16 août 1994 : Le jour où Agassi a essayé d’arrêter la musique diffusée en plein match

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 16 août 1995, Andre Agassi craque lors de son premier tour au tournoi de New Haven, après que de la musique a été diffusée aux changements de côté.

Andre Agassi

Ce qui s’est passé ce jour-là : Et je coupe le son… et je remets le son

Ce jour-là, le 16 août 1994, Andre Agassi craque lors de son premier tour au tournoi de New Haven, furieux que les organisateurs du tournoi aient décidé de diffuser de la musique dans le stade pendant les changements de côté. Après s’être plaint à l’arbitre et avoir perdu contre le 113e mondial Jan Siemerink, Agassi exprime sa colère en conférence de presse.

Les personnages

Andre Agassi, le Kid de Las Vegas

Andre Agassi, le Kid de Las Vegas, est l’une des plus grandes stars de l’histoire du tennis. Passé pro en 1986, il devient rapidement célèbre, grâce à son talent mais aussi à ses tenues vestimentaires originales, dont l’emblématique short en jean et le cycliste rose. Initié au tennis par son père puis élevé à l’académie de Nick Bollettieri, il dispose d’un excellent retour de service (le meilleur de son temps), et son jeu consiste à frapper la balle montante avec une force incroyable. Ce qui est révolutionnaire à l’époque et inspirera des générations entières de tennismen.

Andre Agassi remporte son premier tournoi ATP en novembre 1987, à Itaparica, aux dépens de Luiz Mattar (7-6 6-2). Il explose en 1988 : il remporte six tournois, et atteint les demi-finales de Roland-Garros (éliminé par Mats Wilander, 4-6 6-2 7-5 5-7 6-0) et à l’US Open, où il est battu par Ivan Lendl (4-6 6-2 6-3 6-4). Lors de la demi-finale à Paris, il marque les esprits en empruntant un parapluie à un spectateur avant d’aller se replacer comme pour jouer le point suivant. De 1989 à 1991, malgré d’excellents résultats, Andre Agassi, qui avait été le premier joueur américain de sa génération à se trouver sous le feu des projecteurs, voit ses rivaux remporter des tournois majeurs. Il rate, de son côté, plusieurs occasions. A Roland-Garros, en 1989, il perd contre Jim Courier au troisième tour (7-6 4-6 6-3 6-2) et assiste au triomphe de Michael Chang, âgé de 17 ans.

A l’US Open, il bute à nouveau sur Ivan Lendl (7-6 6-1 3-6 6-1). En 1990, le Kid de Las Vegas passe encore plus près de la gloire, mais, en finale de Roland-Garros, il est surpris par Andres Gomez (6-3 2-6 6-4 6-4), et à l’US Open, il échoue encore sur la dernière marche, battu par Pete Sampras (6-4 6-3 6-2). A la fin de la saison, Agassi parvient tout de même à remporter le Masters (il y domine en finale Stefan Edberg, 5-7 7-6 7-5 –2). Malgré ce grand succès, lorsqu’il perd une troisième finale majeure à Paris en 1991 (battu par Jim Courier, 3-6 6-4 2-6 6-1 6-4), les experts commencent à se demander si Agassi parviendra à aller au bout d’un tournoi du Grand Chelem. Il y arrive enfin en 1992, à l’endroit le plus improbable : Wimbledon, un tournoi qu’il a délibérément ignoré à trois reprises (1988-1990).

En finale, il bat Goran Ivanisevic à l’issue d’un duel entre le meilleur serveur et le meilleur “relanceur” au monde (6-7 6-4 6-4 1-6 6-4). Fin 1993, Agassi doit subir une opération à la suite d’une blessure au poignet qui lui a gâché sa saison. De retour en 1994, il se hisse en finale à Key Biscayne au printemps, et à l’été, à Toronto, il remporte son premier Masters 1000 depuis deux ans, aux dépens de Jason Stoltenberg (6-4 6-4). Andre Agassi est à présent un sérieux prétendant au titre à l’US Open. 

Andre Agassi

Jan Siemerink, loin de son meilleur niveau

Jan Siemerink, né en 1970, est 113e mondial en août 1994, loin du 26e rang mondial qu’il occupait en 1991, après avoir remporté son premier titre à Singapour (battant en finale Gilad Bloom, 6-4 6-3). Son meilleur résultat en Grand Chelem est un huitième de finale atteint à l’Open d’Australie en 1991 et perdu face à Goran Prpic (7-6 6-7 6-0 7-6). 

Le lieu : le Vovo International, en attendant l’US Open

Le Volvo International Open a été fondé en 1973. L’épreuve a changé plusieurs fois de lieu depuis sa création : Bretton Woods, North Conway, et Stratton Mountain. Disputé chaque été sur dur à quelques semaines de l’US Open, le tournoi attire toujours de grands joueurs venus préparer le dernier Grand Chelem de la saison. En 1990, le Vovo International s’installe à New Haven. Depuis, le tournoi a été gagné par des champions tels que Petr Korda (1991) ou Stefan Edberg (1992). 

L’histoire : un show qui passe mal

En 1994, au Volvo Open de New Haven , l’ATP expérimente une nouvelle façon de rendre le tennis plus séduisant aux yeux du grand public : diffuser de la musique rock lors des changements de côté. L’une des premières stars du tennis à faire l’expérience de ces nouvelles conditions est Andre Agassi. Il affronte, pour son premier match, le 113e mondial Jan Siemerink. A ce moment, le Kid de Las Vegas occupe la 18e place mondiale et vient de gagner le Masters 1000 du Canada. Il est largement favori. 

Au début, Agassi essaie de composer avec l’expérience de l’ATP. Il choisit même sa chanson d’entrée sur le court (« The way we were », de Barbra Streisand). Cependant, il montre vite des signes d’agacement. La musique diffusée aux changements de côté le déconcentre vraiment. Après quelques jeux, il se plaint auprès de l’arbitre de chaise et fait appeler le superviseur, qui lui fait savoir que l’on n’éteindra pas la musique. Enervé et insatisfait des conditions de jeu, le vainqueur de Wimbledon 1992 est renversé par Jan Siemerink en trois sets, 6-3 3-6 –3. 

Agassi : “C’est une honte”

Eliminé, la prestation d’Andre Agassi au Volvo Open est loin d’être achevée : il ne prend aucune pincette pour exprimer sa colère et sa déception en conférence de presse.

C’est une honte“, dit-il, selon worldtennismagazine.com. « C’est une plaisanterie. Si un autre tournoi met ça en place, j’arrêterai le tennis plutôt que d’y participer. Je n’exagère pas. Ca m’a rendu dingue. Il s’agit de ce qu’ils font à notre sport. C’est du sport. Tu vas sur le terrain et tu es fier de ce que tu fais. Si ces gens ne sont pas là pour regarder du tennis, ils ne devraient pas venir du tout. »

Selon le Washington Post, il continue ainsi :

« Je ne dis pas qu’il ne devrait pas y avoir de musique parce que ça me déconcentre, je dis qu’il ne devrait pas y avoir de musique parce que cela éloigne les gens de la raison pour laquelle ils viennent : le tennis. J’ai vraiment eu l’impression que les gens n’avaient aucune idée que j’étais mené d’un break et que je suis revenu dans le match. Si l’on doit faire des changements, il faut réfléchir à comment faire en sorte que les gens se sentent plus proches du jeu, et pas de les éloigner. »

Agassi envoie une dernière pique à la direction du tournoi : « Je ne peux pas vous dire à quel point je suis déçu d’avoir choisi de venir ici pour préparer l’US Open. Si j’avais su qu’ils feraient ça, je ne serais pas venu. »

Postérité du moment : il s’en remettra

Jan Siemerink sera éliminé au tour suivant par Marc-Kevin Goellner (3-6 7-6 –4). Au cours des années suivantes, en cinq matchs, Siemerink ne battra plus jamais Agassi.

Andre Agassi ne sera pas le seul joueur à se plaindre de la musique : Boris Becker déclarera aussi avoir détesté l’expérience et que « le court n’est pas une salle de concert ».

Malgré sa défaite précoce à New Haven, le Kid de Las Vegas retrouvera la forme pour remporter l’US Open en battant Michael Stich en finale (6-1 7-6 7-5).

Bien qu’à l’époque, cela paraisse révolutionnaire, quelques années plus tard, diffuser de la musique pendant les matches de tennis, lors de l’entrée des joueurs et des changements de côté, deviendra partie intégrante du spectacle dans la plupart des tournois.

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