Benoît Paire : “Envie de montrer que je ne suis pas encore à la retraite”

Benoît Paire poursuit sa cure de remise en forme à Gstaad, où il s’est qualifié pour les quarts de finale ce jeudi en profitant de l’abandon de Tallon Griekspoor. Après son succès, le Français a raconté sa joie de (bien) jouer ici en Suisse, loin des Jeux Olympiques dont il a été écarté par la FFT pour des raisons comportementales, mais dont il dit n’avoir aucun regret de ne pas y être.

Tennis Majors : Vous voilà en quarts de finale ici à Gstaad, comme la semaine dernière à Hambourg. On a l’impression que vous reprenez peu à peu du plaisir sur le circuit…

Benoît Paire : Oui, je me sens bien ici à Gstaad. Je peux me promener dans la ville, aller au restaurant, mener vivre une vie à peu près normale. Et jouer devant les spectateurs, évidemment, cela change tout. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis inscrit à ce tournoi. Comme je l’ai déjà dit, j’ai un peu le sentiment de débuter une nouvelle saison. Ce n’est pas évident, car avec ce qui s’est passé pour moi depuis un an et demi, je ne suis pas à mon meilleur. Mais je suis là pour essayer de continuer à progresser, gagner des matches et reprendre confiance petit à petit.

Tennis Majors : Vous avez un peu de réussite aussi avec deux abandons, un la semaine dernière à Hambourg et un autre ici à Gstaad. On peut dire que la roue tourne enfin dans votre sens ?

Benoît Paire : Pour moi, ce n’est pas de la réussite. Je pense le mériter. Pendant un an et demi, c’est moi qui étais blessé mentalement. J’essayais quand même de jouer chaque semaine, mais quand j’arrivais dans ces bulles, des ambiances terribles, sans spectateur, sans avoir le droit de sortir nulle part, c’était trop pour moi. Je n’y arrivais pas. Et à ce moment-là, tous ceux qui sont tombés contre moi étaient bien contents d’en profiter aussi.

Maintenant, c’est à moi que ça profite. Je me bats depuis un an et demi, et je suis enfin récompensé. Je ne vais pas vous dire que je suis triste, parce que j’ai gagné par abandon. Bien sûr, je suis triste pour Tallon (Griekspoor), c’est un mec super qui va bientôt rentrer dans les 100. Mais je suis avant tout très content pour moi d’avoir gagné.

Tennis Majors : Un signe qui ne trompe pas sur votre joie de jouer ici, cette incroyable volée amortie de revers réussie au premier tour contre Kovalic. Vous vous entraînez sur ce genre de coup ?

Benoît Paire : Oui, ça m’arrive d’en tenter de temps en temps à l’entraînement, pour m’amuser. J’aime aussi en tenter en match, pour plaire au public, et pour essayer quelque chose de différent. J’avais fait la même contre Gilles Simon il y a quelques années à Bercy (en 2015, ndlr). Celle contre Kovalic était peut-être même un peu mieux…

J’ai croisé Denis Shapovalov au stade, il m’a félicité ! Bon, pour lui, c’était de la chance. Je lui ai répondu que non, quand on la réussit deux ou trois fois, ce n’est plus de la chance ! En tout cas, j’étais content de celle-là. Pour être honnête, je suis allé la revoir sur Internet après.

Paire : “On va essayer de faire encore mieux et pourquoi pas gagner le titre”

Tennis Majors : Plus globalement, y’a-til un secteur du jeu qui vous satisfait plus particulièrement cette semaine ?

Benoît Paire : On est en altitude ici et le service prend d’autant plus d’importance. Pour moi, c’est un coup prédominant. Depuis le début de la semaine, je trouve que je sers bien. J’ai fait beaucoup d’aces, je n’ai pas été breaké une fois, ni en simple ni en double. Je vais essayer de continuer là-dessus. 

Avec l’altitude, ce n’est pas facile de contrôler la balle du fond, donc il faut que je continue de pouvoir m’appuyer sur mon service. Pour le reste, j’essaie de progresser à chaque match pour sentir la balle de mieux en mieux. Car pour moi, les sensations, c’est quelque chose d’important.

Aux JO, je regarderai tous les sports, mais pas le tennis.

Benoît Paire

Tennis Majors : Vous êtres trois Français en quarts à Gstaad, avec Arthur Rinderknech et Hugo Gaston. Il y a aussi une certaine émulation entre vous ?

Benoît Paire : Personnellement, je n’ai pas gagné beaucoup de matches ces derniers temps, donc cela me stimule de voir d’autres Français gagner. J’ai envie de faire pareil, de leur montrer que je ne suis pas encore à la retraite. C’est vrai qu’on joue bien ensemble au même moment, on est tous contents les uns pour les autres.

Je joue avec Arthur en double, je me régale avec lui. Je peux vous dire qu’il joue très bien, il frappe très bien la balle, il est en confiance. Il vient de rentrer dans le Top 100 et il ne va pas s’arrêter là. Je pense qu’il va monter au classement très rapidement. Quant à Hugo, c’est un très bon joueur, il faut qu’il confirme encore et c’est ce qu’il est en train de faire.

On prend du plaisir tous ensemble. En plus, il y a une belle ambiance ici, avec pas mal de Français qui viennent nous supporter. Tout est positif. On va essayer de faire encore mieux et pourquoi pas gagner le titre.

Paire : “Je suis quelqu’un de normal, qui aime bien prendre l’apéro, s’amuser, faire des barbecues, être avec des potes…” 

Tennis Majors : On voit en effet une grosse ambiance sur chacun de vos matches, vous pouvez encore compter ici sur un gros fan club. D’où sortent ces supporters que l’on voit vous soutenir bruyamment à chaque tournoi ?

Ce ne sont pas forcément les mêmes à chaque fois. Mais vous savez… Dans la presse, on lit toujours : “Benoît-ci, Benoît-ça, il a un mauvais comportement, il dit des choses qu’il ne faudrait pas…” D’accord, mais il y a aussi des gens qui aiment ce que je dis. Je suis quelqu’un de sincère, qui dit ce qu’il pense. A côté de ça, je suis quelqu’un de normal, qui aime bien prendre l’apéro, s’amuser, faire des barbecues, être avec des potes…. 

C’est pour tout cela, je pense, que les gens se reconnaissent en moi et viennent me supporter. Ils savent que j’adore cette ambiance. Et c’est vrai que ça fait du bien de les voir. Du coup, j’essaie de le leur rendre.

Gstaad, c’est un petit tournoi donc en plus, on se croise régulièrement avec ce petit groupe de supporters. Je leur ai offert des places au 1er tour, je leur en offrirai encore demain (vendredi) pour le quart de finale (face à Casper Ruud, ndlr). Je les remercie pour tout. Quant à moi, je ne vais pas changer. Même si cela déplaît à certains, je resterai comme ça.

Tennis Majors : Le tournoi olympique est sur le point de débuter. Est-ce que cela vous fait un pincement de ne pas y être ?

Aucun. Je n’ai même pas regardé les tableaux, je suis concentré sur mon tournoi à Gstaad, et sur celui d’Atlanta la semaine prochaine. Je vais supporter tous les Français parce que j’ai des amis là-bas, mais je vais surtout regarder les autres sports. Le handball, la natation, l’escrime, le tir au fusil : tout ce que vous voulez mais pas le tennis. Je vais supporter tous les athlètes français pendant ces Jeux parce que c’est quelque chose que j’adore. Mais je ne regarderai pas les matches. 

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