17 décembre 1989 : le jour où Becker a écrasé Wilander en finale de la Coupe Davis

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 17 décembre 1989, Boris Becker, numéro 2 mondial, écrase (6-2 6-2 6-4) Mats Wilander, alors 12e du classement ATP, et apporte un troisième point à l’Allemagne en finale de la Coupe Davis.

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Ce qu’il s’est passé ce jour-là : en état de grâce, Becker ne laisse que 4 jeux à Wilander

Ce jour-là, le 17 décembre 1989, quelques semaines après la chute du Mur de Berlin, Boris Becker écrase Mats Wilander en finale de la Coupe Davis (6-2, 6-0, 6-2), pour offrir à l’Allemagne son deuxième titre consécutif. L’Allemand, produisant le meilleur tennis de sa vie, avait déjà balayé Stefan Edberg le premier jour (6-2, 6-2, 6-4) et remporté le double le samedi, associé à Eric Jelen. Avec cette victoire, Becker finit en apothéose une saison déjà fantastique, lui qui avait déjà triomphé à Wimbledon et à l’US Open.

Les acteurs

Boris Becker est né en 1967. En 1985, à 17 ans, il devient le plus jeune vainqueur de l’histoire de Wimbledon, dominant en finale Kevin Curren (6-3, 6-7, 7-6, 6-4). Son service très puissant, qu’il suit le plus souvent au filet, lui vaut le surnom de « Boum-Boum ». Il est célèbre pour ses spectaculaires plongeons à la volée, et c’est aussi un joueur très expressif, capable parfois de « péter les plombs ». Tout en puissance, Becker parvient à conserver son titre à Wimbledon en 1986, en battant en finale le numéro 1 mondial Ivan Lendl (6-4, 6-3, 7-5). Le jeune Allemand traverse une passe difficile en 1987, dépassé par sa notoriété et les attentes autour de sa personne, alors qu’il n’a pas vingt ans. Il se remet en selle en 1988 : il atteint la finale de Wimbledon (il y est battu par son nouveau rival sur gazon, Stefan Edberg, 4-6, 7-6, 6-4, 6-2), mène l’équipe allemande à son premier succès en Coupe Davis, et s’impose pour la première fois au Masters (venant à bout d’Ivan Lendl en finale, 5-7, 7-6, 3-6, 6-2, 7-6). En 1989, il joue certainement le meilleur tennis de sa carrière : après s’être hissé en demi-finales de Roland-Garros, son meilleur résultat sur terre battue, il récupère son bien à Wimbledon, ne laissant aucune chance à Edberg en finale (6-0, 7-6, 6-4), et au mois de septembre, il gagne pour la première fois l’US Open, aux dépens de Lendl (7-6, 1-6, 6-3, 7-6). Bien qu’il n’occupe que la deuxième place mondiale, il est nommé champion du monde 1989 par l’ATP.

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Mats Wilander, né en 1964, a connu le succès à un très jeune âge. En 1982, à l’âge de dix-sept ans et neuf mois, il devient en effet le plus jeune vainqueur de Grand Chelem de l’histoire, en battant en finale Guillermo Vilas, véritable légende sur terre battue (1-6, 7-6, 6-0, 6-4). Il se rend également célèbre après avoir fait preuve d’un rare fair-play plus tôt dans le tournoi : en demi-finale, contre José-Luis Clerc, il inverse, sur balle de match, une annonce qui le propulsait en finale, et ce alors que l’arbitre a déjà annoncé « jeu, set et match ». En quarts de finale de la Coupe Davis 1982, il dispute également le match le plus long de l’ère open, vaincu en six heures et vingt-deux minutes par John McEnroe (9-7 6-2 15-17 3-6 8-6). Battu en finale de Roland-Garros 1983 par Yannick Noah (6-2, 7-5, 7-6), il remporte un deuxième titre du Grand Chelem quelques mois plus tard, en s’imposant face à Ivan Lendl sur le gazon australien (6-1, 6-4, 6-4) à la surprise générale, lui qui semblait être un expert de la terre battue. En 1984, il parvient à défendre son titre à Melbourne (aux dépens de Kevin Curren, 6-7, 6-4, 7-6, 6-2), et en 1985, il ajoute un deuxième Roland-Garros à son palmarès (en battant en finale Lendl, 3-6, 6-4, 6-2, 6-2). Wilander mène également la Suède à son premier succès en Coupe Davis, en 1984, un exploit réédité en 1985 et 1987. 1988 est sa plus grande saison : après avoir réussi le Petit Chelem (qui consiste à remporter trois tournois majeurs la même année), il devient numéro 1 mondial le 12 septembre. En 1989, le Suédois fait une saison « minable », selon sa propre expression, et, en l’absence de bons résultats en Grand Chelem, il est à présent 12e mondial.

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Le lieu : la Schleyer-Halle de Stuttgart

Un an après que la finale de la Coupe Davis 1988 entre l’Allemagne de l’Ouest et la Suède a eu lieu à Göteborg, la finale 1989 entre les deux mêmes équipes se déroule à Stuttgart, à la Schleyer-Halle, une salle pouvant accueillir jusqu’à 15 000 spectateurs.

L’histoire : au sommet de son art, Becker écrase la finale et apporte 3 points à l’Allemagne

Au cours de la la deuxième moitié de la saison 1989, Boris Becker est au sommet de son art. Désigné champion du monde par l’ATP, il a gagné les deux derniers tournois du Grand Chelem de l’année, et mené l’équipe allemande en finale de la Coupe Davis pour la deuxième année consécutive. Pour conserver leur titre, les Allemands doivent, comme en 1988, venir à bout de la Suède. Quelques semaines après la chute du Mur de Berlin, les résultats de l’équipe nationale sont suivis de près par la nation entière.

Un an plus tôt, la finale avait démarré par l’exploit de Carl-Uwe Steeb, qui avait renversé le n°1 mondial, Mats Wilander, à la surprise générale. Les mêmes joueurs ouvrent à nouveau les hostilités, mais cette fois, avec un résultat différent. Bien que Wilander ait eu une année compliquée et ne fasse plus partie du top 10, il parvient à dominer le gaucher allemand, non sans avoir bataillé pendant cinq sets (5-7, 7-6, 6-7, 6-2, 6-3). Ce premier point perdu va-t-il mettre une pression supplémentaire sur les épaules de Becker, sachant qu’il affronte ensuite Stefan Edberg, qui vient de le battre au Masters ?

Si tant est que Becker ait ressenti la moindre pression, il a su la tourner à son avantage. Jouant un tennis de rêve, frôlant la perfection au service et au retour, il démolit son rival suédois en moins de deux heures, 6-2, 6-2, 6-4. « Je ne pense pas pouvoir jouer mieux que ça », déclare-t-il, d’après le Los Angeles Times, avant d’ajouter : « Le double sera très important. »

Si quiconque doutait encore de sa capacité à bien jouer dans les grandes occasions, Becker dissipe les derniers doutes le samedi. Il porte sur ses épaules le double allemand qui s’impose après un marathon en cinq manches contre Anders Jarryd et Jan Gunnarsson (7-6, 6-4, 3-6, 6-7, 6-4).

Après avoir déjà apporté deux points à son équipe, Becker doit à présent battre Wilander pour gagner la finale à lui tout seul. Une fois de plus, l’Allemand relève le défi. En une heure et quarante-cinq minutes, il écrase l’ancien n°1 mondial, lui infligeant même un 6-0 au deuxième set, ce qui, en Coupe Davis, n’était pas arrivé au Suédois depuis 1981. Rayonnant de confiance, Becker n’abandonne que quatre jeux et s’impose 6-2, 6-0, 6-2, offrant ainsi à l’Allemagne sa deuxième Coupe Davis.

« Personne n’avait jamais aussi bien joué face à moi, affirme Wilander, cité par le Washington Post. J’ai essayé de tenir l’échange au début, mais tous les coups qu’il frappait se transformaient en coups gagnants. Il frappe tellement fort. »

« Je n’aurais même pas rêvé de jouer aussi bien en finale, déclare Becker. Aujourd’hui, j’ai joué le meilleur match de ma vie. »

Au cours de cette finale, « Boum Boum » a su gérer la pression, produire le meilleur tennis de sa vie devant son public, et ce, face à des joueurs de très haut niveau. Triomphant, il vient de prouver qu’il est à ce moment-là le meilleur joueur du monde.

D’après son capitaine, Niki Pilic, le niveau de jeu atteint par Becker ce week-end est « presque inconcevable. Je n’ai jamais vu quelqu’un jouer un tennis pareil pendant trois jours dans une occasion aussi importante. J’ai moi-même joué la Coupe Davis pendant 20 ans, je regarde du tennis depuis 30 ans, et je ne dis pas ça parce que Boris est mon meilleur joueur. »

La postérité du moment

En 1990, Boris Becker sera battu par Stefan Edberg en finale de Wimbledon pour la deuxième fois (6-2, 6-2, 3-6, 3-6, 6-4), et il verra son rival atteindre la première place mondiale avant lui. L’Allemand deviendra tout de même numéro 1 mondial le 28 janvier 1991, après son premier triomphe à l’Open d’Australie (en battant Lendl en finale, 1-6, 6-4, 6-4, 6-4).

Bien qu’il ait déclaré que 1989 avait été une saison minable et que la suite serait différente, après avoir atteint les demi-finales de l’Open d’Australie (battu par Edberg, 6-1, 6-1, 6-2), Wilander continuera à décliner. Il ne remontera jamais dans le top 10, et n’atteindra plus jamais les quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem.

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