17 mars 2001 : Le jour où Serena Williams a gagné Indian Wells sous les huées

Serena Williams remporte le 17 mars 2001 le tournoi d’Indian Wells dans une ambiance hostile, lors de la finale face à Kim Clijsters. En effet, la rumeur court que sa soeur Venus a déclaré forfait avant leur demi-finale sur décision de leur père Richard, ce que le public fera payer à la famille pendant la finale.

Serena Williams, On This Day

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Serena sifflée et victorieuse à Indian Wells

Le 17 mars 2001, Serena Williams domine Kim Clijsters en finale d’Indian Wells (4-6, 6-4, 6-2), malgré un public très hostile qui la siffle et soutient bruyamment son adversaire. Le public d’Indian Wells pense que la demi-finale entre Serena et sa sœur, pour laquelle Venus a déclaré forfait à la toute dernière minute, a en fait été truquée par leur père Richard. Suite à cet incident, il faudra attendre 14 ans pour que les sœurs Williams reviennent à Indian Wells.

Les personnages : Serena Williams et Kim Clijsters

Serena Williams, née en 1981, est la cadette de sa famille. Quelques années plus tôt, en 1997, sa sœur Venus, qui débutait alors sur le circuit, avait déclaré que sa principale rivale serait sa petite sœur Serena. A l’époque, les observateurs n’avaient pas su si elle avait dit ça sérieusement ou par pure provocation. Ils réalisent bientôt à quel point Venus était en fait sérieuse. En 1998, âgée de 16 ans, elle renverse plusieurs joueuses du Top 10, notamment la 3e mondiale Lindsay Davenport, en quarts de finale du tournoi de Sydney (1-6, 7-5, 7-5), et dispute plusieurs quarts de finale, qui lui permettent de terminer la saison au 20e rang mondial. Elle franchit un cap en 1999. En février, elle gagne son premier tournoi, à Paris Coubertin, à 17 ans, battant en finale la locale Amélie Mauresmo (6-2, 3-6, 7-6). A Miami, elle vient à bout de la numéro 1 mondiale Martina Hingis en demi-finale (6-4, 7-6), avant de s’incliner en finale contre Venus. C’est la première fois de l’histoire que deux sœurs s’affrontent en finale d’un tournoi WTA. Après un Roland-Garros décevant, une blessure l’oblige à faire l’impasse sur Wimbledon. Mais à l’été elle remporte un troisième tournoi à Los Angeles et à l’US Open, elle prend tout le monde de court en remportant son premier titre du Grand Chelem avant sa sœur, aux dépens de Martina Hingis (6-3, 7-6). En 2000, bien qu’elle ne parvienne pas à ajouter de nouveau titre majeur à son palmarès, elle se hisse tout de même en demi-finale de Wimbledon (battue par sa sœur, 6-2, 7-6). En mars 2001, après avoir atteint les quarts de finale de l’Open d’Australie (éliminée par Hingis, 6-2, 3-6, 8-6), elle est 10e mondiale.

Kim Clijsters, née en 1983, fait ses débuts sur le circuit principal à l’âge de 16 ans, et elle bat sa première top 10 (Amanda Coetzer) dès 1999, à Wimbledon, avant de gagner son premier tournoi quelques mois plus tard au Luxembourg, aux dépens de Dominique Monami (6-2, 6-2). Elle termine la saison à la 47e place mondiale. En 2000, elle ajoute deux nouveaux titres à son palmarès, à Hobart (où elle bat Chanda Rubin en finale, 2-6, 6-2, 6-2) et à Leipzig, en battant Elena Likhovtseva (7-6, 4-6, 6-4). Finaliste à Filderstadt face à Hingis (6-0, 6-3), elle commence l’année 2001 en atteignant les huitièmes de finale de l’Open d’Australie (défaite par Lindsay Davenport, 6-4, 6-0). Lorsqu’elle arrive à Indian Wells, elle est 19e mondiale.

Le lieu : Indian Wells

L’histoire du tournoi de tennis d’Indian Wells commence en 1987, lorsque le tournoi de La Quinta, sous l’impulsion de Charlie Pasarell, devient trop grand pour ses locaux et doit déménager dans un endroit plus grand, sans quitter la Californie. L’épreuve féminine ne s’y installe qu’en 1992, et elle se déroule à l’origine une semaine avant l’épreuve masculine, mais en 1996, Indian Wells devient l’une des rares épreuves communes à l’ATP et la WTA. À son palmarès figurent plusieurs anciennes NL1 mondiales, comme Martina Navratilova, Steffi Graf, Monica Seles, Martina Hingis et Lindsay Davenport.

L’histoire : Quand la rumeur rend l’atmosphère électrique

L’histoire de la finale d’Indian Wells 2001 commence en réalité quelques jours auparavant, juste après que Venus Williams a battu Elena Dementieva en quart de finale (6-0, 6-3), retrouvant ainsi sa sœur Serena au tour suivant. Interrogée sur son opinion quant à l’issue de cette demi-finale, la Russe répond :

“C’est-à-dire que je ne sais pas ce que Richard en pense. Je pense que c’est lui qui décidera qui va gagner demain”.

La rumeur est lancée, mais elle n’attire qu’une attention modérée jusqu’à ce que Venus Williams déclare forfait quatre minutes seulement avant le début du match. Pour un public déçu, l’idée que Richard Williams a truqué le résultat apparaît désormais séduisante.

Le 17 mars 2001, en finale, Serena affronte une jeune joueuse prometteuse de 17 ans, Kim Clijsters. Cependant, son adversaire le plus coriace ce jour-là n’est pas la talentueuse Belge, mais bien la foule déchaînée. Avant même qu’elle n’entre sur le court, le public a déjà copieusement hué Richard et Venus alors qu’ils prenaient place dans les tribunes. En guise de réponse, le père des Williams a montré à la foule un poing menaçant et a appelé un agent de sécurité en renfort.

Dans cette ambiance chaotique, la jeune Serena, 19 ans, fait face à un défi inattendu, avec, en plus d’une excellente adversaire, une foule qui applaudit chacune de ses erreurs. Bientôt menée 3-0, elle reprend progressivement le contrôle de ses émotions, et même si elle perd le premier set, elle contrôle ensuite le match, et s’impose finalement, 4-6, 6-4, 6-2.

“J’aimerais remercier tous ceux qui m’ont soutenue, et si ce n’est pas votre cas, je vous aime quand même”, dit-elle à la foule lors de la remise des prix.

Williams a commis un total de 43 fautes directes, et son adversaire 31, mais les statistiques du match ne sont pas le sujet principal de la conférence de presse.

“Au début, évidemment, je n’étais pas contente”, déclare Serena Williams, selon le New York Times. “Je ne pense pas que mentalement, j’étais prête pour cela. Pour être honnête, ce que j’ai littéralement fait lors d’un changement de côté, j’ai prié Dieu de m’aider à être forte, même pas pour gagner, mais pour être forte, ne pas écouter la foule.’ J’ai gagné une grande bataille aujourd’hui sur le plan mental. Je pense qu’un champion peut toujours s’en sortir. (…) Combien de personnes connaissez-vous qui iraient huer une jeune fille de 19 ans ? Sérieusement, je ne suis qu’une enfant”.

Clijsters elle-même exprime sa désapprobation quant à l’attitude du public.

“C’est une personne très gentille. Je ne pense pas que ce soit à la foule de lui mettre la pression”.

La postérité du moment : La prophétie du père réalisée, Clijsters première Belge à devenir N.1 mondiale

Il faudra attendre 14 ans avant que Serena Williams ne revienne jouer à Indian Wells. En 2015, elle décidera finalement qu’il est temps de passer l’éponge, malgré les mauvais souvenirs que lui avait laissés la finale de 2001.

Cet incident n’empêchera pas les sœurs Williams d’accomplir des exploits extraordinaires. Comme leur père l’avait prédit, elles deviendront numéro 1 et numéro 2 mondiales, et s’affronteront en finale de nombreux tournois majeurs. Venus remportera 7 tournois du Grand Chelem en simple, et 14 en double, associée à sa sœur. Serena gagnera, quant à elle, 23 titres majeurs, et l’un de ses plus grands exploits restera connu comme le « Serena Slam » : elle remportera quatre titres majeurs à la suite, en 2002 et 2003, dominant à chaque fois sa sœur Venus en finale.

En 2003, au cours de sa meilleure saison, Clijsters deviendra la première Belge à atteindre la place de N.1 mondiale. Elle participera à 21 tournois, atteignant à chaque fois au moins les demi-finales (à une exception près), participant à 15 finales et soulevant 9 trophées, affichant 90 victoires pour seulement 12 défaites. Seule ombre au tableau, elle ne parviendra pas à remporter un tournoi du Grand Chelem, un exploit qu’elle accomplira pour la première fois à l’US Open 2005. Après une première retraite en 2007, elle fera un grand retour lors duquel elle ajoutera trois autres titres majeurs à son palmarès : l’US Open 2009 et 2010, ainsi que l’Open d’Australie 2011.

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