26 décembre 1947 : le jour où Jack Kramer a joué son premier match professionnel

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 26 décembre 1947, Jack Kramer, opposé à Bobby Riggs, joue son premier match chez les professionnels malgré la tempête de neige qui s’abat sur New York.

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Ce qu’il s’est passé ce jour-là : au sommet chez les amateurs, Jack Kramer fait ses grands débuts professionnels

Ce jour-là, le 26 décembre 1947, Jack Kramer, qui s’était imposé à Wimbledon et à Forest Hills en tant qu’amateur quelques mois plus tôt, fait ses grands débuts en tant que joueur professionnel, affrontant Bobby Riggs au Madison Square Garden. Malgré la pire tempête de neige de l’histoire de New York, plus de 15 000 personnes sont présentes dans les tribunes pour voir Kramer perdre son premier match professionnel, 6-2, 10-8, 4-6, 6-4. Malgré cette victoire initiale de Riggs, Kramer aura largement le dessus sur l’ensemble de la tournée (69-20), et il dominera le tennis professionnel au cours de six années à venir.

Les acteurs

Jack Kramer est né en 1921. Connu pour son grand service et son coup droit très puissant, il est champion junior des États-Unis en 1936, mais ce n’est qu’après la guerre qu’il obtient ses premiers résultats notables en Grand Chelem. Il s’impose à l’US Nationals, l’US Open de l’époque, en 1946 et 1947, ainsi qu’à Wimbledon en 1947. À l’issue de son deuxième titre à Forest Hills, obtenu aux dépens de Frank Parker (4–6, 2–6, 6–1, 6–0, 6–3), il signe son premier contrat chez les pros au mois de novembre, avec le promoteur Jack Harris. Son baptême professionnel est prévu le 26 décembre, face à Bobby Riggs, au Madison Square Garden.

Bobby Riggs, né en 1918, est un joueur américain dont la précision et le grand sens tactique, à l’aide desquels il manipule ses adversaires à la perfection, compensent le manque de puissance. Il s’impose d’abord comme le meilleur joueur du monde chez les amateurs, lorsqu’il remporte Wimbledon et l’US Nationals en 1939. Cette année-là, au All England Club, il s’impose à la fois en simple, en double et en double mixte, et prétendra même par la suite avoir gagné une coquette somme en ayant parié sur son triple succès. Il devient professionnel en 1941, à la suite de son deuxième titre à l’US Nationals, mais sa carrière est alors interrompue par la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu’il domine Don Budge en finale de l’US Pro Hardcourts à Los Angeles en 1945, il s’impose comme le meilleur joueur de tennis au monde. En 1946, il confirme ce statut en battant Fred Perry à plusieurs reprises, et en prenant le dessus sur Budge lors d’une tournée de 47 matches. En 1947, il bat encore Budge en finale de l’US Indoors à Philadelphie (6-1, 8-6, 6-3) et en finale de l’US Pro à Forest Hills (3-6 6-3 10-8 4-6 6-3).

Le lieu : le Madison Square Garden de New York

La rencontre au sommet entre Jack Kramer et Bobby Riggs a lieu au Madison Square Garden. À l’époque, le MSG n’est pas celui que nous connaissons de nos jours, qui ne sera construit que dans les années 1960. Le MSG de 1947, lui, fut inauguré en 1925. Conçu principalement pour accueillir des combats de boxe, il peut accueillir jusqu’à 18 000 spectateurs, avec des sièges sur trois niveaux.

L’histoire : malgré la tempête de neige, personne ne veut manquer le duel

À la fin de 1947, Jack Kramer, qui a montré sa valeur en tant que joueur amateur en remportant deux tournois du Grand Chelem consécutifs, fait ses débuts chez les pros après avoir signé son premier contrat avec Jack Harris. Harris a prévu une tournée de matchs contre Bobby Riggs, et le premier épisode de cette tournée est prévu au Madison Square Garden, à New York.

Il s’agit de leur première rencontre en tant que joueurs de tennis professionnels, mais Kramer et Riggs se connaissent déjà, puisqu’ils s’entraînaient tous deux au Los Angeles Tennis Club dans les années 1930.

« J’ai souvent affronté Riggs à cette époque, au Los Angeles Tennis Club », écrira Kramer dans son livre, My 40 Years in Tennis. Il m’aimait bien également, mais il ne me laissait jamais en paix. Il m’a battu 6-0 aussi longtemps qu’il en a été capable…Bobby regardait toujours l’avenir. ‘Je veux que tu saches bien qui est le boss, pour le restant de tes jours’, me disait-il. »

Selon Sports Illustrated, les deux joueurs sont plutôt confiants à l’aube de la rencontre.

« Je pense prendre le service de Jack au moins une fois par set et capitaliser là-dessus », déclare Riggs, mais son adversaire n’est pas de cet avis. « Je serais surpris de perdre le match, affirme Kramer. J’ai un jeu plus puissant et un meilleur service. Si Riggs peut encaisser mon rythme et mes attaques, il peut me battre, mais je ne pense pas qu’il en soit capable. »

L’après-midi du 26 décembre 1947, alors que Kramer et Riggs attendent dans leurs chambres d’hôtel, une tempête s’abat sur New York. En quelques heures, 70 cm de neige recouvrent Manhattan, paralysant les transports. Les joueurs doivent marcher jusqu’au lieu de la rencontre, mais la question à cette heure n’est plus de savoir qui va gagner la partie, mais combien de spectateurs vont réussir à venir dans ces conditions.

Et pourtant, lorsque Kramer et Riggs quittent les vestiaires en s’attendant à trouver une salle à moitié vide, ils font leur entrée sur le court devant 15 114 spectateurs qui ont réussi à venir jusqu’au Madison Square Garden, malgré la pire tempête de neige de l’histoire de New York ! « La seule chose à laquelle je pensais, c’était : mais comment sont-ils arrivés jusqu’ici ? », se souviendra Kramer. De fait, certains sont même venus à ski. Manhattan est désert, les restaurants sont vides, mais le MSG est plein à craquer d’amateurs de tennis qui veulent absolument assister au duel opposant Jack Kramer à Bobby Riggs.

Selon le Times Daily, le public « encourage Kramer, acclamant chacun de ses beaux coups et applaudissant les fautes de Riggs ». Cependant, ce jour-là, la régularité de Riggs prévaut sur l’agressivité de Kramer. Le plus expérimenté des deux joueurs s’impose en quatre sets, 6-2, 10-8, 4-6, 6-4), mais au bout du compte, comme le rappelle le New York Daily, ce qui importe plus que le résultat lui-même est le fait qu’un match de tennis puisse pousser tant de gens à « se frayer un chemin à travers les congères du plus grand blizzard de l’histoire de New York [malgré] l’incertitude de retrouver leur propre foyer avant l’aube ».

La postérité du moment

Jack Kramer perdra 8 des 14 premiers matchs de sa tournée contre Bobby Riggs, mais il changera ensuite de stratégie en suivant systématiquement tous ses services au filet. Finalement, il prendra le dessus sur Riggs, à tel point qu’à l’issue de la tournée, il mènera 69-20 face à celui qui était peu de temps auparavant le meilleur joueur au monde.

Kramer dominera le tennis pendant les six années suivantes, avant qu’une blessure au dos ne le pousse à la retraite. Il deviendra alors l’un des plus célèbres impresarios de l’histoire de son sport, et jouera un rôle important dans la création de l’ATP au début des années 1970.

Riggs traînera par la suite la réputation de tremper dans des affaires louches et d’écumer les casinos, mais il laissera surtout une empreinte indélébile dans l’histoire du tennis pour avoir été à l’origine de la célèbre « Bataille des Sexes », dominant Margaret Court lors d’un premier épisode au début de l’année 1973, avant d’être défait par Billie Jean King au mois de septembre à l’issue du plus grand événement tennistique jamais tenu aux États-Unis.

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