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1er février 1998 :  le jour où Petr Korda a remporté son premier et unique titre du Grand Chelem

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Aujourd’hui, nous retournons en 1998 pour voir comment, en battant Marcelo Rios en finale de l’Open d’Australie, Petr Korda a remporté le premier et unique titre du Grand Chelem de sa carrière.

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Korda réalise son rêve

Ce jour-là, le 1er février 1998, à l’Open d’Australie, à l’issue d’une finale entre gauchers, Petr Korda surclasse Marcelo Rios (6-2, 6-2, 6-2). Le Tchèque de 30 ans, qui avait déjà disputé une finale majeure à Roland-Garros, en 1992, subira un contrôle antidopage positif quelques mois plus tard à Wimbledon, ce qui le poussera probablement à une retraite anticipée et remettra en question la légitimité de son triomphe australien.

Les personnages : Petr Korda et Marcelo Rios

  • Petr Korda, finaliste en Grand Chelem

Petr Korda, un gaucher à la technique très classique, est né à Prague en 1968. Il devient professionnel en 1987, et il s’installe durablement dans le top 100 à partir de 1989, année où il dispute sa première finale sur le circuit, à Francfort (battu par Kevin Curren, 6-2, 7-5). Il remporte son premier titre à New Haven en 1991, aux dépens de Goran Ivanisevic, mais il perce réellement en 1992. Cette année-là, il ne se contente pas de remporter trois tournois (Washington, Long Island et Vienne), mais il atteint aussi la finale de Roland-Garros, où il s’incline face à Jim Courier (7-5, 6-2, 6-1). Grâce à ces résultats, il obtient le meilleur classement de sa carrière, se hissant à la 5e place mondiale au mois de juillet. En 1993, il atteint les quarts de finale de l’Open d’Australie (à nouveau défait par Courier, 6-1, 6-0, 6-4) et remporte ensuite la très lucrative Coupe du Grand Chelem aux dépens de Michael Stich (2-6, 6-4, 7-6, 2-6, 11-9). Après trois saisons moyennes entre 1994 et 1996, il fait son retour dans le top 15 en 1997, en remportant le Super 9 de Stuttgart (en battant Richard Krajicek en finale, 7-6, 6-2, 6-4) et en atteignant les quarts de finale de l’US Open (battu par Jonas Bjorkman, 7-6, 6-2, 1-0, ab.). Il commence l’année 1998 en remportant le tournoi de Doha (aux dépens de Fabrice Santoro, 6-0, 6-3), ce qui le ramène dans le top 10 (8e mondial).

Petr Korda, Australian Open 1999
  • Marcelo Rios, joueur atypique

Né en 1975, Marcelo Rios, surnommé “El Chino”, est connu pour être un joueur très prometteur et divertissant depuis 1994, année où, à l’âge de 17 ans, il donne du fil à retordre au n° 1 mondial Pete Sampras à Roland-Garros (défaite 7-6, 7-6, 6-4). L’année suivante, il remporte son premier titre, à Bologne (en battant Marcelo Filippini en finale, 6-4, 6-2), et ajoute bientôt deux autres trophées à son palmarès (à Amsterdam et à Kuala Lumpur). En 1996, à l’âge de 20 ans, il atteint les demi-finales à Indian Wells, Monte-Carlo et Toronto, devenant ainsi le premier joueur de tennis chilien à entrer dans le top 10. En 1997, le natif de Santiago remporte son premier Masters 1000, à Monte-Carlo, en battant Alex Corretja en finale (6-4, 6-3, 6-3), mais il dispute aussi la finale du Masters 1000 de Rome et atteint les quarts de finale de l’Open d’Australie et de l’US Open. Grimpant jusqu’à la sixième place mondiale, il termine l’année à la dixième place mondiale. Connu pour son style de jeu fluide et son grand toucher de balle, il est également réputé pour son mauvais caractère, notamment à l’égard des fans et des journalistes : il est très réticent à signer des autographes et il est presque impossible d’obtenir quoi que ce soit de lui lors des interviews, si ce n’est des marmonnements et des injures.

Marcelo Rios in 2001 at Roland-Garros (Panoramic)

Le lieu : Open d’Australie

Contrairement aux autres tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie (d’abord appelé Championnat d’Australasie puis Championnat d’Australie) a changé plusieurs fois de lieu au fil des ans. L’épreuve changeait même de ville chaque année avant de s’installer à Melbourne en 1972, et pas moins de cinq villes australiennes l’ont accueillie à au moins trois reprises : Melbourne, Sydney, Adelaïde, Brisbane et Perth. Ses dates ont été assez mouvantes également, entre début décembre et fin janvier, faisant de l’Open d’Australie parfois le premier, parfois le dernier Grand Chelem de la saison. Jusqu’en 1982, la plupart des meilleurs joueurs font l’impasse sur l’épreuve en raison de son éloignement et des prix insuffisants, mais à partir de la victoire de Mats Wilander, la dynamique change. Pour rendre le tournoi plus attractif, le comité du tournoi déploie d’énormes efforts qui mènent au déménagement de l’épreuve vers un nouveau site, Flinders Park (qui sera plus tard renommé Melbourne Park), à l’abandon du gazon pour des courts en dur, et à la construction du premier court central doté d’un toit rétractable. La dotation augmente également, et il ne faut alors que quelques années pour que l’Open d’Australie devienne le Grand Chelem préféré de nombreux joueurs. 

L’histoire :

En 1998, l’Open d’Australie est plein de surprises. Au deuxième tour, Michael Chang, tête de série n°3 et ancien finaliste du tournoi est éliminé par Guillaume Raoux (6-4, 7-6, 7-6) ; puis, au troisième tour, Pat Rafter, tête de série n°2, est éliminé par un spécialiste de la terre battue, Alberto Berasategui (6-7, 7-6, 6-2, 7-6). Ce même Berasategui domine également Andre Agassi en huitièmes de finale (3-6, 3-6, 6-2, 6-3, 6-3). Les éliminations précoces de nombreux favoris semblent ouvrir une voie royale pour que le n°1 mondial, Pete Sampras, s’offre un troisième Open d’Australie, mais il se fait surprendre en quart de finale par Karol Kucera (6-4, 6-2, 6-7, 6-3). 

Dans ce contexte, Petr Korda, tête de série n°6, profite de la défaite de Sampras et domine Kucera en demi-finale (6-1, 6-4, 1-6, 6-2) pour atteindre la deuxième finale de Grand Chelem sa carrière, près de six ans après sa défaite contre Jim Courier à Roland-Garros. 

Dans l’autre moitié du tableau, Marcelo Rios, l’étoile montante chilienne, se débarrasse de Berasategui en quart de finale (6-7, 6-4, 6-4, 6-0), et en demi-finale, il écarte le surprenant Nicolas Escudé (6-1, 6-3, 6-2).

Dans cette bataille de gauchers, la première en finale de l’Open d’Australie depuis la victoire de Roscoe Tanner sur Guillermo Vilas en 1977, le plus expérimenté des deux joueurs l’emporte facilement, 6-2, 6-2, 6-2 en seulement 85 minutes. Bien que Rios, qui dispute sa première finale en Grand Chelem, joue loin de son meilleur niveau, il n’est pas aidé par un Korda extrêmement agressif, qui, selon le New York Times, “a joué les lignes et les a rarement manquées”. Korda conclut sa victoire en prenant une dernière fois le service de Rios grâce à un 32e coup gagnant.

« Je ne pense pas que j’étais tendu, mais j’étais peut-être excité ; j’ai décentré trop de coups, j’ai perdu ma coordination”, explique Rios. “Il a tout de suite frappé très fort, donc je n’ai jamais trouvé mon rythme”.

”J’ai attendu cela pendant très, très longtemps ; je ne croyais pas que cela pouvait arriver, c’est comme un rêve”, déclare pour sa part Korda. ”J’étais tellement nerveux hier, mais aujourd’hui j’ai profité du début à la fin.”

Grâce à ce premier titre du Grand Chelem, décroché à sa 35e tentative, Petr Korda se hisse jusqu’au 2e rang mondial, le meilleur classement de sa carrière.

La postérité du moment : Korda sera contrôlé positif, Rios deviendra numéro un mondial

Dans les semaines à venir, Korda et Rios seront tous deux en position de ravir la place de numéro un mondial à Pete Sampras. Les deux hommes s’affronteront à nouveau, à Indian Wells, mais cette fois, c’est Rios qui l’emportera (6-4, 6-2) et, après avoir gagné les tournois d’Indian Wells et de Miami, c’est le Chilien qui atteindra le sommet du classement.

Quelques mois plus tard, à Wimbledon, Korda sera contrôlé positif à la nandrolone, ce qui le poussera à annoncer sa retraite au cours de l’été 1999, sans même attendre l’issue de la procédure entre lui et l’ATP.

Souffrant d’une blessure au coude, Rios ne disputera que trois matches en tant que n°1 mondial, une place qu’il n’occupera que pendant six semaines au total. Contrairement à Ivan Lendl, qui, après avoir atteint la première place, avait remporté de nombreux tournois du Grand Chelem, Rios restera le seul n°1 mondial de l’histoire du tennis à ne jamais soulever de trophée majeur. En 1999, il deviendra malgré tout le premier joueur de l’histoire du tennis à remporter les trois tournois Masters 1000 sur terre battue. Il restera dans le top 10 jusqu’en avril 2000, avant qu’une série de blessures ne l’empêche de rejouer une saison entière sur le circuit. Il prendra sa retraite en 2004, à seulement 28 ans.

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