27 janvier 2002 : le jour où Thomas Johansson, 18e mondial, a remporté l’Open d’Australie

Le 27 janvier 2002, à la surprise générale, Thomas Johansson, 18e mondial, remporte l’Open d’Australie, venant à bout de Marat Safin en finale (3-6, 6-4, 6-4, 7-6).

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : un nouveau vainqueur en Grand Chelem

Ce jour-là, le 27 janvier 2002, à la surprise générale, Thomas Johansson, 18e mondial, remporte l’Open d’Australie, venant à bout de Marat Safin en finale (3-6, 6-4, 6-4, 7-6). Le Suédois s’impose à l’issue d’un tournoi plein de surprises, où la plupart des têtes d’affiche ont été éliminées dès les premiers tours, et où tous les favoris restants se trouvaient dans la même partie du tableau. Ce sera le seul titre majeur remporté par Johansson et la seule finale de Grand Chelem de sa carrière.

Les acteurs

Le Suédois Thomas Johansson est né en 1975. Il intègre le top 100 en 1996, atteignant les huitièmes de finale à Wimbledon (battu par Todd Martin, 3-6, 6-3, 7-5, 6-2). L’année suivante, il remporte son premier titre à Copenhague, en battant Martin Damm en finale (6-4, 3-6, 6-2), et fin 1998, il entre dans le top 20 après avoir atteint les quarts de finale de l’US Open où il est battu par Mark Philippoussis (4-6, 6-3, 6-7, 6-3, 7-6). En 1999, il remporte son premier et unique Masters 1000 à Montréal, où il domine Ievgueni Kafelnikov en finale (1-6, 6-3, 6-3), et en 2000, il atteint à nouveau les quarts de finale de l’US Open, s’inclinant face à Martin (6-4, 6-4, 3-6, 7-5). Au début de l’Open d’Australie 2002, il est 18e mondial.

Le Russe Marat Safin est né en 1980. Il obtient son premier grand résultat à Roland-Garros en 1998 : classé à la 116e place mondiale, il s’extrait des qualifications pour battre au premier tour l’ancien n°1 mondial, Andre Agassi (5-7, 7-5, 6-2, 3-6, 6-2). Au tour suivant, le jeune homme de 18 ans élimine le 8e mondial et tenant du titre, Gustavo Kuerten (3-6, 7-6, 3-6, 6-1, 6-4), et ne s’incline que sur le fil face à Cédric Pioline en huitièmes de finale (7-5, 4-6, 6-7, 6-4, 6-4). Safin atteint ensuite les demi-finales à Long Island, avant de parvenir en huitièmes de finale de l’US Open (battu par le n°1 mondial, Pete Sampras, 6-3, 6-4, 6-2). Il termine l’année à la 48e place mondiale. En 1999, il remporte son premier titre, à Boston, aux dépens de Greg Rusedski (6-4, 7-6), et atteint la finale du Masters 1000 de Bercy (battu par Agassi, 7-6, 6-2, 4-6, 6-4). Il atteint son apogée en 2000,  lorsqu’il remporte son premier titre du Grand Chelem, à l’US Open (en battant en finale Pete Sampras, 6-4, 6-3, 6-3), avant de devenir au mois de novembre le plus jeune n°1 mondial de l’histoire du tennis (record battu ensuite par Lleyton Hewitt en 2001). Il ne reste alors que deux semaines au sommet, dépassé au dernier moment par Gustavo Kuerten qui l’empêche de terminer la saison en tant que premier mondial. Il ne connaît pas autant de succès en 2001, et, même s’il parvient en demi-finale de l’US Open (battu par Sampras, 6-3, 7-6, 6-3) et remporte le tournoi de Bercy aux dépens d’Hewitt (7-6, 6-0, 6-4), il termine la saison en-dehors du top 10 (11e mondial).

Le lieu : l’Open d’Australie

Contrairement aux autres tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie (d’abord appelé Championnat d’Australasie puis Championnat d’Australie) a changé plusieurs fois de lieu au fil des ans. L’épreuve changeait même de ville chaque année avant de s’installer à Melbourne en 1972, et pas moins de cinq villes australiennes l’ont accueillie à au moins trois reprises : Melbourne, Sydney, Adelaide, Brisbane et Perth. Ses dates ont été assez mouvantes également, entre début décembre et fin janvier, faisant de l’Open d’Australie parfois le premier, parfois le dernier Grand Chelem de la saison. Jusqu’en 1982, la plupart des meilleurs joueurs font l’impasse sur l’épreuve en raison de son éloignement et des prix insuffisants, mais à partir de la victoire de Mats Wilander, la dynamique change. Pour rendre le tournoi plus attractif, le comité du tournoi déploie d’énormes efforts qui mènent au déménagement de l’épreuve vers un nouveau site, Flinders Park (qui sera plus tard renommé Melbourne Park), à l’abandon du gazon pour des courts en dur, et à la construction du premier court central doté d’un toit rétractable. La dotation augmente également, et il ne faut alors que quelques années pour que l’Open d’Australie devienne le Grand Chelem préféré de nombreux joueurs. 

L’histoire : Tournoi improbable, vainqueur surprise

Depuis son commencement, l’Open d’Australie 2002 s’affirme comme l’un des tournois les plus imprévisibles de l’histoire du tennis. Bien que Lleyton Hewitt se soit emparé de la première place mondiale à la fin 2001, il n’y a pas eu de réel leader sur le circuit cette année-là, et les quatre derniers tournois majeurs ont vu s’imposer quatre joueurs différents.

Tout commence avec le forfait de dernière minute du tenant du titre, la tête de série n°3, Andre Agassi, victime d’une blessure au poignet. Ensuite, Lleyton Hewitt, chouchou du public et n° 1 mondial, qui avait contracté la varicelle deux semaines avant le début du tournoi, est battu au premier tour par Alberto Martin (3-6, 6-1, 6-4, 7-6). La tête de série n°2, Gustavo Kuerten, est aussi éliminée d’entrée par Julien Boutter (3-6, 4-6, 7-5, 6-3, 6-3), tandis que les têtes de série 4 et 5, Ievgueni Kafelnikov et Sébastien Grosjean, quittent la piste au deuxième tour.

À l’entame des quarts de finale, tous les observateurs pensent que le futur vainqueur se trouver dans le haut du tableau, où Marcelo Rios, Tommy Haas et Marat Safin peuvent prétendre à une place en finale. Parmi ces joueurs si talentueux, c’est Safin qui se fraye un chemin jusqu’en finale, où il affronte Thomas Johansson, qui, en six matches, n’a pas eu à battre un seul membre du top 20 mondial. Inutile de préciser que le Russe est le favori à la fois des experts et du public.

Pour le Suédois, la finale commence par un trajet en taxi assez inattendu jusqu’au site du tournoi, qu’il évoquera lors d’un entretien pour l’ATP en 2019.

« La voiture était à l’heure tous les jours depuis trois semaines, mais ce jour-là, la voiture n’est pas venue. Et nous attendions, et nous attendions, alors mon entraîneur m’a regardé et m’a dit :  » En fait, j’ai oublié de commander une voiture ». Ce qui est drôle, c’est que j’ai pris un taxi, et normalement, ils ne laissent pas entrer les taxis dans le stade, alors nous sommes allés voir le gars de la sécurité et mon entraîneur a dit : « Nous allons jouer la finale ici dans quelques heures, pouvez-vous nous laisser entrer ? C’était un drôle de début, mais d’une certaine manière, je pense que c’était bon pour moi, parce que je me suis détendu après ça ».

Safin, qui entre sur le court avec ses lacets défaits et ses trois fameuses groupies dans son box (les “Safinettes”), semble encore plus détendu, et il breake Johansson d’entrée, empochant dans la foulée le premier set, 6-3. Le Suédois trouve alors ses marques et, retournant la puissance du Russe contre lui, le déplace méthodiquement pour gagner le deuxième set, 7-6. Au troisième set, il lance une campagne d’amorties pour user le vainqueur de l’US Open 2000, qui a eu un jour de repos en moins avant la finale. Johansson met un terme surprenant à l’un des tournois du Grand Chelem  les plus improbables de l’histoire en battant Safin (3-6, 6-4, 6-4, 7-6).

« Ces deux semaines ont été les meilleures de ma vie et aujourd’hui, c’est un rêve qui est devenu réalité », commente  Johansson.

« Je ne me sentais pas à l’aise sur le terrain aujourd’hui », ajoute  Safin. « Il me dominait du fond de court. C’est très inhabituel pour moi, quelqu’un qui joue mieux que moi en revers. Il était en feu ».

La postérité du moment

Quelques mois après son premier et unique titre du Grand Chelem, Thomas Johansson atteindra la 7e place mondiale, le meilleur classement de sa carrière. En 2005, il réussira une autre belle performance dans un grand tournoi en se hissant en demi-finale de Wimbledon (battu par Andy Roddick, 6-7, 6-2, 7-6, 7-6). Il prendra sa retraite en juin 2009, détenteur de neuf titres ATP, laissant le souvenir de l’un des vainqueurs de Grand Chelem les plus inattendus de l’histoire du tennis.

Marat Safin disputera deux autres finales à Melbourne Park, battu par Roger Federer en 2004 (7-6, 6-4, 6-2), mais remportant un deuxième titre du Grand Chelem en 2005, dominant Lleyton Hewitt (1-6, 6-3, 6-4, 6-4) après avoir gagné une demi-finale mythique face à Federer (5-7, 6-4, 5-7, 7-6, 9-7). Après un lent déclin, Safin prendra sa retraite en 2009.

 

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