30 mars 1997 : Le jour où Muster a gagné le titre à Miami, huit ans après y avoir subi un terrible accident

Thomas Muster remporte le 30 mars 1997 le tournoi de Miami, aux dépens de Sergi Bruguera en finale. Un moment particulier pour l’Autrichien, qui avait subi huit ans plus tôt un grave accident de la route à la veille de la finale en Floride, ce qui l’avait gravement blessé au genou et avais mis en péril la suite de sa carrière.

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Ce qu’il s’est passé ce jour-là : La victoire symbolique de Muster

Le 30 mars 1997, dans un duel de terriens et d’anciens vainqueurs de Roland-Garros, Thomas Muster prend le dessus sur Sergi Bruguera (7-6, 6-3, 6-1) en finale du tournoi de Miami, le troisième plus grand tournoi sur dur de l’année. Cela faisait huit ans, quasiment jour pour jour, que l’Autrichien avait vu sa carrière menacée après un accident de voiture survenu alors qu’il s’était qualifié pour la finale du tournoi en 1989. C’est également la première fois depuis 1989 qu’il n’y pas le moindre joueur américain en finale de Miami.

Les acteurs : Muster et Burguera, duel de spécialistes de la terre sur le dur de Miami

Thomas Muster est né en 1967. Gaucher, il développe un jeu classique de terre battue, imprimant beaucoup de lift des deux côtés et possédant une condition physique hors norme. L’Autrichien base son tennis sur de longs échanges très intenses du fond de court, qui lui valent le surnom de « Musterminator ». Il soulève son premier trophée sur le circuit en 1986, à Hilversum, sur terre battue, aux dépens de Jakob Hlasek (6-1, 6-3, 6-3). Bien que tous les tournois gagnés par Muster avant 1990 l’aient été sur ocre, son premier coup d’éclat en Grand Chelem a lieu sur dur, à l’Open d’Australie 1989, où il atteint les demi-finales (battu par Ivan Lendl, 6-2 ,6-4, 5-7, 7-5). Cette même année, juste après avoir éliminé Yannick Noah en demi-finale à Miami (5-7, 3-6, 6-3, 6-3, 6-2), il est percuté par un chauffard et son genou est gravement endommagé. Après une opération chirurgicale, il marque le tennis de son empreinte lorsqu’une image fait le tour du monde, sur laquelle on le voit frapper des coups droits assis sur un banc, la jambe plâtrée. Il devient alors l’image même de la résilience.

Sa volonté de revenir porte ses fruits et il est de retour en 1990, et atteint bientôt les demi-finales de Roland-Garros, battu par le futur vainqueur du tournoi Andres Gomez (7-5, 6-1, 7-5). Malgré un premier titre sur dur à Adélaïde, il s’aperçoit bientôt que la terre battue est moins traumatisante pour son genou et se spécialise encore davantage, remportant presque tous ses titres sur terre battue. Parmi ceux-ci, les plus importants sont le tournoi de Rome en 1990, et celui de Monte-Carlo en 1992, jusqu’à ce qu’en 1995, il soit l’auteur de l’une des plus grandes saisons sur terre battue jamais réalisées : invaincu sur ocre 40 matchs durant, il gagne les tournois d’Estoril, Barcelone, Monte-Carlo, Rome et enfin Roland-Garros (aux dépens de Michael Chang, 7-5, 6-2, 6-4). Plus tard dans l’année, il remporte son premier Masters 1000 sur moquette intérieure, à Essen, en battant au passage Pete Sampras en demi-finale (7-6, 6-2) et MaliVai Washington en finale (7-6, 2-6, 6-3, 6-4). Il termine l’année à la 3e place mondiale, ayant accumulé la bagatelle de 12 titres au cours de la saison et au début de 1996, il atteint la première place mondiale, pour un total de 6 semaines. Au printemps, il entame une nouvelle série de victoires sur terre battue, remportant cinq titres à Mexico, Estoril, Monte-Carlo, Barcelone et Rome, avant de s’incliner à la stupéfaction générale face à Michael Stich en huitièmes de finale de Roland-Garros (4-6, 6-4, 6-1, 7-6). En mars 1997, après avoir atteint les demi-finales de l’Open d’Australie (battu par Sampras, 6-1, 7-6, 6-3) et d’Indian Wells, il est N.2 mondial.

Sergi Bruguera, né en 1971, se révèle au grand public à l’âge de 19 ans, en 1990, à Roland-Garros, en éliminant le N.1 mondial Stefan Edberg au premier tour (6-4, 6-2, 6-1). Véritable spécialiste de la terre battue, l’Espagnol remporte quatorze tournois au cours de sa carrière, dont seulement un seul sur dur, en 1993, à Bordeaux. Il s’appuie sur un énorme lift qu’il imprime des deux côtés à l’aide de prises très fermées, et sur un revers d’une régularité exceptionnelle, qu’il ne rate pour ainsi dire jamais. Son jeu est si défensif qu’il ignore souvent la saison sur gazon et n’a joué que trois fois à Wimbledon depuis le début de sa carrière. Son plus grand exploit est bien sûr d’avoir triomphé deux années consécutives à Roland-Garros. La première fois, en 1993, il est 11e mondial et, après avoir infligé au Français Thierry Champion le dernier triple 6-0 de l’histoire en Grand Chelem, il vient à bout en finale du tenant du titre, Jim Courier, à l’issue d’une finale épique (6-4, 2-6, 6-2, 3-6, 6-3).

En 1994, il parvient à conserver son titre, en battant en finale son compatriote Alberto Berasategui (6-3, 7-5, 2-6, 6-1). En 1995, il est seulement éliminé en demi-finale par Michael Chang (6-4, 7-6, 7-6), mettant ainsi fin à une série de 19 victoires de rang à Roland-Garros. Fin 1995, il se blesse sérieusement à la cheville, ce qui ruine sa préparation hivernale et par là même sa saison 1996, plongeant à la 81e place mondiale. Il sauve toutefois sa saison aux Jeux Olympiques d’Atlanta, où il obtient une médaille d’argent, battu en finale par Andre Agassi (6-2, 6-3, 6-1). Déterminé à revenir au sommet, il prend un bon départ en 1997 et, après avoir atteint la finale à Milan (battu par Goran Ivanisevic, 6-2, 6-2), il est déjà 35e mondial à la fin du mois de mars.

Le lieu : Miami, le plus grand des autres

L’Open de tennis de Miami, qui s’appelle à l’origine le Lipton International Players Championship, a lieu pour la première fois en 1985, à Delray Beach, dans l’idée d’être le premier grand événement de tennis de l’année (à l’époque, l’Open d’Australie se tient au mois de décembre). Le tournoi déménage à Key Biscayne en 1987, et Miloslav Mecir est le premier à y triompher. Les joueurs s’y affrontent sur des courts en dur assez lents, dans une chaleur et une humidité extrêmes. Néanmoins, avec une dotation exceptionnelle et un tableau de 96 joueurs, il est considéré en 1997 comme l’un des plus grands tournois de tennis au monde, en dehors des Grands Chelems, et le tenant du titre n’est autre qu’Andre Agassi.

L’histoire : Un titre fort en émotions pour Muster

La finale de l’Open de Miami 1997 est un duel inattendu entre deux adeptes du jeu de fond de court, spécialistes de la terre battue : Thomas Muster et Sergi Bruguera. Ces deux joueurs ont construit leur carrière sur ocre et ont tous deux triomphé à Roland-Garros : Muster en 1995, Bruguera en 1993 et 1994.

Mais l’Autrichien, qui a remporté un Masters 1000 en salle à Essen, en 1995, et qui vient d’atteindre pour la deuxième fois les demi-finales de l’Open d’Australie, a déjà prouvé qu’il pouvait bien jouer sur dur. De fait, il s’était déjà hissé en finale ici, à Miami, en 1989. Mais il avait alors été renversé par un conducteur ivre sur le parking d’un centre commercial du centre-ville, après sa victoire en demi-finale. Le fait de revenir en finale en 1997 représente « la plus grande justice [qu’il aurait] pu obtenir », affirme-t-il, selon le New York Times.

Alors qu’il s’attendait probablement à affronter Pete Sampras en finale, il a l’agréable surprise de voir le N.1 mondial se faire renverser, à la surprise générale, par Bruguera. Sur dur, l’Espagnol n’est pas aussi effrayant que Sampras et, de plus, Muster possède une confortable avance de 12-2 dans leur face-à-face. L’Autrichien n’a pas perdu contre Bruguera depuis quatre ans, après l’avoir notamment battu en finale de l’Open d’Italie 1995 pour s’imposer comme la nouvelle terreur de la terre battue.

Sous une accablante chaleur tropicale, les deux anciens vainqueurs de Roland-Garros se livrent une lutte acharnée jusqu’au tie-break de la première manche, où Bruguera vendange un point facile qui offre une balle de set à son adversaire. Quelques secondes plus tard, Muster remporte le premier set, 7-6.

« Je savais que le premier set allait probablement être le facteur décisif du match, un facteur mental important », expliquera plus tard Muster


Il avait bien raison : après la perte du premier set, Bruguera s’effondre progressivement au point d’être proprement balayé, 6-3, 6-1.

 »Après avoir raté mes grosses occasions dans le premier set, j’étais très abattu mentalement », confirme l’Espagnol.

Pour l’Autrichien, remporter le titre à Miami, où il avait subi une blessure qui avait mis sa carrière en péril, représente bien sûr quelque chose de très spécial.

« C’était un peu émouvant », déclare Muster, dans des propos rapportés par le Tampa Bay Times. « Après Roland-Garros, c’est peut-être le moment le plus émouvant de ma carrière. Je pense, vous savez, que la vie est juste parfois un peu effrayante, parce que tout vous revient en tête. »

La postérité du moment : Le dernier pour Muster, Bruguera en finale de Roland avant de décliner

L’Open de Miami 1997 sera le dernier titre remporté par Muster. Après une saison sur terre battue décevante, il sera battu au troisième tour de Roland-Garros par un nouveau venu nommé Gustavo Kuerten (6-7, 6-1, 6-3, 3-6, 6-4), qui remportera ensuite le tournoi. Après un dernier quart de finale à Roland-Garros en 1998 (éliminé par Felix Mantilla, 6-4, 6-2, 4-6, 6-3), Muster déclinera lentement et prendra sa retraite en 1999.

À Roland-Garros, Sergi Bruguera se hissera en finale pour la troisième fois en cinq ans. Mais il ne parviendra pas à décrocher un troisième titre, battu par Kuerten en trois sets (6-3, 6-4, 6-2). Après un huitième de finale la même année à l’US Open (perdu contre Marcelo Rios), il ne franchira plus jamais le deuxième tour d’un tournoi du Grand Chelem et ne remportera plus aucun titre ATP. Touché par diverses blessures, il quittera le Top 100 au cours de la deuxième moitié de 1998. Pour sa dernière apparition à Roland-Garros, en 2001, il abandonnera au début du quatrième set de son deuxième tour contre Michael Russell, victime d’une insolation. Bruguera prendra sa retraite à l’été 2002.

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