13 mai 1973 : Le jour où Bobby Riggs a “écrasé” Margaret Court

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 13 mai 1973, Bobby Riggs, 55 ans, domine largement Margaret Court, no.2 mondiale, dans ce qui est désormais appelé le “Massacre de la fête des mères”. Un prélude à la bataille des sexes que l’ancien numéro 1 mondial perdra plus tard contre Billie Jean King.

On this day Battle of the Sexes 13_5

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi ça a marqué l’histoire du tennis

Ce jour-là, le 13 mai 1973, l’ex-numéro 1 mondial et ancien joueur professionnel Bobby Riggs, âgé de 55 ans, domine sans difficulté la numéro 2 mondiale Margaret Court 6-2 6-1, dans un prélude à la Bataille des Sexes, passé à la postérité sous le nom de « Massacre de la Fête des Mères ». Cette victoire soutient la croisade menée par Riggs contre l’égalité des primes entre les joueurs et les joueuses. Son succès accule aussi la numéro 1 mondiale, Billie Jean King, qu’il avait initialement défiée, et la forcera à accepter de l’affronter quelques mois plus tard à Houston au cours de la célèbre Bataille des Sexes.

Les personnages

Bobby Riggs

Bobby Riggs est né en 1918. L’Américain a été numéro 1 mondial chez les amateurs, après avoir gagné Wimbledon et l’US Open en 1939. Cette année-là, au All England Club, il réalise l’exploit de remporter les trois titres possibles : le simple, le double et le double mixte. Passé pro en 1940, sa carrière est interrompue par la Seconde Guerre Mondiale. A la fin des années 1940, il affronte lors de ses tournées des joueurs tels que Donald Budge et Jack Kramer, et il fait alors partie des meilleurs joueurs du monde, jusqu’à se retraite en 1951. Il reste en contact avec le tennis en tant que promoteur, mais traîne surtout la réputation de tremper dans des affaires louches et d’écumer les casinos. Il prétend par exemple avoir empoché une fortune en 1939 en ayant parié sur son propre triple succès à Wimbledon.

Bobby Riggs, 1939 Wimbledon champion

Au début des années 1970, en désaccord avec les exigences de Billie Jean King sur l’égalité des primes hommes/femmes, il se met à critiquer grossièrement le tennis féminin, probablement en quête d’attention. « La place des femmes est dans la cuisine et la chambre à coucher – pas nécessairement dans cet ordre », restera comme l’une des déclarations qui lui vaudront le surnom auto-attribué de « male chauvinist pig » (macho endurci). Finalement, âgé de 55 ans, il décide de mettre Billie Jean King, alors au sommet de son art, au défi de l’affronter pour prouver la supériorité du tennis masculin, mais elle refuse et ne manifeste pour le moment aucune intention d’accepter son challenge.

Margaret Court

Margaret Court est née en 1942. L’Australienne est à l’époque vue comme la meilleure joueuse de tous les temps. Sa grande envergure et son excellente qualité de déplacement rendent son jeu de service-volée extrêmement efficace. Elle s’appuie aussi sur une force exceptionnelle, qui lui procure notamment une grande réussite au smash. En 1970, Margaret Court réalise le premier Grand Chelem calendaire de l’histoire du tennis féminin et, en mai 1973, elle détient 22 trophées majeurs. Elle est la seule joueuse de l’histoire à avoir réalisé deux « Grands Chelems Groupés » (qui consistent à remporter, en carrière, tous les tournois du Grand Chelem à la fois en simple, en double et en double mixte), une fois en tant qu’amateur, puis une seconde fois en tant que pro.

Margaret Court, Wimbledon

Les lieux

La rencontre est organisée à Ramona, Californie, un endroit assez isolé près de San Diego. Ray Watt, un important promoteur immobilier, principal sponsor de l’événement, y possède des terrains qu’il espère vendre aux célébrités attirées par le match afin qu’elles y édifient de somptueuses maisons de vacances.

L’histoire

Bobby Riggs cherche des noises au tennis féminin depuis un moment déjà. En 1973, il affirme que le tennis féminin est inférieur et que, même à l’âge de 55 ans, il peut encore battre n’importe laquelle des meilleures joueuses au monde. Au départ, Riggs vise Billie Jean King, qu’il surnomme « la cheffe de meute de la révolution sexuelle ». King est connue pour avoir mis sur pied le premier circuit professionnel féminin et réclamé l’égalité des primes. Riggs pense que cela n’a pas de sens et, pour soutenir ses propos, propose à Billie Jean King de l’affronter, n’hésitant pas à la provoquer :

« Si elle ne peut pas battre un vieil homme fatigué, elle ne mérite même pas la moitié de ce qu’elle gagne. »

King ne mord par à l’hameçon. Elle a conscience de ce qui est en jeu : s’il lui arrivait de perdre, sa cause serait perdue. Les risques sont trop élevés. Contrairement à King, Margaret Court ne s’intéresse pas du tout à la lutte pour les droits des femmes. Elle a confiance en son jeu et est attirée par la dotation alléchante. Elle fait savoir à Bobby Riggs qu’elle est intéressée, négocie les tarifs à la hausse et accepte le défi. Au départ, elle voit cela comme une simple exhibition, et ne comprend pas les enjeux réels. Avant qu’il ne soit trop tard.

Tandis que Court continue à gagner presque tous les tournois auxquels elle participe, Riggs, lui, continue de faire du bruit, et l’intérêt du monde entier pour l’événement grandit de jour en jour. Tout comme la pression sur les épaules de Court.

« Regardez tous ces messages téléphoniques », pérore-t-il selon Sports Illustrated. « Ce match est juste incroyable. Le monde entier a les yeux rivés sur moi. Je suis le plus grand joueur professionnel de l’histoire. Je suis le meilleur défenseur au monde. Margaret est la plus grosse cogneuse qui soit. Quel match ! Personne ne sait ce qu’il va se passer. Le mystère de l’âge. C’est énorme ! »

Lorsque Court arrive sur place, quarante-huit heures avant le match, Riggs l’accueille chaleureusement.

« Est-ce que tu rends compte, Margaret, que c’est le match le plus important que tu aies jamais joué ? Imagine combien de femmes comptent sur toi ! », dit-il.

Le match a lieu le jour de la Fête des Mères devant 3500 spectateurs, et près de dix millions de téléspectateurs, selon CBS. Toutes sortes de célébrités sont venues assister au spectacle, comme O.J Simpson, Bill Cosby et John Wayne, venu pour remettre le prix au vainqueur.

Le match lui-même est un non-événement. Certainement perturbée par la pression inattendue qui lui est tombée dessus depuis que Bobby a fait de ce match un événement planétaire, Margaret Court n’est que l’ombre d’elle-même. Passant moins de 50% de premiers services, elle semble déroutée par la stratégie de Riggs, une véritable compilation de coups foireux : slices, lobs, amorties, il ne donne aucun rythme, et Court ne sait pas quoi faire de la balle. Bobby Riggs empoche les trois premiers jeux en ne lâchant que quatre points. La confiance et la concentration de Court sont ébranlées par ce début de match catastrophique et elle ne parvient pas à rassembler ses esprits. Bobby Riggs s’impose rapidement, 6-2 6-1.

« Je ne m’attendais pas à autant de balles cotonneuses, expliquera ensuite Margaret Court. Les filles ne jouent pas comme ça. »

Bobby Riggs se trouve exactement là où il le voulait : au centre de l’attention, triomphant. Surexcité, il fanfaronne :

« Ne me sous-estimez jamais. Maintenant je veux absolument King. Je l’affronterai sur terre, sur gazon, sur ciment, sur marbre ou sur des patins à roulettes. Cette lutte des sexes doit continuer. Je suis un spécialiste des femmes, à présent. Je vais voyager à travers le monde pour défier toutes les championnes. En Angleterre, en France, en Tchécoslovaquie, partout. J’ai trouvé une nouvelle voie. »

La postérité du moment

« Le Massacre de la Fête des Mères » aura assez de résonance pour amener Bobby Riggs à la « une » de Sports Illustrated.
Son projet de voyager autour du monde à la recherche de championnes à battre ne se réalisera pas. Billie Jean King ne pourra plus l’éviter. Elle avait dit elle-même que si Margaret Court venait à perdre, elle n’aurait pas d’autre choix que d’affronter Riggs elle-même. Quelques mois plus tard, une deuxième « Bataille des Sexes » aura lieu, cette fois à l’Astrodome de Houston. Ce sera à l’époque l’événement tennistique le plus important jamais organisé, retransmis en direct en prime-time et regardé par quatre-vingt dix millions de gens à travers le monde. King prendra le dessus 6-4 6-3 6-3. Rien de tout cela ne serait arrivé si Margaret Court avait battu Bobby Riggs au mois de mai.

Malgré sa déception, Margaret Court repartira du bon pied en 1973 et remportera Roland-Garros puis l’US Open, son dernier titre du Grand Chelem. Elle ne s’investira jamais dans la lutte pour les droits des femmes. Elle prendra sa retraite en 1977, avec à son palmarès un record de 64 titres du Grand Chelem, dont 24 en simple, également un record. En 2003, un court de 6 000 places sera rebaptisé à son nom à Melbourne Park. Elle se reconvertira en ministre du culte pentecôtiste, et créera à plusieurs reprises la polémique en tenant des propos homophobes.

19 ans plus tard, en 1992, un autre combat « homme contre femme », appelé cette fois « La bataille des Champions », verra Jimmy Connors dominer Martina Navratilova. Autorisé à une seule chance au service, pendant que son adversaire bénéficiait d’un terrain agrandi, il s’imposera 7-5 6-2. Connors prétendra plus tard avoir parié un million de dollars qu’il perdrait moins de huit jeux.

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