’est maman qui appelle ». Patrick en profite pour se détendre un peu avant de faire face à une balle de match, et ajoute : « Dis-lui que je serai bientôt à la maison ». « Elle dit qu’il faut que tu rates ce retour », dit John pour conclure ce petit interlude.

Patrick ne rate pas son retour. Mais grâce à une dernière volée gagnante, John s’impose, remportant son 77e titre ATP. Les deux joueurs expliquent plus tard à quel point il était difficile d’affronter son propre frère.

« Toutes les émotions imaginables sont là, chacune d’entre elles, déclare John. Vous êtes toujours préoccupé par l’idée de gagner, et pourtant vous savez que c’est votre frère. Vous êtes fier de la façon dont il joue, et pourtant vous ne voulez pas qu’il vous batte. Vous êtes nerveux parce qu’il y a une pression naturelle, une compétition entre frères. Et il faut garder en tête que c’est une finale de tournoi… Je vieillissais à vue d’œil. »

« C’était juste un sentiment bizarre, dit Patrick, je ne me suis jamais vraiment senti à l’aise. Je n’ai jamais eu cette envie dévorante de gagner ce match, comme c’est le cas chaque fois que je joue. »


Quant à leur père, John Sr, il semble satisfait du résultat.

“Il est difficile de décrire ce que j’ai ressenti, mais je ne pense pas que le match aurait pu mieux se passer. La logique du classement a été respectée, le résultat que tout le monde attendait a eu lieu, et pourtant Patrick a clairement démontré qu’il était bien à sa place ».

La postérité du moment : Le dernier titre de John, le seul de Patrick arrivera en 1995

Son 77e titre, remporté contre son propre frère, restera le dernier tournoi jamais remporté par John McEnroe. Il déclinera jusqu’à sa retraite, fin 1992. Son dernier résultat notable sera une demi-finale atteinte à Wimbledon 1992 (battu par Andre Agassi, 6-4, 6-2, 6-3).

Son frère Patrick restera dans le top 100 jusqu’à la fin de l’année 1996. Il remportera son seul titre en 1995, à Sydney, en battant Richard Fromberg en finale (6-2, 7-6). Cette même année, il se hissera également en quarts de finale de l’US Open (battu par Boris Becker, 6-4, 7-6, 6-7, 7-6) et atteindra son meilleur classement, 28e mondial.

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