16 avril 1977 : Le jour où des manifestants anti-apartheid ont perturbé un match de Coupe Davis

Des manifestants anti-apartheid ont perturbé le match de Coupe Davis entre les Etats-Unis et l’Afrique du Sud le 16 avril 1977. Dans les jours précédant la rencontre, la Fédération américaine avait cherché à séparer la politique du sport.

Davis Cup, On this day

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Quand la politique s’invite en Coupe Davis

Le 16 avril 1977, lors d’un match de Coupe Davis entre les États-Unis et l’Afrique du Sud, des manifestants anti-apartheid envahissent le court, interrompant le match de double. Dans un contexte où, en raison de la politique d’apartheid, la participation de l’Afrique du Sud à tout événement sportif est systématiquement controversée, différents groupes de manifestants demandaient depuis des semaines l’annulation du match.

Les acteurs : Stan Smith en fer de lance de l’équipe américaine

  • L’équipe américaine

Stan Smith, né en 1946, est l’un des plus grands joueurs du début des années 1970. Finaliste à Wimbledon en 1971 (battu par John Newcombe, 6-3, 5-7, 2-6, 6-4, 6-4), il triomphe deux mois plus tard à l’US Open, disputé à l’époque sur gazon (aux dépens de Jan Kodes, 3-6, 6-3, 6-2, 7-6). En 1972, il s’adjuge un deuxième titre du Grand Chelem à Wimbledon, dominant en finale Ilie Nastase (4-6, 6-3, 6-3, 4-6, 7-5). Du début 1972 à la mi-1973, remportant pas moins de 17 tournois, Smith est considéré comme le numéro 1 mondial, bien qu’il n’ait jamais occupé cette place au classement ATP, créé seulement en août 1973. Il atteint encore les demi-finales à Forest Hills en 1973 (éliminé par Kodes, 7-5, 6-7, 1-6, 6-1, 7-5) et à Wimbledon en 1974 (battu sur le fil par Ken Rosewall, 6-8, 4-6, 9-8, 6-1, 6-3). A partir de 1975, il décline en tant que joueur de simple et obtient ses meilleurs résultats en double, associé à Bob Lutz, avec qui il a accumulé trois titres du Grand Chelem (l’Open d’Australie 1970 et l’US Open 1968 et 1974).

Bob Lutz, né en 1947, est principalement connu pour être le partenaire de double de Stan Smith, mais il est aussi un honorable joueur de simple. Il a remporté quatre titres sur le circuit, le plus important d’entre eux à Boston, en 1972, où il a battu Tom Okker en finale (6-4, 2-6, 6-4, 6-4). Il atteint également les quarts de finale à Wimbledon en 1969 (défaite contre Arthur Ashe, 6-4, 6-2, 4-6, 7-5) et les demi-finales de l’Open d’Australie en 1971 (défaite à nouveau contre Ashe, 6-4, 6-4, 7-6).

  • L’équipe sud-africaine

Frew McMillan, né en 1942, a atteint la 39e place mondiale en simple, et remporté deux titres, dont le WCT 1974 de Munich, où il a battu Niki Pilic en finale (5-7, 7-6, 7-6). Mais il est surtout connu pour sa carrière en double, où il a remporté pas moins de 48 titres, dont trois Grands Chelems, aux côtés de Bob Hewitt : Roland-Garros et Wimbledon en 1972, puis l’US Open en 1977.

Byron Bertram, bien qu’il ait remporté l’épreuve junior de Wimbledon à l’âge de 16 ans, a atteint, à son meilleur niveau le 51e rang mondial en simple, et il a remporté son premier et unique titre à Calgary, en 1974 (en battant Karl Meiler en finale, 6-4, 3-6, 6-3). En double, il a atteint les quarts de finale de l’US Open 1976, aux côtés de Bernard Mitton.

Le lieu : Le Newport Beach Tennis Club

Le match de Coupe Davis entre les États-Unis et l’Afrique du Sud, comptant pour les demi-finales de la zone Amérique de la Coupe Davis 1977, a lieu en Californie, sur dur, au Newport Beach Tennis Club, un lieu qui a ouvert en 1966 et compte 19 courts. C’est le premier événement de cette importance à s’y dérouler.

L’histoire : L’USTA gênée aux entournures, de l’huile de vidange pour arrêter le match

Dans les années 1970, la participation de l’Afrique du Sud à tout événement sportif international fait toujours l’objet d’une controverse, car de nombreux partisans des droits civiques veulent montrer leur désapprobation de la politique d’apartheid. Le pays a été exclu de la Coupe Davis en 1970, avant d’y être réintégré en 1972. En 1974, l’Afrique du Sud remporte son premier et unique titre dans la compétition, après que l’Inde a déclaré forfait pour la finale, refusant de se mesurer à elle.

En demi-finale de la zone Amérique, l’Afrique du Sud doit affronter les États-Unis, à Newport Beach, en Californie. Dès que la décision de maintenir la rencontre est rendue publique, plusieurs militants des droits civiques expriment leur désaccord. Un « Comité pour arrêter le match de tennis États-Unis – Afrique du Sud » est même créé à Pasadena, et son leader, Vincent Perkins, organise une manifestation non violente, qui attend plus de mille participants.

« Notre truc, c’est d’arrêter la rencontre par des moyens légaux et pacifiques. Il y aura beaucoup de bruit, mais pas d’occupation des courts ou d’activités illégales », déclare-t-il, dans des propos rapportés par le Washington Post.

Malgré cette menace, l’USTA n’a nullement l’intention d’annuler le match, comme l’explique alors Joseph Carrico, président du comité de la Coupe Davis de l’USTA :

« Notre comité exécutif a voté à l’unanimité l’année dernière, après de nombreuses heures de sérieuses discussions, que nous devions rester dans la Coupe Davis et accueillir la participation de toute nation. Cela ne signifie pas que nous soutenons la politique des pays que nous affrontons. Nous pouvons jouer contre la Russie sans soutenir le communisme et contre l’Afrique du Sud sans soutenir l’apartheid. Nous pensons que nous pouvons faire plus pour l’ordre et la paix dans le monde, et franchement, plus pour les Noirs d’Afrique du Sud, en travaillant avec eux plutôt qu’en les jetant dehors. »

Lors d’une conférence de presse tenue le 14 avril, le président de l’USTA lui-même, Slew Hester, affirme une fois de plus que l’USTA ne soutient pas la politique d’apartheid.

« Mais (nous) sommes tenus, par les politiques des nations de la Coupe Davis, de jouer contre chaque pays légalement inscrit – ou de déclarer forfait purement et simplement. Nous jouerons ».

« Aucun d’entre nous ne croit à la discrimination raciale, mais nous pensons que nous devons jouer et que les Sud-Africains ont le droit de jouer. Concentrons-nous sur les athlètes. C’est une compétition de tennis », déclare Tony Trabert, capitaine de l’équipe américaine.

C’est dans ce contexte que, lors de la première journée, Roscoe Tanner domine Byron Bertram (6-4, 6-2, 1-6, 6-4), et que Brian Gottfried s’impose face à Ray Moore (6-4, 6-2, 6-3). L’équipe américaine, qui était déjà favorite sur le papier, possède désormais une confortable avance de 2-0.

Le 16 avril, Stan Smith et Bob Lutz affrontent Byron Bertram et le spécialiste du double, Frew McMillan, pour tenter de boucler la rencontre. Les Américains prennent un excellent départ, remportant les deux premiers sets, 7-5, 6-1. Mais alors qu’ils sont menés 2-1 dans le troisième set, deux des manifestants anti-apartheid envahissent le court et y renversent une bouteille d’huile de vidange pour arrêter le match. Alors que les policiers se précipitent pour maîtriser les manifestants, Tony Trabert frappe l’un d’eux avec une raquette. Une fois les deux hommes menottés, il faut 45 minutes à l’équipe d’entretien pour nettoyer l’huile et permettre aux joueurs de reprendre le jeu.

Bien que les Sud-Africains remportent le troisième set, Smith et Lutz propulsent leur équipe au tour suivant, l’emportant en quatre sets, 7-5, 6-1, 3-6, 6-3.

La postérité du moment : L’Afrique du Sud de retour aux Etats-Unis un an plus tard, puis bannie de la Coupe Davis

Le lendemain, dix manifestants, munis d’une bannière, investiront à nouveau le court avant que Roscoe Tanner ne joue contre Ray Moore.

Un an plus tard, les États-Unis organiseront un autre match contre l’Afrique du Sud, à Nashville, donnant lieu à une nouvelle manifestation. Peu après, l’Afrique du Sud sera à nouveau exclue de la Coupe Davis et ne pourra participer à cette compétition qu’en 1992, une fois la politique d’apartheid définitivement abrogée.

En 1977, l’équipe américaine sera battue par l’Argentine en finale de la zone Amérique (3-2).

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