21 février 2008 : Le jour où Roddick a cherché à intimider Nishikori

Opposé à un Kei Nishikori tout jeune et vainqueur la semaine précédente de son premier tournoi sur le circuit ATP, Andy Roddick n’hésite pas à user de tous les moyens pour dominer le Japonais au tournoi de San José. Y compris l’intimidation.

Andy Roddick OTD 02_21

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Le « trashtalk » de Roddick à Nishikori

Le 21 février 2008, au deuxième tour du SAP Open, à San José, Andy Roddick donne de la voix pour impressionner son adversaire, Kei Nishikori, 18 ans, qu’il bat par ailleurs 6-2, 6-4. L’ancien N.1 mondial lance une tirade à son jeune adversaire alors qu’ils viennent d’échanger des coups à la volée. Mais pendant son interview sur le terrain, il refuse de répéter les mots utilisés, prétextant qu’il y ait des enfants dans le public.

Les personnages impliqués : Le surpuissant Roddick et l’espoir japonais Nishikori

Andy Roddick est né en 1982. Son arme la plus redoutable est sans nul doute son énorme service : il détient alors le record du service le plus rapide, après avoir expédié un missile à 249 km/h en direction d’Alex Voltchkov, en demi-finale de la Coupe Davis 2004. L’Américain dispose aussi d’un coup droit très puissant et fait preuve d’une excellente condition physique, alliée à un mental de battant. Il explose au plus haut niveau en 2001, à 19 ans, en gagnant son premier titre sur le circuit et atteignant son premier quart de finale en Grand Chelem à l’US Open (battu par Lleyton Hewitt). Il termine la saison à la 14e place mondiale. Cette même année, il établit un record un Roland-Garros en y devenant le premier à joueur à servir 37 aces en un seul match, au cours d’une victoire en cinq sets contre Michael Chang.

En 2003, sa plus grande année, il atteint la place de numéro 1 mondial et sa saison culmine avec un titre à l’US Open, où il bat l’Espagnol Juan Carlos Ferrero en finale (6-3, 7-6, 6-3). Avec l’ascension de Roger Federer et sa mainmise sur le circuit, Roddick ne jouit pas longtemps de ce statut de numéro 1. Il demeure l’un des cinq meilleurs joueurs mondiaux, mais il ne parvient pas à ajouter un deuxième titre du Grand Chelem à son palmarès, stoppé en finale à trois reprises par Federer (à Wimbledon en 2004 et 2005, puis à l’US Open, en 2006). En février 2008, il est 6e mondial, après avoir entamé la saison par une décevante défaite contre Philip Kohlschreiber au troisième tour de l’Open d’Australie (6-4, 3-6, 7-6, 6-7, 8-6).

Kei Nishikori est né au Japon en 1989. A l’âge de 14 ans, il quitte son pays pour s’entraîner à l’IMG Academy de Bradenton, en Floride, sous la bannière du Masaaki Morita Tennis Fund, constitué d’un groupe de joueurs japonais sélectionnés et sponsorisés par le PDG de Sony. Nishikori passe professionnel en 2007, et il obtient le premier résultat remarquable de sa jeune carrière en février 2008, à Delray Beach, alors qu’il n’est que 244e mondial, en sortant des qualifications avant de remporter le titre (en battant en finale James Blake, numéro 12 mondial, 3-6, 6-1, 6-4).

Kei Nishikori, US Open, 2008

Le lieu : Le SAP Open, à San Jose

Le Pacific Coast Championships, fondé en 1889, est l’un des plus anciens tournois de tennis au monde. Disputé à l’origine à Monterey, son lieu de prédilection sera ensuite Berkeley, ou l’épreuve se jouera de 1900 à 1971. Le tournoi déménage ensuite à San Francisco, sur moquette intérieure, avec à son palmarès de grands joueurs tels que John McEnroe (1978, 1979, 1982, 1984, 1986), Andre Agassi (1990, 1993, 1998, 2003), Pete Sampras (1996, 1997) ou encore Andy Roddick (2004, 2005). Disputé à San Jose depuis 1994, il porte le nom de SAP Open depuis 2005.

Andre Agassi, San José, 2003

L’histoire : Le coup de pression de Roddick face à un Nishikori imperturbable

Début 2008, Andy Roddick n’est pas le « A-Rod » en pleine confiance qui avait atteint la première place mondiale en 2003. Il n’a pas disputé la moindre finale depuis son dernier titre, à Washington, début août 2007. A l’Open d’Australie 2008, il a été éliminé au troisième tour, l’un de ses pires résultats dans un Grand Chelem sur surface rapide. Dans ce contexte, il peut nourrir quelques inquiétudes lorsque, au deuxième tour du SAP Open à San José, il affronte Kei Nishikori, 18 ans, qui a intégré le tableau en tant que « special exempt » (joueur qui aurait dû disputer les qualifications, mais qui est encore en lice dans le tournoi précédent. En effet, le jeune Japonais vient de remporter son premier titre, à Delray Beach, après être sorti des qualifications.

Finalement, Roddick l’emporte facilement, du moins sur le papier, 6-2, 6-4. Mais ce qui marque les esprits dans ce match du deuxième tour, c’est son attitude. Au septième jeu de la première manche, Nishikori allume Roddick au filet. Mais l’Américain réussit à se protéger avec sa raquette et parvient même à gagner le point. Bien qu’il ait déjà un break d’avance, l’ancien N.1 mondial aboie littéralement sur son jeune adversaire. Plus tard, il donne différentes versions de ses mots – lors de l’interview post-match sur le court, il refuse même de les répéter, prétendant qu’il y avait des enfants dans le public.

« Je lui ai dit de ne pas me rater la prochaine fois. Je lui ai juste fait savoir qu’il devait aller jusqu’au bout. Je n’ai pas de problème avec ça. Mais c’était un monologue », dit-il à CNN.

Mais il fournit des explications supplémentaires à tennisx.com.

« Ce soir, j’avais juste besoin de faire sentir un peu ma présence. Le faire penser à autre chose qu’à la qualité de son jeu. (…) J’étais un peu tendu à l’approche du match. (…) J’étais prêt à utiliser tous les moyens pour gagner, mais il m’a fait forte impression. (…) Il n’y avait rien de personnel là-dedans. Il n’est probablement pas très content que je fasse cela, mais je n’ai pas besoin de jeunes amis. »

A en juger par l’attitude de Nishikori, la tentative d’intimidation de Roddick n’a pas fonctionné. Le Japonais garde son calme et, lorsqu’on l’interroge au sujet de l’incident, il prétend d’abord n’avoir pas compris ce que son adversaire lui avait dit, avant d’admettre finalement qu’il voulait tout simplement ne pas répéter ces mots.

Alors que quelques journalistes demandent à Roddick si son attitude était inspirée par son entraîneur, Jimmy Connors, connu pour son fort tempérament, il rejette l’idée en bloc.

« Je suis un sale gosse depuis bien longtemps « , explique-t-il. « Ce n’est pas quelque chose qui est arrivé depuis un an et demi avec Jimmy. »

La postérité du moment

Andy Roddick ira jusqu’au bout du SAP Open 2008, en battant Radek Stepanek en finale (6-4, 7-5). Il disputera une dernière finale de Grand Chelem à Wimbledon, en 2009 (battu une nouvelle fois par Roger Federer, 5-7, 7-6, 7-6, 3-6, 16-14). Roddick prendra sa retraite en 2012.

Kei Nishikori deviendra le premier joueur japonais à participer à une finale du Grand Chelem, à l’US Open 2014, mais il y sera battu par Marin Cilic (6-3, 6-3, 6-3). L’US Open sera son tournoi majeur préféré, puisqu’il y atteindra les demi-finales deux fois, en 2016 et 2018. Il se hissera au 4e rang mondial en 2015.

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