7 décembre 1985 : le jour où Martina Navratilova a battu sa plus grande rivale en finale de l’Open d’Australie

Le 7 décembre 1985, Martina Navratilova bat pour la 36e fois sa plus grande rivale, Chris Evert, en finale de l’Open d’Australie. La Tchécoslovaque redevient numéro un mondiale.

On this day 07.12.2020

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Navratilova domine Evert en finale de l’Open d’Australie

Ce jour-là, le 7 décembre 1985, Martina Navratilova domine sa plus grande rivale, Chris Evert (6-2, 4-6, 6-2) en finale de l’Open d’Australie, alors que la première place mondiale est en jeu. C’est son troisième et dernier succès australien. C’est aussi la 67e rencontre entre les deux légendes, Navratilova menant à présent 35-32 alors qu’elle avait perdu 16 de leurs 20 premiers matches. L’Américaine née tchécoslovaque a également remporté 10 de leurs 13 affrontements en finale de Grand Chelem.

Les actrices

Début 1985, Martina Navratilova, née en 1956, est la numéro 1 mondiale incontestée. D’après sa rivale Chris Evert, elle a révolutionné la condition physique dans le tennis féminin, apportant notamment l’idée de pratiquer d’autres sports, comme le basket-ball, pour s’entraîner physiquement. Elle atteint pour la première fois le sommet du classement en 1978, après avoir remporté son premier titre du Grand Chelem à Wimbledon, en prenant le dessus sur Chris Evert (2-6, 6-4, 7-5). Elle parvient à conserver son titre en 1979, et en 1981, elle s’impose pour la première fois à l’Open d’Australie, aux dépens d’Evert. A cette époque, elle lutte avec Evert et Tracy Austin pour la première place mondiale, mais à partir de 1982, Navratilova exerce son emprise sur le  circuit. Cette année-là, elle boucle le Grand Chelem en carrière en remportant Roland-Garros (où elle bat Andrea Jaeger en finale, 7-6, 6-1) et Wimbledon (où elle domine Evert, 6-1, 3-6, 6-2).

En 1983, son emprise devient une domination absolue. Lorsqu’elle arrive à l’Open d’Australie 1984, elle a gagné les six tournois du Grand Chelem précédents (de Wimbledon 1983 à l’US Open 1984), ce qui est un record absolu hommes et femmes confondus. Toutefois, à l’Open d’Australie, elle manque l’occasion de réaliser le Grand Chelem calendaire. En 1985, Navratilova perd l’une des plus belles finales de l’histoire de Roland-Garros, vaincue par Chris Evert (6-3, 6-7, 7-5), qu’elle bat à son tour en finale de Wimbledon quelques semaines plus tard (4-6, 6-3, 6-2), remportant ainsi un sixième titre sur le gazon londonien. Elle s’incline ensuite en finale de l’US Open face à Hana Mandlikova (7-6, 1-6, 7-6), mais, avec ses onze titres accumulés au cours de la saison, elle est encore numéro 1 mondiale à l’entame de l’Open d’Australie.

Chris Evert, la « Dame de Glace », alors connue sous le nom d’Evert-Lloyd, est née en 1954 en Floride. Entraînée par son père, elle développe un jeu basé sur la régularité, tenant ses adversaires à distance du filet grâce à sa longueur de balle, et les sanctionnant avec d’excellents passing shots si elles montent imprudemment. Elle obtient son premier résultat notable à l’âge de 16 ans, se hissant en demi-finales de l’US Open (éliminée par la n°1 mondiale, Billie Jean King, 6-3, 6-2). Depuis 1974, elle domine le tennis, avec sa rivale Martina Navratilova.

En sept ans, elle accumulé pas moins de 17 trophées du Grand Chelem : Roland-Garros (1974, 1975, 1979, 1980, 1983 et 1985), Wimbledon (1974, 1976 et 1981), l’US Open (1975, 1976, 1978, 1980 et 1982), ainsi que l’Open d’Australie en 1982 et 1984. Tout au long de sa carrière, à l’exception de Wimbledon 1983, elle ne s’est jamais inclinée avant les demi-finales d’un tournoi majeur. Elle est la reine incontestée sur terre battue, surface sur laquelle elle a réussi une série de 125 victoires d’affilée entre 1973 et 1979. Elle a déjà passé 260 semaines à la première place mondiale, dont 113 consécutives de mai 1976 à juillet 1978.

Le lieu : l’Open d’Australie, à Melbourne

Contrairement aux autres tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie (d’abord appelé Championnat d’Australasie puis Championnat d’Australie) a changé plusieurs fois de lieu au fil des ans. L’épreuve changeait même de ville chaque année avant de s’installer à Melbourne en 1972, et pas moins de cinq villes australiennes l’ont accueillie à au moins trois reprises : Melbourne, Sydney, Adélaïde, Brisbane et Perth. Ses dates ont été assez mouvantes également, entre début décembre et fin janvier, faisant de l’Open d’Australie parfois le premier, parfois le dernier Grand Chelem de la saison. Jusqu’à 1982, la plupart des meilleurs joueurs ont fait l’impasse sur l’épreuve en raison de son éloignement, des dates proches des fêtes de fin d’année et des dotations insuffisantes.

L’histoire : Navratilova remporte la bataille des nerfs

Douze mois après sa douloureuse défaite en demi-finales contre Helena Sukova (1-6, 6-3, 7-5), qui avait ruiné ses espoirs de Grand Chelem calendaire, Martina Navratilova est de retour à Melbourne pour l’Open d’Australie 1985. Bien qu’elle soit toujours n°1 mondiale, sa domination sur le circuit n’est pas aussi outrancière qu’en 1984. A Roland-Garros, sa rivale de toujours, Chris Evert, l’a battue à l’issue de l’une des plus grandes finales de l’histoire du tournoi. Navratilova a pris sa revanche en finale de Wimbledon, mais à l’US Open, Hana Mandlikova la domine en finale, montrant ainsi que sa période d’invincibilité est terminée. D’ailleurs, à Kooyong, Navratilova retrouve Mandlikova en demi-finales et s’en sort in extremis (6-7, 6-1, 6-4).

En finale, elle affronte Evert pour la 67e fois. Sur le papier, elle est clairement favorite : elle a battu sa rivale 9 fois en 12 finales de Grand Chelem, et son jeu est bien plus adapté au gazon. De plus, elle a gagné 15 de leurs 17 derniers matches. Toutefois, il y a cette fois un enjeu supplémentaire : en cas de victoire, Evert pourrait s’emparer de la première place mondiale.

Le premier set ne dure que 28 minutes. Navratilova, avec son jeu taillé pour le gazon, surclasse totalement Evert, parvenant même une fois à gagner 12 points d’affilée. Au deuxième set, la sextuple championne de Roland-Garros trouve son rythme, et, même s’il lui faut 8 balles de set pour conclure, elle égalise à un set partout. Malgré tout, le scénario du premier set se répète lors de la manche décisive : le jeu d’attaque de Navratilova met trop de pression sur Evert, qui commet trop d’erreurs pour espérer tenir tête à sa rivale, et s’incline 6-2 en seulement 23 minutes.

« Après le deuxième set, il y avait beaucoup de pression et l’a mieux gérée que moi », a déclaré Evert, d’après le New York Times. « On peut considérer que Martina est numéro 1 à présent.”

« C’était dur pour les nerfs », a commenté Navratilova. « On dirait que Chris et moi jouons à chaque fois de grands matches. (…) Même quand j’ai perdu le deuxième set, je me sentais en contrôle, je savais qu’on jouait pour la première place. Je savais que j’irai chercher le match, et c’est ce que j’ai fait.”

La postérité du moment : La reine Martina Navratilova

Martina Navratilova deviendra, selon Billie Jean King, « la plus grande joueuse de simple, de double et de double mixte ayant jamais vécu ». Au cours de l’ère Open, aucun joueur, hommes et femmes confondus, ne gagnera plus de tournois que Navratilova en simple (167) ni en double (177), et personne ne remportera plus de matchs qu’elle (2189). A l’issue de sa carrière, elle détiendra 18 titres du Grand Chelem en simple, 31 en double et 10 en double mixte, réalisant le Grand Chelem total, qui consiste à remporter les quatre tournois majeurs en simple, double et double mixte. Elle passera en tout 332 semaines à la tête du classement WTA, mais ne réussira jamais le Grand Chelem calendaire.

Chris Evert s’adjugera un dernier titre du Grand Chelem en 1986, en battant Navratilova en finale de Roland-Garros (2-6, 6-3, 6-3). Elle prendra sa retraite en 1989, toujours classée 4e mondiale, après une dernière victoire contre la jeune Conchita Martinez (6-3, 6-2) en finale de la Fed Cup.

Au total, Evert et Navratilova s’affronteront à 80 reprises, Navratilova l’emportant 43-37. Malgré leur féroce rivalité, les deux joueuses resteront amies.

« Martina est sans aucun doute l’une de mes amies les plus proches. Nous ne sommes pas du tout en concurrence, il n’y a aucune tension entre nous », déclarera Evert à apnews.com.

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