7 juin 1986 : Le jour où Evert a inversé la tendance contre Navratilova pour remporter son 6e Roland-Garros

Après un an sans battre Martina Navratilova, Chris Evert renoue avec le succès contre sa rivale historique pour s’offrir un sixième titre à Roland-Garros le 7 juin 1984.

7 juin 2021
Chris Evert at Roland-Garros in 1986

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi cela a marqué l’histoire du tennis

Le 7 juin 1986, Chris Evert remporte Roland-Garros pour la septième fois, améliorant le record qu’elle détenait déjà depuis 1985 à Paris avec six titres. Ce succès lui permet de devancer de deux unités la précédente détentrice du record, Margaret Court. Pour réaliser cet exploit, Evert domine sa rivale Martina Navratilova en finale (2-6, 6-3, 6-3). Depuis, la joueuse qui s’est le plus approché de ce record est Steffi Graf, qui a triomphé six fois à Roland-Garros.

Les actrices

  • Chris Evert, l’ode à la régularité

Chris Evert est née en 1954 en Floride. Entraînée par son père, elle développe un jeu basé sur la régularité, tenant ses adversaires à distance du filet grâce à sa longueur de balle, et les sanctionnant avec d’excellents passing shots si elles montent imprudemment. Elle obtient son premier résultat notable à l’âge de 16 ans, se hissant en demi-finales de l’US Open (éliminée par la N°1 mondiale, Billie Jean King, 6-3, 6-2). La liste de ses exploits au cours des 19 années suivantes est plus qu’impressionnante. Tout au long de sa carrière, Evert atteint le dernier carré de 52 des 56 tournois du Grand Chelem auxquels elle participe. Elle parvient en finale à 33 reprises, et remporte pas moins de 17 tournois majeurs : Roland-Garros (1974, 1975, 1979, 1980, 1983, 1985), Wimbledon (1974, 1976, 1981), l’US Open (1975-1978, 1980, 1982), et l’Open d’Australie (1982, 1984).

Chris Evert, Roland-Garros, 1985
Tennis Magazine / Panoramic

Elle ne fait que six fois le déplacement à Melbourne, et fait l’impasse sur Roland-Garros à trois reprises (1976-1978) alors qu’elle était invincible sur terre battue, surface sur laquelle elle gagne 125 matches d’affilée entre 1973 et 1979. Accumulant un total de 143 titres, Evert termine sept saisons à la première place mondiale (1974, 1975, 1976, 1977, 1978, 1980, 1981). Depuis 1972, elle n’a jamais quitté le top 3 mondial. 

  • Martina Navratilova, la nouvelle patronne du circuit féminin

En juin 1986, Martina Navratilova, née en 1956, est N°1 mondiale. D’après sa rivale Chris Evert, elle a révolutionné la condition physique dans le tennis féminin, apportant notamment l’idée de pratiquer d’autres sports, tel le basketball, pour s’entraîner physiquement. Elle atteint pour la première fois le sommet du classement en 1978, après avoir remporté son premier titre du Grand Chelem à Wimbledon, en prenant le dessus sur Chris Evert (2-6, 6-4, 7-5). Elle parvient à conserver son titre en 1979, et en 1981, elle s’impose pour la première fois à l’Open d’Australie, aux dépens d’Evert. A cette époque, elle lutte avec Evert et Tracy Austin pour la première place mondiale. Mais à partir de 1982, Navratilova exerce son emprise sur le circuit. Cette année-là, elle boucle le Grand Chelem en carrière en remportant Roland-Garros (où elle bat Andrea Jaeger en finale, 7-6, 6-1) et Wimbledon (où elle domine Evert, 6-1, 3-6, 6-2). En 1983, son emprise se change en domination absolue.

Martina Navratilova
MARTINA NAVRATILOVA – Wimbledon – 05.07.1979 – Tennis – Femme Femmes – largeur action archives archive

Lorsqu’elle arrive à l’Open d’Australie 1984, elle a gagné les six tournois du Grand Chelem précédents (de Wimbledon 1983 à l’US Open 1984), ce qui est un record absolu hommes et femmes confondus. Toutefois, à l’Open d’Australie, elle manque l’occasion de réaliser le Grand Chelem calendaire. En 1985, Navratilova perd l’une des plus belles finales de l’histoire de Roland-Garros, vaincue par Chris Evert (6-3, 6-7, 7-5), qu’elle bat à son tour en finale de Wimbledon quelques semaines plus tard (4-6, 6-3, 6-2), remportant ainsi un sixième titre sur le gazon londonien. Elle s’incline ensuite en finale de l’US Open face à Hana Mandlikova (7-6, 1-6, 7-6). Mais après avoir remporté l’Open d’Australie, elle termine une fois de plus l’année à la première place mondiale, qu’elle occupe toujours lorsque débute Roland-Garros.

Le lieu : Roland-Garros

Cette histoire a lieu à Roland-Garros. Le stade, situé dans l’ouest parisien, à la lisière du bois de Boulogne, accueille les Internationaux de France depuis 1928. Ce fut le premier et désormais le seul tournoi du Grand Chelem sur terre battue, la surface la plus lente, ce qui en fait le tournoi le plus difficile à gagner sur le plan physique. C’est la surface de prédilection de Chris Evert, tandis que le jeu de service-volée de Navratilova y est toujours plus vulnérable qu’ailleurs, bien qu’elle ait malgré tout gagné le tournoi à deux reprises.

L’histoire

La finale de Roland-Garros 1986 est le 69e épisode de la rivalité entre Chris Evert et Martina Navratilova. Ces deux incroyables championnes dominent le tennis depuis plus de dix ans. Mais ces dernières années, Navratilova a pris l’avantage dans leur rivalité, remportant 18 de leurs 20 dernières confrontations. Cependant, la dernière fois qu’elle a perdu contre Evert, c’était précisément sur le court central de Roland-Garros, en finale de l’édition 1985, à l’issue d’une finale légendaire (6-3, 6-7, 7-5).

Sur terre battue, le jeu de fond de court d’Evert a toujours été plus efficace que sur surface rapide, et il aurait été osé de désigner une favorite pour cette finale. Evert, qui, à l’époque, porte encore le nom de Mrs Lloyd, prend un départ très lent. Elle ne réussit pas le moindre coup gagnant au cours des trois premiers jeux, et est en délicatesse avec son service (cinq doubles fautes). Même son légendaire jeu de jambes semble être aux abonnés absents, et elle perd logiquement le set (6-2). 

Cependant, elle entame le deuxième set avec un passing de coup droit croisé qui semble lui rendre la confiance qui lui manquait dans le premier set. Pour inverser le scénario, la quintuple vainqueur du tournoi a recours à un coup qu’elle a récemment ajouté à son arsenal.

“Aujourd’hui, lorsqu’elle me sortait côté coup droit, j’ai pu lifter la balle et orienter le jeu sur son revers”, explique-t-elle, dans des propos rapportés par le New York Times. 

Navratilova, qui ne peut plus monter au filet dans les conditions idéales, commence à rencontrer des difficultés avec son propre service, en cette journée particulièrement venteuse. La tenante du titre remporte la deuxième manche (6-3) et semble désormais avoir le contrôle total du match. Dans un retournement de situation intéressant, c’est maintenant Evert qui gagne des points au filet, et elle finalise même sa victoire sur une magnifique volée amortie.

Pour la première fois en douze mois, Evert a réussi à battre Navratilova. Elle remporte par la même occasion son 18e titre du Grand Chelem, le septième à Roland-Garros, battant ainsi son propre record de joueuse la plus titrée de l’histoire du tournoi. 

La postérité du moment

Quelques semaines plus tard, à Roland-Garros, Chris Evert remportera son 18e et dernier titre du Grand Chelem, surclassant Martina Navratilova en finale (2-6, 6-3, 6-3). Elle n’atteindra plus jamais la finale d’un tournoi majeur, et prendra sa retraite moins de quatre ans plus tard, à la fin 1989, mettant un point final à sa carrière sur une dernière victoire contre la jeune Conchita Martinez en finale de la Fed Cup (6-3, 6-2).

Martina Navratilova deviendra, selon Billie Jean King, « la plus grande joueuse de simple, de double et de double mixte ayant jamais vécu ». Au cours de l’ère Open, aucun joueur, hommes et femmes confondus, ne gagnera plus de tournois que Navratilova en simple (167) ni en doubles (177), et personne ne remportera plus de matches qu’elle (2189). A l’issue de sa carrière, elle détiendra 18 titres du Grand Chelem en simple, 31 en double et 10 en double mixte, réalisant le Grand Chelem total, qui consiste à remporter les quatre tournois majeurs en simple, double et double mixte. Elle passera en tout 332 semaines à la tête du classement WTA, mais elle ne réussira jamais le Grand Chelem calendaire.

Au total, Evert et Navratilova s’affronteront à 80 reprises, Navratilova menant 43-37. Malgré leur féroce rivalité, les deux joueuses resteront amies.

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