15 mai 1994 : Le jour où Pete Sampras a remporté son plus grand titre sur terre battue

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. le 15 mai 1994, Pete Sampras remporte son titre le plus important sur terre battue, à Rome.

Pete Sampras On this day

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi ça a marqué l’histoire du tennis

Ce jour-là, le 15 mai 1994, Pete Sampras remporte son titre le plus important sur terre battue, à l’Open d’Italie, livrant une grande performance en finale pour vaincre Boris Becker, 6-1 6-2 6-2. Bien qu’il ne soit généralement pas très à l’aise sur terre, cette victoire fait de lui un sérieux prétendant au titre pour Roland-Garros, ce qui lui permettrait de réaliser le Grand Chelem « sur deux ans », lui qui a gagné les trois dernières épreuves majeures (Wimbledon et l’US Open en 1993, suivis par l’Open d’Australie 1994). Ce match est aussi un rare affrontement de deux attaquants en finale d’un grand tournoi sur terre battue. Ce titre, obtenu par Pete Sampras à l’âge de 22 ans, restera son plus grand résultat sur cette surface.

Les personnages

Pete Sampras est né en 1971. L’Américain a soulevé son premier trophée du Grand Chelem à l’US Open 1990, à l’âge de 19 ans. En 1991 et 1992, il a subi plusieurs grandes déceptions, comme notamment ses deux défaites en finale de la Coupe Davis 1991 (contre Henri Leconte et Guy Forget), et une cruelle défait en finale de l’US Open contre Stefan Edberg (3-6 6-4 7-6 6-2). Il dira plus tard que cet échec lui a fait réaliser qu’être le numéro 2 ne pourrait jamais le satisfaire. Il est devenu numéro 1 mondial le 12 avril 1993, et depuis, bien qu’il l’ait lâchée pour deux semaines au mois de juillet, il est clairement au-dessus du lot. Il a gagné trois tournois du Grand Chelem d’affilée, un exploit inédit depuis Rod Laver en 1969 : Wimbledon (en battant son compatriote Jim Courier en finale, 7-6 7-6 3-6 6-3), l’US Open (où il domine le Français Cédric Pioline, 6-4 6-4 6-3) et l’Open d’Australie (venant à bout de Todd Martin, 7-6 6-4 6-4). Roland-Garros, où il a atteint les quarts de finale à deux reprises, est le seul qui lui manque. Comme John McEnroe et Stefan Edberg avant lui, il est mis au défi de s’imposer sur terre battue avec un jeu aussi offensif que le sien. Ses armes : un énorme service reconnaissable entre tous, un excellent jeu au filet, et un grand coup droit, encore plus dangereux lorsqu’il le joue en bout de course.

Boris Becker est né en 1967. En 1985, à 17 ans, l’Allemand est devenu le plus jeune vainqueur de l’histoire de Wimbledon, en battant Kevin Curren en finale (6-3 6-7 7-6 6-4). Au total, il a remporté pas moins de trois titres au All England Club, qui a aussi été le théâtre de sa célèbre rivalité avec le Suédois Stefan Edberg. A trois reprises, les deux hommes y ont croisé le fer en finale, Becker ne l’emportant qu’une fois, en 1989 (6-0 7-6 6-4), bien qu’il mène pourtant largement sur l’ensemble de leurs affrontements. Son service surpuissant lui vaut le surnom de « Boum Boum ». Il est connu pour ses spectaculaires plongeons à la volée. C’est un joueur très expressif qui est capable parfois de « péter les plombs ». Sa grande époque a eu lieu entre 1989 et 1991 : pendant cette période, il a accumulé trois titres du Grand Chelem et atteint la place de numéro 1 mondial le 28 janvier 1991, suite à son triomphe face à Ivan Lendl en finale à Melbourne (1-6 6-4 6-4 6-4). Becker a ensuite connu des temps  plus difficiles et, en 1993, est même sorti du top 10 pour la première fois en huit ans. En mai 1994, il pointe à la 13e place mondiale.

Le lieu

Les Internationaux d’Italie ont lieu à Rome depuis 1935, au Foro Italico, un complexe sportive immense destiné initialement à soutenir la candidature de l’Italie pour accueillir les Jeux Olympiques de 1940. Classé dans la catégorie des Masters 1000, il est aujourd’hui encore l’un des tournois sur terre battue les plus prestigieux. Presque tous les plus grands joueurs de l’histoire du tennis ont foulé les courts du Stadio del Tennis.

Les deux joueurs y ont déjà tous deux atteint le stade des demi-finales, Boris Becker il y a bien longtemps, en 1985, tandis que Pete Sampras a signé cette performance l’année précédente, en 1993, éliminé par Goran Ivanisevic (7-6 6-2).

L’histoire

La finale entre Pete Sampras et Boris Becker est une affiche plutôt inattendue en finale des Internationaux d’Italie 1994, dont le tableau comptait beaucoup de spécialistes de la terre battue, tels que Jim Courier ou Thomas Muster. Même si le joueur américain domine en ce moment le tennis mondial et a déjà soulevé six trophées en 1994, son palmarès sur ocre n’est pas aussi impressionnant : il n’a gagné qu’un petit tournoi à Kitzbühel en 1992, et a atteint deux fois les quarts de finale à Roland-Garros. Becker, qui a été numéro 1 mondial et totalise cinq titres du Grand Chelem, n’a en revanche jamais remporté la moindre épreuve sur cette surface. Cependant, avec son jeu de service-volée, il a tout de même participé trois fois aux demi-finales de Roland-Garros et, à son meilleur, peut être dangereux sur n’importe quelle surface.

Sampras - Le jour où

Les deux joueurs évoluant sur la surface qu’ils apprécient le moins, les experts se réfèrent donc à leur forme du moment pour prédire le résultat. Et les pronostics sont clairs : Sampras, au sommet de son art, il est le numéro 1 incontesté, peut-être sur le point de boucler un Grand Chelem sur deux saisons, tandis que son adversaire semble être sur le déclin, trois ans après son dernier titre majeur en Australie. De plus, l’Américain a pris le dessus lors de leurs trois derniers affrontements, le dernier remontant à Wimbledon 1993 (7-6 6-4 6-4). Cependant, Boris Becker croit en ses chances, déclarant aux journalistes qu’il n’affronte pas « Superman ».

Ce jour-là, le public n’assiste pas à une bataille du fond de court, classique de la terre battue. Service-volée, passing shots, les deux joueurs n’ont pas l’intention de modifier leur plan de jeu habituel pour s’adapter à la surface. A ce jeu, Sampras prend le dessus. Il breake le premier, grâce à un passing de revers suivi de deux retours gagnants. Sur cette lancée, il livre une performance de premier choix et surclasse Becker dans tous les compartiments du jeu. Après moins de deux heures de jeu, il conclut sur un de ses fameux smashes sautés et s’impose 6-1 6-2 6-2. La malédiction de la terre battue continue de poursuivre l’Allemand.

“Il joue comme un joueur du 21e siècle. Il fait des choses que je n’ai jamais vues auparavant sur un court de tennis. Je ne peux que le comparer aux plus grands joueurs de l’histoire. Il m’a simplement laminé », dira Becker, cité par Eurosport, à l’issue du match.

Sampras se contente d’expliquer :

« J’ai fait très peu d’erreurs et j’ai pris le contrôle dès le début. Boris n’a pas pu mettre en place son plan ni trouver le moindre rythme. »

Avec ce premier titre notable sur terre battue, Pistol Pete peut nourrir de grandes ambitions pour Roland-Garros. Sera-t-il le premier depuis Rod Laver à gagner non pas trois, mais quatre tournois du Grand Chelem à la suite ? « 

Je dois me considérer comme l’un des favoris. Mais i y en a beaucoup d’autres, comme Bruguera et Medvedev. » 

La postérité du moment

Pete Sampras ne remportera pas les Internationaux de France 1994. Après un début de tournoi convaincant, il chutera en quarts de finale contre Jim Courier, en quatre sets (6-4 5-7 6-4 6-4). Le numéro 1 mondial aura en revanche vu juste en nommant Sergi Bruguera comme favori, l’Espagnol décrochant cette année-là son deuxième titre parisien consécutif.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, non seulement Pete Sampras ne s’imposera jamais à Roland-Garros, mais son titre à Rome sera le dernier de sa carrière sur terre battue européenne. Son meilleur résultat à Paris sera une demi-finale en 1996, quelques mois après le décès de son coach Tim Gullikson. Bien qu’il se soit arrêté net face à Yevgeny Kafelnikov (7-6 6-0 6-2), le parcours de Sampras restera dans les mémoires après trois victoires marathon en cinq manches contre des joueurs tels que Sergi Bruguera, Todd Martin et Jim Courier. Pete Sampras inscrira en tout quatorze titres du Grand Chelem à son palmarès, un record en son temps. Il sera numéro 1 mondial pendant une durée alors record de 286 semaines, et il terminera six saisons consécutives au sommet du classement ATP, un record que même Roger Federer ne parviendra pas à faire tomber.

Boris Becker déclarera forfait à Roland-Garros en 1994. Il atteindra les demi-finales à Wimbledon, où il sera éliminé par Goran Ivanisevic (7-6 6-2 6-4). Plus tard dans la saison, à Stockholm, il accomplira un exploit des plus rares, en battant les trois premiers mondiaux à la suite : Michael Stich (n°3, 7-6 6-3), Pete Sampras (n°1, 6-4 6-4) puis Ivanisevic (n°2, 4-6 6-4 6-3). Il remontera jusqu’à la troisième place mondiale en fin de saison. Becker ajoutera un sixième et dernier titre du Grand Chelem à son palmarès en 1996, en battant Michael Chang en finale de l’Open d’Australie (6-2 6-4 2-6 6-2) avant de décliner jusqu’à sa retraite, en 1999. Malgré deux balles de matches face à Thomas Muster en finale du tournoi de Monte-Carlo 1995, « Boum Boum » ne gagnera jamais le moindre tournoi sur terre battue.

Deux ans et demi après leur rencontre à Rome, Pete Sampras et Boris Becker s’affronteront en finale du Master à Hanovre. Ils y disputeront ce jour-là l’un des plus grands matches de tennis de tous les temps, que Sampras remportera à l’arraché, 3-6 7-6 7-6 6-7 6-4.

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