12 avril 1987 : Le jour où Mecir a infligé une bulle et une défaite à McEnroe

Miloslav Mecir, qui n’avait encore jamais pris un set à John McEnroe, s’est imposé en finale du WCT contre l’Américain le 12 avril 1987. L’un des plus grands titres de la carrière du Slovaque.

Miloslav Mecir, On this day

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Mecir vainc ses vieux démons contre McEnroe

Le 12 avril 1987, Miloslav Mecir, alors N.5 mondial, remporte l’un des titres les plus importants de sa carrière en battant John McEnroe en finale du WCT, à Dallas (6-0, 3-6, 6-2, 6-2). Le Slovaque n’avait jamais gagné un seul set contre l’Américain auparavant. Mais il domine largement cette finale et parvient à rester concentré malgré les multiples contestations de McEnroe.

Les acteurs : Mecir nouveau venu dans le Top 5, McEnroe sur le retour après un break

Miloslav Mecir est né en Tchécoslovaquie en 1964. Il devient professionnel en 1982, et sa façon de jouer ne passe pas inaperçue très longtemps : ses coups imprévisibles, son toucher de balle exceptionnel et son agilité lui valent le surnom d’« Il Gattone », « Le Chat ». Il remporte son premier tournoi à Rotterdam en 1985, aux dépens de Jakob Hlasek (6-1, 6-2). Mecir réalise sa première performance notable en Grand Chelem en 1986 en se hissant en finale de l’US Open (battu par Ivan Lendl, 6-4, 6-2, 6-0). En 1987, il gagne le premier gros tournoi de sa carrière, le Lipton Championship, à Key Biscayne (battant cette fois Lendl, 7-5, 6-2, 7-5), ce qui le propulse à la 5e place mondiale.

John McEnroe, né en 1959, a occupé la place de numéro 1 mondial 170 semaines durant, entre 1980 et 1985. Extrêmement talentueux, son jeu est basé sur le toucher de balle et la précision, le tout agrémenté d’un service aussi original qu’efficace, souvent suivi au filet. Il est également célèbre pour son comportement, qui choque à l’époque le monde bien propre et policé du tennis. Ses querelles incessantes avec le corps arbitral dénotent dans un sport dit « de gentlemen ». Durant cette période, le gaucher américain accumule sept titres du Grand Chelem : trois à Wimbledon (1981, 1983, 1984) et quatre à l’US Open (1979, 1980, 1981, 1984). En 1979, il devient le plus jeune vainqueur de l’histoire de l’US Open, en battant Vitas Gerulaitis en finale (7-5, 6-3, 6-3). McEnroe dispute son match le plus célèbre en finale de Wimbledon en 1980, vaincu par Bjorn Borg en cinq manches après avoir remporté un incroyable tie-break au quatrième set (18-16).

Bjorn Borg vs John McEnroe, 1980 Wimbledon final

Sa plus grande saison reste 1984, année au cours de laquelle, après une terrible défaite en finale de Roland-Garros contre Ivan Lendl, il remporte non seulement Wimbledon et l’US Open, mais aussi le Masters et la Coupe Davis, finissant l’année en N.1 incontesté avec 82 victoires pour seulement 3 défaites. Après 1984, la domination de McEnroe prend fin. En 1986, il s’éloigne même du circuit, le temps d’épouser Tatum O’Neal. McEnroe effectue son retour début août, encore classé 7e mondial, à Stratton Mountain, où il apparaît en forme, battu seulement d’un cheveu par Boris Becker, 3e mondial (3-6, 7-5, 7-6). Lais la semaine suivante, à Toronto, il est surpris par Robert Seguso, 35e mondial (4-6, 6-3 7-5). En 1987, il semble retrouver la forme, atteignant trois finales ATP dans les premiers mois de l’année, et lorsqu’il arrive aux finales du WCT en avril, il est toujours 7e mondial.

Le lieu : Le WCT, longtemps le plus grand tournoi hors-Grand Chelem

Au cours des années 1970, la finale du WCT était l’un des tournois les plus prestigieux du monde, juste après les tournois du Grand Chelem (et même peut-être avant l’Open d’Australie, auquel les meilleurs mondiaux ne participaient que rarement). Ken Rosewall et Rod Laver y ont disputé deux finales mémorables, en 1971 et 1972, toutes les deux gagnées par Rosewall. Au palmarès, on trouve des noms tels que Stan Smith, John Newcombe, Arthur Ashe, Björn Borg… Les finales du WCT, semblables à un Masters spécifique à ce circuit, ont lieu chaque année au printemps, en indoor, à seulement quelques semaines de Roland-Garros.

En 1980, le fondateur du WCT, Lamar Hunt, a décidé de déplacer l’événement, qui se tenait jusqu’à présent au Moody Colosseum (7000 places), pour investir la Reunion Arena à Dallas, une salle généralement consacrée au basket-ball, d’une capacité de plus de 16 000 places. Cependant, au milieu des années 1980, même s’il reste un événement important, le tournoi a perdu une grande partie de son prestige.

L’histoire : Mecir reste impassible malgré les vociférations d’un McEnroe dépassé

En avril 1987, Miloslav Mecir est un joueur en pleine ascension. Après avoir atteint les quarts de finale de Wimbledon, il avait surpris le monde du tennis en 1986 à l’US Open, où il avait terminé finaliste malheureux face à Ivan Lendl (6-4, 6-2, 6-0). Après avoir atteint les quarts de finale de l’Open d’Australie 1987 (battu par Stefan Edberg, 6-1, 6-4, 6-4), il a remporté le titre le plus important de sa carrière début mars, à Miami, en battant Lendl en finale (7-5, 6-2, 7-5). À Dallas, lors de la finale du WCT, il bat Mats Wilander pour la cinquième fois en sept rencontres et se hisse en finale, où il affronte John McEnroe.

Mecir n’a affronté l’ancien N.1 mondial que deux fois, et il n’a encore jamais réussi à lui prendre un seul set. Ils se sont affrontés quelques semaines auparavant, à Rotterdam, et “Mac” l’a emporté, 6-1, 7-5. L’Américain, qui avait fait une pause de six mois en 1986, a démarré fort en 1987. Lorsqu’il débarque à Dallas, il est 7e mondial, et pour parvenir en finale, il a éliminé le 4e mondial, Yannick Noah (7-6, 6-2, 4-6, 6-3), et le 3e mondial, Stefan Edberg (7-6, 6-7, 7-6, 6-4).

Par conséquent, lorsque, dans le premier set de la finale, McEnroe est totalement surclassé par Mecir, la foule est stupéfaite. “Le Chat” semble prévoir chaque coup à l’avance, tandis que l’Américain, qui a pourtant construit sa carrière sur son sens du jeu, est complètement perdu. Le Tchécoslovaque empoche le premier set 6-0, devenant seulement le troisième joueur en cinq ans à gagner un set aussi facilement contre McEnroe. Dans le deuxième set, le septuple vainqueur de Grand Chelem trouve son rythme et prend deux fois le service de son adversaire pour l’emporter 6-3.

Les six mois passés loin du circuit en 1986 n’ont pas adouci le tempérament de McEnroe, comme il le montre au début du troisième set, lorsqu’il écope d’un point de pénalité pour une remarque obscène adressée au superviseur Keith Johnson. “Je ne vais plus jouer. Je n’ai pas à jouer”, dit-il à l’arbitre en rangeant ses raquettes, mais il reprend finalement le jeu. “C’est une putain de conspiration”, hurle-t-il plus tard après une annonce défavorable, mais ses frasques ne perturbent pas la concentration de Mecir, et le Tchécoslovaque survole les derniers sets, 6-2, 6-2.

“Il a joué un match intelligent”, analyse McEnroe, dans des propos rapportés par le Los Angeles Times. “Il faisait les choses assez intelligemment pour que je ne puisse pas prendre l’avantage”.

L’Américain affirme également que l’incident avec l’arbitre a brisé son élan.

“Quand cette chose s’est produite au troisième set, ce que j’avais en tête – faire quelques breaks, mieux frapper la balle – tout a semblé s’effondrer.”

Pendant ce temps, son adversaire, bien qu’il soit satisfait de sa propre performance, ne cache pas sa désapprobation vis-à-vis de l’attitude de McEnroe.

“J’essaie simplement de me concentrer, mais c’est très difficile. Ce n’est pas agréable de jouer dans une telle atmosphère. Parfois, on a l’impression qu’il va le refaire (contester), puis il recommence à jouer. J’essaie de me comporter comme mes parents me l’ont (appris).”

La postérité du moment : Mecir bientôt champion olympique, McEnroe inexorablement sur le déclin

Quelques semaines plus tard, Mecir atteindra les demi-finales de Roland-Garros, où Lendl prendra sa revanche de la finale de Miami (6-3, 6-3, 7-6). En 1988, en quart de finale de Wimbledon, il sera le seul joueur de la saison à battre Mats Wilander dans un tournoi du Grand Chelem (6-3, 6-1, 6-3). Malgré une avance de deux sets, il s’inclinera au tour suivant face à un autre Suédois, Stefan Edberg (4-6, 2-6, 6-4, 6-3, 6-4). En septembre, il remportera le plus grand titre de sa carrière en décrochant la médaille d’or olympique à Séoul, devenant ainsi le premier champion olympique de tennis depuis 64 ans. En 1989, après avoir atteint une deuxième finale de Grand Chelem à l’Open d’Australie (défait par Lendl, 6-2, 6-2, 6-2), il remportera son dernier titre, à Indian Wells, en battant Yannick Noah en finale (3-6, 2-6, 6-1, 6-2, 6-3). Il mettra fin prématurément à sa carrière en 1990 après une grave blessure au dos, à seulement 26 ans. Son style de jeu si fluide marquera la mémoire de bien des amateurs de tennis.

« Mac » n’obtiendra jamais de résultats comparables à ceux d’avant et n’atteindra plus jamais la finale d’une épreuve du Grand Chelem. Son dernier résultat marquant sera une demi-finale à Wimbledon perdue contre Andre Agassi en 1992 (6-4, 6-2, 6-3).

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