2 octobre 1977 : Le jour où Nastase et sa raquette spaghetti stoppent la série de victoires sur terre de Guillermo Vilas

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 2 octobre 1977, Ilie Nastase met fin, à Aix-en-Provence, à l’impressionnante série de 53 victoires consécutives de Guillermo Vilas sur terre battue, grâce à la très controversée raquette spaghetti.

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Nastase dégoute Vilas avec sa raquette spaghetti

Ce jour-là, le 2 octobre 1977, Ilie Nastase utilise la raquette spaghetti pour battre Guillermo Vilas en finale du tournoi d’Aix-en-Provence, mettant un terme à la série de 53 victoires consécutives de l’Argentin sur terre battue. Vilas, mené deux manches à zéro, quitte le terrain pour protester contre l’usage de la raquette, qui donne un avantage injuste à Nastase. Après des semaines de controverse, la raquette spaghetti a été interdite par la Fédération Internationale de Tennis la veille du match, mais cette interdiction ne prend effet qu’une fois le tournoi terminé.

Les acteurs

Ilie Nastase, chouchou du public

Ilie Nastase, né en 1946, commence à jouer à l’international en 1966, jouant notamment les doubles avec son compatriote Ion Tiriac, et il obtient ses premiers résultats marquants en 1969, battant des joueurs de haute volée tels que Tony Roche et Stan Smith. Les plus grandes années de sa carrière se situent entre 1971 et 1976. A cette époque, adoré par le public et détesté de la plupart des autres joueurs en raison de son attitude, il atteint tout d’abord la finale de Roland-Garros en 1971, où il est battu par Jan Kodes (8-6 6-2 2-6 7-5).

Illie Nastase - Roland-Garros

Après une autre grande finale perdue à Wimbledon en 1972 (face à Stan Smith, en cinq sets, 4-6 6-3 6-3 4-6 7-5), il remporte son premier titre du Grand Chelem à Forest Hills quelques mois plus tard, venant à bout d’Arthur Ashe en finale (3-6 6-3 6-7 6-4 6-3). L’année suivante, après s’être imposé à Roland-Garros face à Niki Pilic (6-3 6-3 6-0), il devient le premier joueur à s’installer au sommet du nouveau classement ATP. Il s’accrochera à cette place 40 semaines durant. Ilie Nastase obtient ses meilleurs résultats au Masters, un tournoi qu’il gagne à quatre reprises, en 1971, 1972, 1973 et 1975. Sa dernière grande saison sur le circuit est 1976, où il se hisse en finale de Wimbledon (battu par Bjorn Borg, 6-4 6-2 9-7), avant d’atteindre sa dernière demi-finale de Grand Chelem à l’US Open (encore une fois battu par Borg, 6-3 6-3 6-4). Ilie Nastase est connu pour faire le spectacle, mais son comportement imprévisible ne plaît pas toujours à ses pairs, et, bien que les foules apprécient généralement ses pitreries, il se voit attribuer les surnoms de « Nasty » (« méchant ») et de « bouffon de Bucarest ». Contestant en permanence les décisions des arbitres, il est également capable d’imiter ses adversaires, mais aussi de les narguer parfois sans le moindre respect jusqu’à ce qu’ils craquent.

Guillermo Vilas, le terrien

L’Argentin Guillermo Vilas est né en 1952. Il se fait connaître en 1974, remportant sept tournois, dont le Masters de fin d’année, où il bat Ilie Nastase en finale (7-6, 6-2, 3-6, 6-4). C’est d’ailleurs le seul titre qu’il gagne sur une surface autre que la terre battue, où son jeu est le plus efficace : gaucher, Vilas est l’un des premiers joueurs à imprimer un énorme lift en coup droit comme en revers. En 1975, il parvient en finale de Roland-Garros, où il s’incline face à Bjorn Borg, le seul joueur à pouvoir le défier du fond de court (6-2, 6-3, 6-4). Après deux défaites en finale de l’US Open en 1975 et 1976, Vilas atteint le sommet de sa forme en 1977. Cette année-là, il domine le tennis mondial, s’imposant à Roland-Garros (écrasant en finale Brian Gottfried, 6-0, 6-3, 6-0) et à Forest Hills, où il bat le favori du public, Jimmy Connors (2-6, 6-3, 7-6, 6-0). Lorsque Vilas arrive à Aix-en-Provence à la fin du mois de septembre, il a déjà gagné 11 tournois depuis le début de la saison, et lorsqu’il atteint la finale, il a établi un record qui demeurera intouchable pendant près de trente ans : une série de 53 victoires consécutives sur terre battue.

Le lieu : Le Country Club d’Aix-en-Provence

En 1977, un tournoi ATP a lieu pour la première fois au Country Club d’Aix-en-Provence, dans le sud de la France. Le Country Club a ouvert en 1962, et une épreuve féminine, « La Raquette d’or », s’y tient chaque année depuis lors. 

L’histoire : Vilas abandonne face à la raquette spaghetti de Nastase

Au début de l’automne 1977, le monde du tennis est en proie à une controverse, après que des joueurs se sont mis à utiliser un nouvel instrument appelé « la raquette spaghetti ». Inventée en Allemagne par Werner Fischer, Mike Fishbach s’en est servi pour remporter une victoire médiatique contre Stan Smith à l’US Open. A vrai dire, ce n’est pas tant la raquette elle-même qui sort de l’ordinaire, que la façon dont elle est cordée. D’après le New York Times, « des cordes de nylon doublées de ligne de pêche, enroulée autour d’elles sur six rangées verticales et six rangées horizontales. Du ruban adhésif et des tubes de plastique, d’un aspect semblable à des macaronis, protégeaient les croisements entre les cordes. » Cette raquette à double cordage génère tellement d’effet que la plupart de ses adversaires sont incapables de dérouler leur jeu.

Au début de la tournée d’automne en France, sur terre battue, l’un des joueurs les plus célèbres à être victime de la raquette spaghetti est Ilie Nastase, étrangement battu par le Français Georges Goven, qui emploie l’engin magique. Le Roumain s’insurge.

« C’est la première fois que je joue contre quelqu’un qui utilise ce truc », se plaint Nastase. « C’est aussi la dernière. A l’avenir je refuserai de jouer. Je me suis fait balader par Goven. Je ne suis peut-être pas au sommet de ma forme, mais quand même… »

Moins de quinze jours plus tard, Nastase a changé d’avis, et le dimanche 2 octobre, il affronte Guillermo Vilas, invaincu sur terre battue en 1977, en finale du tournoi d’Aix-en-Provence. Dans ses mains, la désormais célèbre raquette spaghetti. Ironiquement, d’autres joueurs s’étant associés à sa plainte, les instances du tennis viennent d’interdire cette nouvelle raquette, à compter du lendemain, le lundi 3 octobre. 

Vilas, numéro 1 mondial officieux, a bataillé cinq sets (6-4, 6-7, 6-7, 6-3, 6-1) pour battre un autre adepte de la raquette spaghetti, le Français Eric Deblicker, qu’il aurait certainement battu beaucoup plus facilement en temps normal. Mais à présent, il est face à Ilie Nastase, et l’Argentin, qui a gagné ses 53 précédents matches sur terre, perd les deux premières manches, 6-1, 7-5. Alors que le Roumain s’apprête à servir pour démarrer le troisième set, Vilas se tourne soudain vers la chaise d’arbitre, va ramasser ses affaires et quitte simplement le court, à la surprise de son adversaire.

« Je suis complètement déconcerté et découragé par la trajectoires de ces balles », déclare Vilas, cité par le New York Times. « Vous comprenez, Nastase et en plus, cette raquette, c’est trop.»

C’est ainsi que Vilas, dernière victime de la raquette spaghetti, voit sa série record de victoires sur terre battue prendre fin.

La postérité du moment : La disparition de la raquette spaghetti

Interdite par l’ITF, la raquette spaghetti ne sera plus jamais au centre des débats.

Vilas gagnera les 29 matches qui suivront son étrange défaite contre Nastase. Son record de 53 victoires d’affilée sur terre battue tiendra jusqu’en 2006, finalement battu par un autre gaucher hispanophone, Rafael Nadal. Vilas disputera deux autres finales à Roland-Garros, battu par Bjorn Borg en 1978 (6-1, 6-1, 6-3) et par Mats Wilander en 1982 (1-6, 7-6, 6-0, 6-4). L’Argentin remportera deux autres titres du Grand Chelem, à l’Open d’Australie, en 1979 et 1980, à une époque où la plupart des plus grands joueurs ne faisaient pas le déplacement jusqu’à Melbourne.

 

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