8 décembre 1985 : le jour où Edberg a pris le dessus sur Lendl

Le 8 décembre 1985, Ivan Lendl, numéro un mondial incontesté, se fait surprendre en demi-finales de l’Open d’Australie par Stefan Edberg, alors âgé de 19 ans.

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Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Edberg, 19 ans, se paye le numéro un mondial Lendl

Ce jour-là, le 8 décembre 1985, en demi-finales de l’Open d’Australie, le jeune Stefan Edberg, 19 ans, prend le dessus sur le n°1 mondial Ivan Lendl (6-7, 7-5, 6-1, 4-6, 9-7). Le Suédois n’avait auparavant jamais dépassé les quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem, et avait sauvé deux balles de match contre Wally Masur en huitièmes de finale (6-7, 2-6, 7-6, 6-4, 6-2). Lors de la conférence de presse d’après-match, Lendl, qui n’a encore jamais triomphé à Melbourne, critique vertement le tournoi, qui a encore lieu sur les courts en gazon de Kooyong, allant jusqu’à dire qu’il ne le considère pas comme un tournoi majeur.

Les acteurs

Contrairement à ses fameux compatriotes, Bjorn Borg et Mats Wilander, Stefan Edberg, né en 1966, est un adepte du service-volée. Déjà très fort chez les juniors, il y réussit le Grand Chelem en 1983, mais il est proche d’arrêter le tennis la même année, à 17 ans, après que l’un de ses services a accidentellement tué un juge de ligne à New-York. Il décide finalement de continuer. Un choix qu’il ne regrettera probablement jamais. Le Suédois, qui, à l’âge de 15 ans, avait eu le courage d’abandonner son revers à deux mains pour un revers à une main, remporte son premier titre professionnel dès 1984, à Milan, aux dépens de Wilander (6-4, 6-2). La même année, il se hisse en quarts de finale de l’Open d’Australie, sans battre le moindre joueur du top 50 (finalement battu par le même Wilander, 7-5, 6-3, 1-6, 6-4). En 1985, il ajoute trois tournois supplémentaires à son palmarès (Memphis, San Francisco et Bâle), et lorsque débute l’Open d’Australie, qui se déroule alors au mois de décembre, il est 6e mondial. Il ne lui manque plus qu’un résultat marquant dans un tournoi majeur pour s’affirmer comme l’un des meilleurs joueurs du monde.

Né en 1960, Ivan Lendl redéfinit les standards du jeu de fond de court, avec un coup droit lifté très puissant qui lui permet d’être à la fois agressif et extrêmement régulier, poussant ses adversaires à un rude combat physique. Il redéfinit également les standards en termes de préparation, s’entraînant plus que quiconque auparavant, bien plus soucieux de sa condition physique et de son alimentation que n’avaient l’habitude de l’être les tennismen de l’époque.

Passé pro en 1978, il se pose dès 1980 comme l’un des quatre meilleurs joueurs au monde avec Bjorn Borg, John McEnroe et Jimmy Connors. Bien qu’il ait déjà remporté des dizaines de tournois ATP, dont le Masters 1981 en venant à bout de Vitas Gerulaitis (6-7, 2-6, 7-6, 6-2, 6-4), il ne parvient pas à décrocher un titre du Grand Chelem avant 1984. A vrai dire, il échoue à quatre reprises en finale, une fois à Roland-Garros (en 1981, battu par Bjorn Borg), deux fois à l’US Open (battu par Jimmy Connors, en 1982 et 1983) et une en Australie (battu par Mats Wilander en 1983). En 1984, Lendl triomphe finalement à Roland-Garros, venant à bout de John McEnroe à l’issue d’une finale légendaire où il surmonte un handicap de deux sets (3-6, 2-6, 6-4, 7-5, 7-5). En 1985, il atteint la finale des Internationaux de France (battu une nouvelle fois par Wilander, 3-6, 6-4, 6-2, 6-2), mais à l’US Open, quelques semaines après être redevenu numéro 1 mondial, il décroche un deuxième titre du Grand Chelem aux dépens de John McEnroe (7-6, 6-3, 6-4).

Le lieu : Melbourne, sur gazon

Contrairement aux autres tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie (d’abord appelé Championnat d’Australasie puis Championnat d’Australie) a changé plusieurs fois de lieu au fil des ans. L’épreuve changeait même de ville chaque année avant de s’installer à Melbourne en 1972, et pas moins de cinq villes australiennes l’ont accueillie à au moins trois reprises : Melbourne, Sydney, Adelaïde, Brisbane et Perth. Ses dates ont été assez mouvantes également, entre début décembre et fin janvier, faisant de l’Open d’Australie parfois le premier, parfois le dernier Grand Chelem de la saison. Jusqu’à 1982, la plupart des meilleurs joueurs font l’impasse sur l’épreuve en raison de son éloignement, des dates proches des fêtes de fin d’année et des prix insuffisants : le n°1 mondial, Ivan Lendl, n’y a participé que trois fois depuis le début de sa carrière, en 1978.

L’histoire : Lendl, toujours pas

La demi-finale de l’Open d’Australie entre Ivan Lendl et Stefan Edberg réunit tous les ingrédients d’un match alléchant : le Tchécoslovaque vient de reconquérir la première place mondiale et assied sa domination (il a gagné ses 31 derniers matches), tandis que le Suédois, à 19 ans, est l’une des étoiles montantes du tennis. De plus, ils ont des styles de jeu opposés, Edberg pratiquant le service-volée, alors que Lendl préfère jouer du fond de court.

Edberg a bataillé cinq sets en huitièmes de finale et a remonté un handicap de deux sets à zéro, écartant deux balles de match contre le joueur local Wally Masur (6-7, 2-6, 7-6, 6-4, 6-2). Son quart de finale est plus tranquille et, la pluie ayant repoussé son duel avec Lendl au samedi, il a pu récupérer de ses efforts.

Au premier set, les deux joueurs ne parviennent pas à se breaker, et se départagent donc au tie-break, où l’expérience fait la différence : 7-3 pour Lendl. Au deuxième set, Edberg est le premier à prendre le service de son adversaire, à 5-5, et il égalise à un set partout sur son propre service au jeu suivant. Sur sa lancée, le Suédois surclasse Lendl au troisième set, qu’il boucle 6-1. À 4-4 au quatrième set, la pluie renvoie tout le monde aux vestiaires pendant presque deux heures. Lorsque le jeu reprend, Edberg met du temps à rentrer dans le match, et Lendl empoche le set 6-4, emmenant son jeune adversaire dans un cinquième set où il le breake d’entrée. Cependant, le Suédois, montrant alors qu’il est “taillé dans le bon matériau » (selon les termes de son coach, Tony Pickard), revient au score. Les deux joueurs tiennent alors leur mise en jeu jusqu’à 8-7, lorsqu’Edberg réalise le break qui le qualifie pour la première finale de Grand Chelem de sa jeune carrière. 

Après le match, sans nier le mérite de son adversaire et jurant avoir tout donné, un Lendl bien amer, qui avait déjà reçu une amende au troisième tour, lance des commentaires qui ont certainement fait grincer des dents les officiels du tournoi. Sa principale cible : l’état des cours en gazon, qui ont été critiqués par beaucoup de joueurs cette année-là, notamment Boris Becker, qui avait déclaré, suite à sa défaite au premier tour contre le 188e mondial, Michiel Schapers : « Le court n’est pas uniforme et pas aussi ferme qu’à Wimbledon. Lorsque les conditions sont aussi mauvaises, il n’y a plus beaucoup de différence entre le 5e et le 188e mondial. » Le n°1 mondial est encore plus cassant que l’Allemand.

« Je n’appellerais pas ça un tournoi majeur, déclare-t-il, d’après le New York Times. Je le qualifierais plutôt de tournoi de seconde classe.”


La postérité du moment : Lendl triomphe enfin à l’Open d’Australie

Le jour suivant, Edberg battra Mats Wilander lors de la première finale 100 % suédoise de l’histoire du Grand Chelem (6-4, 6-3, 6-3), remportant ainsi le premier des 6 titres majeurs qu’il accumulera au long de sa carrière. Edberg deviendra n°1 mondial le 13 août 1990, et il restera au sommet du classement 72 semaines durant. 

Edberg 1993

Malgré cette défaite, Lendl étendra sa domination sur le circuit, et restera premier mondial pendant 157 semaines consécutives, manquant à trois semaines près le record de 160 semaines détenu par Connors. Au total, le Tchécoslovaque occupera le sommet du classement pendant 270 semaines, un record à lépoque.  Lendl remportera finalement l’Open d’Australie à deux reprises, une fois que le tournoi aura déménagé sur les courts en dur de Flinders Park.

Régulièrement critiqué, l’Open d’Australie devra quitter ses locaux de Kooyong pour des lieux plus spacieux, afin de conserver son prestige. En 1988, le tournoi emménagera à Flinders Park (connu plus tard sous le nom de Melbourne Park), où le Center Court sera muni du premier toit rétractable de l’histoire du Grand Chelem.

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