9 octobre 1989 : Le jour où Chris Evert a mis un point final à une carrière magistrale

Chris Evert a pris sa retraite le 9 octobre 1989, au sortir d’une victoire contre Conchita Martinez (6-3, 6-2) qui lui a permis d’offrir la Fed Cup aux Etats-Unis.

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Dernière victoire et dernier titre pour Evert

Ce jour-là, le 9 octobre 1989, la légende du tennis Chris Evert joue et remporte le dernier match de sa carrière, en finale de la Fed Cup, à Tokyo. Sa dernière victime, âgée de 17 ans, est l’Espagnole Conchita Martinez, qui ne peut rivaliser du fond de court avec « la Dame de Glace » et s’incline (6-3, 6-2). Les Etats-Unis remportent la finale, et la carrière riche en succès d’Evert s’achève sur un dernier triomphe.

Les joueuses

Evert, immense championne sur le point de tirer sa révérence

Chris Evert est née en 1954 en Floride. Entraînée par son père, elle développe un jeu basé sur la régularité, tenant ses adversaires à distance du filet grâce à sa longueur de balle, et les sanctionnant avec d’excellents passing shots si elles montent imprudemment. Elle obtient son premier résultat notable à l’âge de 16 ans, se hissant en demi-finales de l’US Open (éliminée par la numéro 1 mondiale, Billie Jean King, 6-3, 6-2). La liste de ses exploits au cours des dix-neuf années suivantes est plus qu’impressionnante.

Evert atteint le dernier carré de 52 des 56 tournois du Grand Chelem auxquels elle participe au cours de sa carrière. Elle parvient en finale à 34 reprises, et remporte pas moins de 18 tournois majeurs : Roland-Garros (1974, 1975, 1979, 1980, 1983, 1985, 1986), Wimbledon (1974, 1976, 1981), l’US Open (1975-1978, 1980, 1982), et l’Open d’Australie (1982, 1984). Elle ne fait que six fois le déplacement à Melbourne, et fait l’impasse sur Roland-Garros à trois reprises (1976-1978) alors même qu’elle est invincible sur terre battue, surface sur laquelle elle gagne 125 matches d’affilée entre 1973 et 1979. 

NAVRATILOVA_MARTINA_EVERT_CHRIS_ROLAND_GARROS_FRENCH_OPEN_TENNISpanoramic_PANORGTENARCH160562015.097

Accumulant un total de 154 titres, Evert termine sept saisons à la première place mondiale  (1974, 1975, 1976, 1977, 1978, 1980, 1981) et, de 1972 à la fin de sa carrière, elle ne quitte jamais le Top 4 mondial. Avec un palmarès aussi fantastique, rien d’étonnant à ce qu’en 1989, âgée de 34 ans, la « Dame de Glace » se sente épuisée, et que rester trois ans sans remporter un Grand Chelem soit pour elle le signe qu’il est temps de mettre un terme à sa carrière. Elle a d’ailleurs annoncé dès le mois de juillet que 1989 serait sa dernière saison et qu’elle tirerait sa révérence à l’issue de la Fed Cup, au mois d’octobre.

Martinez, 17 ans et déjà aux portes du Top 10

Conchita Martinez est née en 1972. L’Espagnole passe pro en 1988 et gagne son premier tournoi la même année, à Sofia, aux dépens de Barbara Paulus (6-1, 6-2). En 1989, elle se hisse en quarts de finale de Roland-Garros, éliminée par Steffi Graf (6-0, 6-4), et ajoute trois titres à son palmarès, le plus important d’entre eux à Tampa, où elle bat en finale Gabriela Sabatini, 3e mondiale (6-3, 6-2). Au mois d’octobre, à 17 ans, elle est déjà 12e mondiale.

Le lieu : Le Coliseum de Tokyo

En 1989, la Fed Cup se joue toujours sous son format originel, avec 40 équipes qui s’affrontent une semaine durant au même endroit. Cette année-là, l’événement a lieu à Tokyo, à l’Ariake Tennis Park où le court central, le Coliseum, peut accueillir 10 000 spectateurs.

L’histoire : Pas de suspense, ni d’émotion

Lors de la Fed Cup 1989, à Tokyo, l’équipe américaine est scrutée de près par le public comme par les journalistes. Les Etats-Unis font partie des principaux candidats au titre, avec dans leurs rangs les deux légendes Martina Navratilova (2e mondiale) et Chris Evert (4e), et deux excellentes joueuses en soutien pour les doubles, Zina Garrison (5e) et Pam Shriver (9e). 

De plus, Evert, « la Dame de Glace », a déjà annoncé qu’il s’agissait de sa dernière apparition en tant que joueuse professionnelle. La « dream-team » américaine se promène jusqu’en finale de la Fed Cup, écartant successivement la Grèce, le Danemark, l’Autriche et la Tchécoslovaquie, Navratilova étant la seule à lâcher un set en cours de route, en demi-finale, contre Helena Sukova (4-6, 6-1, 6-4). 

Le lundi 9 octobre 1989, Evert se réveille à 5h30 pour se préparer à jouer le dernier match de sa longue et intense carrière. Son adversaire est la 12e mondiale, Conchita Martinez, et « Chrissie » est un peu nerveuse. « Je commence à me sentir tendue, mais j’arrive finalement à me convaincre de ne pas m’en faire, de profiter de la compétition, et de tout donner le temps d’un match supplémentaire », écrit-elle dans un journal publié dans World Tennis Magazine.

Au bout du compte, Evert livre une partie très propre pour marquer le premier point de cette finale (6-3, 6-2). D’ailleurs, sa performance est si solide que, dans les vestiaires, elle se demande presque si cette retraite est vraiment une bonne idée :

« J’ai du mal à admettre que tout cela est fini et je me retrouve encore à remettre en question ma décision de prendre ma retraite. Quand je pense au niveau auquel j’ai joué toute la semaine,  les décharges d’adrénaline, et l’ivresse de la victoire, je me dis que c’est difficile d’arrêter. Mais je me force alors à me souvenir de tout le travail, de la concentration si intense, de mon corps endolori, de cet engagement total et des défaites douloureuses. La retraite prend alors la forme d’un soulagement. » (World Tennis Magazine)

La septuple vainqueure de Roland-Garros ne montre pas la moindre émotion sur le court à l’issue de la balle de match. « Parce qu’en réalité, tout s’était joué à l’US Open, un mois plus tôt. », confiera-t-elle à L’Equipe, en 2020.  « C’était mon dernier grand tournoi, dans mon pays et ma ville de New York. C’est là que j’ai ressenti la foule autour de moi. Quand je suis revenue sur le court pour jouer mon quart de finale contre Zina [Garrison], je n’étais plus motivée. C’est pour cela que j’ai décidé d’arrêter. »

Postérité du moment

Lors du deuxième match, Martina Navratilova viendra à bout d’Arantxa Sanchez, assurant ainsi la 13e victoire des Etats-Unis en Fed Cup. Malgré son hésitation dans les vestiaires, Chris Evert se tiendra à sa décision, et son dernier match restera bien une victoire.

Une fois sa carrière terminée, Evert dirigera une académie de tennis en Floride avec son frère, et elle contribuera à Tennis World Magazine. Elle commentera aussi les tournois du Grand Chelem pour ESPN.

Conchita Martinez se hissera jusqu’à la 2e place mondiale, en 1995. Elle remportera Wimbledon en 1994, et elle atteindra les finales de l’Open d’Australie (1998) et Roland-Garros (2000). Au total, elle aura gagné 46 tournois lorsqu’elle prendra sa retraite, en 2006.

Your comments

Your email address will not be published. Required fields are marked *