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Cinq raisons d’être très pessimiste pour Rafael Nadal à Roland-Garros

Battu par Denis Shapovalov et surtout touché au pied jeudi à Rome, Rafael Nadal a déclaré vouloir encore rêver à Roland-Garros. Mais les faits, de manière pragmatique, ne plaident pas en sa faveur. Voici pourquoi.

Rafael_Nadal_Roma_2022 @Zuma / Panoramic

Il n’est pas prêt, tout simplement

Certes, Rafael Nadal a gagné l’Open d’Australie en début d’année au sortir de six mois d’absence à cause de son pied, déjà. Certes, il avait gagné le Roland-Garros automnal post-Covid en 2020 en ayant été battu en quart de finale (par Schwartzman) de son seul tournoi de préparation sur terre battue, à Rome.

Mais à l’époque, à défaut d’avoir beaucoup de temps de jeu en match derrière lui, il s’était au moins beaucoup entraîné. Là, ce n’est pas le cas. Absent durant un mois et demi en raison de sa cote fêlée à Indian Wells, Nadal a précipité son retour à Madrid alors qu’il avait à peine repris la raquette. A Rome, il s’est dit “dans le rush”, au point d’effectuer une séance d’entraînement au sortir de son entrée en lice victorieuse contre John Isner.

Nadal l’a dit : il n’avait pas de temps à perdre pour être prêt. Or là, avec cette nouvelle rechute, il va de nouveau être à l’arrêt pour une durée indéterminée. Et même si ça n’est que pour deux jours, comme il l’espérait, c’est déjà probablement deux jours de trop.

Il est meurtri psychologiquement

Rarement a-t-on vu Rafael Nadal aussi abattu sur un court qu’à la fin de son match contre Shapovalov. Et rarement l’a-t-on vu aussi touché en conférence de presse, où il s’est laissé aller à cette confidence qui a fait le tour des rédactions : “Il va arriver un moment où ma tête va dire stop, parce que la douleur m’enlève le plaisir.”

Rafael Nadal, qui aura 36 ans le 3 juin, n’a pas caché son extrême lassitude de devoir se battre avec ce pied retors et récalcitrant, qui ne lui laisse jamais plusieurs jours de répit consécutifs. Aborder un tournoi du Grand Chelem – fût-il sa propriété quasiment privée – en étant non seulement mal préparé tennistiquement, mais aussi touché physiquement et meurtri psychologiquement, ça semble être mission impossible pour le gagner, surtout avec le niveau de la concurrence aujourd’hui.

Il ne sera pas dans les quatre premières têtes de série

Rafael Nadal devait faire mieux que Stefanos Tsitsipas pour préserver sa place dans le quatuor de tête à Roland-Garros. Raté. Il abordera ainsi le Grand Chelem parisien en cinquième position, et pourrait donc retrouver un des autres favoris dès les quarts de finale, que ce soit Novak Djokovic (N°1), Alexander Zverev (N°3), Stefanos Tsitsipas (n°4) ou son compatriote Carlos Alcaraz (N°6). Et évidemment, ça change beaucoup de choses. Sinon tout.

D’ailleurs, les deux dernières fois où Nadal a joué Roland-Garros dans cette “mauvaise” position, ça s’est mal passé pour lui : en 2015 (N°7), il avait justement hérité de Djokovic en quarts, et il avait été battu en trois sets secs ; puis l’année suivante, en 2016 (N°5), il avait dû déclarer forfait avant son troisième tour, touché au poignet.

En fait, Nadal n’a gagné qu’un seul de ses 13 Roland-Garros sans être dans les quatre premières têtes de série : le tout premier, en 2005. Mais la situation était différente dans la mesure où, déjà favori, il n’avait qu’un seul véritable adversaire à sa mesure (Roger Federer) et il ne l’avait retrouvé qu’en demi-finale. Cette fois, ils sont plusieurs. Nadal pourrait très bien avoir à affronter un triptyque Tsitsipas-Alcaraz-Djokovic (dans l’ordre que vous voulez) et, avec sa carcasse fatiguée, ça semble pour le moins compliqué.

Il n’a gagné aucun tournoi sur terre battue en 2022

A l’exception de la saison 2020 qui était très particulière, puisqu’elle avait été interrompue entre mars et août en raison de la pandémie de Covid-19, Rafael Nadal n’est jamais arrivé à Roland-Garros sans avoir gagné de tournoi sur terre battue au préalable. Même en 2015 et 2016, deux saisons noires pour lui, il y avait construit, ou du moins tenté de le faire, son traditionnel matelas de points et de confiance. Et ça n’avait pas suffi.

Or, contrairement à la fausse impression qu’il véhicule parfois, pour sa propension à réussir des come-back magistraux, Rafael Nadal est un joueur naturellement en proie au doute, et qui a énormément besoin de gagner pour se rassurer. Là, son début de saison 2022 pharamineux (titres à Melbourne, l’Open d’Australie et Acapulco) semble désormais très loin. Depuis, l’Espagnol s’est blessé deux fois, a connu trois défaites difficiles et a vu son capital confiance totalement remis à zéro.

Il a gagné l’Open d’Australie

Ça, c’est plus pour ceux qui croient aux (mauvais) signes. La dernière fois que Rafael Nadal avait gagné l’Open d’Australie, c’était en 2009 et ça s’était très mal passé pour lui ensuite à Roland-Garros, puisqu’il y avait connu – face à Robin Söderling en huitièmes – sa seule défaite en neuf ans, entre 2005 et 2014. Surtout, il avait quitté Paris plombé par une blessure au genou qui avait compromis la suite de sa saison.

C’était il y a 13 ans, déjà, et Rafael Nadal était encore pour ainsi dire en début de carrière. Mais même dans ses jeunes années, l’Espagnol n’est jamais vraiment parvenu à performer pendant toute une saison entière. Son jeu est tellement exigeant, surtout pour son corps fragile, qu’il y a toujours des moments où il doit inévitablement se régénérer physiquement.

Pas (si) étonnant, donc, qu’après avoir tellement puisé en début d’année, peut-être trop d’ailleurs puisqu’il n’était pas forcément obligé, par exemple, de rajouter Acapulco à son programme, Rafael Nadal le paye aujourd’hui. Or, gagner l’Open d’Australie et Roland-Garros à la suite reste une performance immensément compliquée, que seuls Jim Courier (en 1992) et Novak Djokovic (2016, 2021) ont réussi en trente ans. Que Nadal le fasse à 36 ans, dans ces conditions, serait au-delà de l’exploit.

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