10 décembre 1978 : le jour où McEnroe, 19 ans, a offert la Coupe Davis aux Etats-Unis

Le 10 décembre 1978, John McEnroe, 19 ans et 5e mondial, écrase le Britannique Buster Mottram, 30e du classement ATP, pour offrir la Coupe Davis aux Etats-Unis.

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Ce qu’il s’est passé ce jour-là : John McEnroe permet aux Etats-Unis de remporter leur première Coupe Davis depuis 1972

Ce jour-là, le 10 décembre 1978, John McEnroe, 19 ans, démolit le Britannique Buster Mottram (6-2, 6-2, 6-1), pour offrir à l’équipe des Etats-Unis sa première Coupe Davis depuis 1972. Le jeune gaucher, qui avait déjà puni John Lloyd lors du match d’ouverture (6-1, 6-2, 6-2), n’a pas la moindre balle de break à sauver du match. Personne n’avait jamais survolé une finale de Coupe Davis au point de ne perdre que dix jeux au total. Le niveau de jeu affiché par McEnroe tout le week-end confirme sa capacité à jouer son meilleur tennis dans les grandes occasions, ce qui le mènera à remporter son premier tournoi du Grand Chelem l’année suivante, à l’US Open.

Les acteurs

John McEnroe, né en 1959, est l’étoile montante du tennis américain. Le gaucher venu de New-York éblouit le monde du tennis dès ses premier pas sur le circuit, en 1977, lorsqu’à l’âge de 18 ans, il s’aligne à Wimbledon en tant qu’amateur pour s’extraire des qualifications et atteindre les demi-finales. « Mac » est extrêmement talentueux. Son jeu est basé sur le toucher de balle et la précision, le tout agrémenté d’un service aussi original qu’efficace, souvent suivi au filet. En 1978, après avoir remporté les championnats universitaires américains, il parvient en demi-finale de l’US Open, où il est sèchement battu par le numéro 1 mondial, Jimmy Connors (6-2, 6-2, 7-5). Quelques semaines plus tard, à Stockholm, il rencontre la légende suédois Björn Borg pour la première fois et sort vainqueur du premier épisode d’une grande rivalité à venir (6-3, 6-4). Ces résultats le propulsent à la 5e place mondiale. McEnroe est déjà célèbre pour son comportement, qui choque à l’époque le monde bien propre et policé du tennis. Ses querelles incessantes avec le corps arbitral dénotent dans un sport dit « de gentlemen ».

 

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Buster Mottram, fils de l’ancien joueur de Coupe Davis Tony Mottram, est né en Angleterre en 1955. Après avoir gagné le tournoi junior de Roland-Garros en 1972, il gagne le plus prestigieux de ses deux titres à Johannesburg en 1974, aux dépens de Tom Okker (6-4, 6-2). Son meilleur résultat en Grand Chelem est un huitième de finale atteint à Roland-Garros en 1977 (battu par le tenant du titre, Adriano Panatta, 2-6, 4-6, 6-3, 6-4, 6-4). En 1978, son meilleur résultat est une finale à Munich, où il s’incline  sèchement en finale face à Guillermo Vilas (6-1, 6-3, 6-3), et au mois de décembre, il est 30e mondial.

 

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Le lieu : Mission Hills Country Club, dans le désert californien

La finale de la Coupe Davis 1978 a lieu au Mission Hills Country Club, un complexe sportif situé dans la région de Palm Springs, en Californie, une région connue pour ses parcours de golf. Le choix d’un endroit aussi reculé pour un événement aussi important est sujet à controverse, comme l’explique alors un spectateur anglais à Sports Illustrated : « C’est un p… de désert ! (…) Est-ce qu’on aurait l’idée d’aller jouer dans un pavillon de plage des Cornouailles ? Où d’aller aux Bermudes pour en faire une réception dans le jardin du gouverneur ? Deux cents personnes dans les tribunes d’une finale de Coupe Davis, et la moitié viennent d’Angleterre. Vos joueurs méritent le titre, aucun doute là-dessus. Les Etats-Unis, non. Désolé. »

L’histoire : déjà impérial le premier jour, John McEnroe écrase Buster Mottram

À la fin 1978, John McEnroe n’est plus un gamin surdoué faisant ses premières armes sur le circuit. Le prodige américain, après avoir atteint les demi-finales de l’US Open, a remporté ses quatre premiers tournois, battant même le légendaire Björn Borg à Stockholm. Il est à présent 5e mondial, et il est l’attraction principale de la finale de Coupe Davis contre la Grande-Bretagne.

Le premier jour, il affronte le finaliste de l’Open d’Australie 1977, John Lloyd : il le balaie purement et simplement (6-1, 6-2, 6-2).

« C’est incroyable, commente Lloyd, d’après Sports Illustrated. Je n’ai jamais affronté personne, pas même Borg ni Connors, qui m’ait autant mené la vie dure. Personne ne m’avait jamais ridiculisé ainsi. »

Lors du deuxième match, que les commentateurs de l’époque appelleront « le match fou », Brian Gottfried gâche une avance de deux manches à rien face à Buster Mottram, qui ramène les deux équipes à 1-1 (4-6, 2-6, 10-8, 6-4, 6-3).

Bob Lutz et Stan Smith remportent aisément le point du double le samedi, et le dimanche 10 décembre, devant 4000 spectateurs, McEnroe affronte Mottram avec l’occasion de plier la rencontre, 3-1.

Le match tourne à la démonstration. En seulement une heure et trente-quatre minutes, McEnroe écrase son adversaire en trois sets, au cours desquels il n’a pas la moindre balle de break à écarter – d’ailleurs, aucune de ses mises en jeu n’arrive à égalité, et il ne perd que 12 points en 15 jeux de service. Entre 2-2 au deuxième set et 3-0 au troisième, il aligne sept jeux consécutifs, ne laissant que 5 points en cours de route.

« Je suis étonné qu’il soit autant resté au fond, dira ensuite McEnroe, selon le New York Times. Je pense que ce n’était pas très malin de sa part de me laisser le filet. (…) C’est certainement le meilleur tennis que j’aie jamais produit dans un match important. » 

Le jeune gaucher vient de montrer sa capacité à se montrer à la hauteur dans les grands événements. Le prochain cap à franchir pour lui est de battre Jimmy Connors, qui l’a battu à chaque fois lors de leurs quatre confrontations.

« Je ne sais pas si j’arriverai un jour à le battre, mais je le poursuivrai au bout du monde pour y parvenir. »

La postérité du moment

Sa prestation en Coupe Davis vaudra à McEnroe de faire la « une » du prestigieux Sports Illustrated pour la première fois. En 1979, il remportera la bagatelle de 11 tournois, et notamment son premier tournoi du Grand Chelem, grâce à sa victoire sur Vitas Gerulaitis en finale de l’US Open (7-5, 6-3, 6-3), et en mars 1980, il deviendra numéro 1 mondial pour la première fois. Au total, McEnroe remportera 7 titres du Grand Chelem et occupera la première place mondiale 170 semaines durant.

Contrairement à Jimmy Connors et malgré son calendrier très chargé, McEnroe répondra presque toujours présent en Coupe Davis, une compétition qu’il remportera à 5 reprises (1978, 1979, 1981, 1982, 1992).

« Lorsqu’ils annoncent ‘jeu Etats-Unis’, c’est autre chose, expliquera un jour McEnroe. Et tu pouvais porter une veste avec écrit ‘USA’ au dos, et voyager à différents endroits autour du monde, je trouvais ça excitant. »

 

 

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