2 septembre 1977 : Le jour où Stan Smith a été vaincu par une raquette spaghetti

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 2 septembre 1977, au deuxième tour de l’US Open, Mike Fishbach, 200e mondial, crée l’une des plus grandes sensations de l’histoire de tennis. Il terrasse l’ancien vainqueur du tournoi Stan Smith, 6-0, 6-2, à l’aide de la célèbre raquette spaghetti, qui, à double cordage, imprime à la balle un effet inhabituel et imprévisible.

Stan Smith, On this day 09/02

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Stan Smith surpris par le 200e mondial

Ce jour-là, le 2 septembre 1977, au deuxième tour de l’US Open, Mike Fishbach, 200e mondial, crée l’une des plus grandes sensations de l’histoire de tennis, mais aussi une controverse mémorable, en battant l’ancien vainqueur du tournoi Stan Smith, 6-0, 6-2, à l’aide de la célèbre raquette spaghetti. Cette raquette à double cordage imprime à la balle un effet inhabituel et imprévisible, et il ne faudra que quelques mois avant que son utilisation ne soit interdite. 

Les acteurs

Sam Smith, le maître à jouer des années 70

Stan Smith, né en 1946, est l’un des plus grands joueurs du début des années 1970. Finaliste à Wimbledon en 1971 (battu par John Newcombe, 6-3, 5-7, 2-6, 6-4, 6-4), il triomphe deux mois plus tard à l’US Open, disputé à l’époque sur gazon (aux dépens de Jan Kodes, 3-6, 6-3, 6-2, 7-6). En 1972, il s’adjuge un deuxième titre du Grand Chelem à Wimbledon, dominant en finale Ilie Nastase (4-6, 6-3, 6-3, 4-6, 7-5).

Du début 1972 à la mi-1973, remportant pas moins de 17 tournois, Smith est considéré comme le numéro 1 mondial, bien qu’il n’ait jamais occupé cette place au classement ATP, créé seulement en août 1973. Il atteint encore les demi-finales à Forest Hills en 1973 (éliminé par Jan Kodes, 7-5, 6-7, 1-6, 6-1, 7-5) et à Wimbledon en 1974 (battu sur le fil par Ken Rosewall, 6-8, 4-6, 9-8, 6-1, 6-3). A partir de 1975, il décline en tant que joueur de simple et obtient ses meilleurs résultats en double, associé à Bob Lutz, avec qui il a accumulé trois titres du Grand Chelem (l’Open d’Australie 1970 et l’US Open 1968 et 1974) et disputé cinq finales majeures. Cependant, Smith est toujours 15e mondial à l’entame de l’US Open 1977.

Stan Smith, 1972 Wimbledon champion

 

Mike Fishbach, l’homme à la raquette spaghetti

Ancien joueur de l’Université d’Irvine, Mike Fishbach, né en 1954, voyage en Europe en 1977 lorsqu’il voit un joueur australien, Barry Phillips-Moore, jouer avec une étrange raquette à double cordage. Philips-Moore ne le laisse pas essayer sa raquette, mais Fishbach, poussé par la curiosité, finit par en dénicher une et devient petit à petit célèbre grâce à l’utilisation de ce drôle d’instrument.

Le lieu : Forest Hills

L’US Open (appelé US Nationals avant 1968 et le début de l’Ère Open) a été créé en 1881. Bien qu’il soit le seul Grand Chelem à avoir été disputé sans la moindre interruption depuis ses débuts, le tournoi a changé de site à plusieurs reprises au fil des ans. Les premières éditions se déroulaient sur les courts en herbe du Casino de Newport, à Rhode Island, puis, en 1915, l’épreuve s’installe à New York, au West Side Tennis Club, dans le quartier de Forest Hills,  jusqu’en 1977 (avec une parenthèse de 1921 à 1923, où les joueurs s’affrontent à Philadelphie). De 1975 à 1977, le tournoi se dispute sur terre battue.

L’histoire : Stan Smith balayé dans la controverse

Sur le papier, rien ne prédispose ce deuxième tour de l’US Open entre la légende vieillissante Stan Smith et le 200e mondial Mike Fishbach à entrer à tout jamais dans l’histoire du tennis. Et pourtant, bien plus que les joueurs eux-mêmes, c’est la raquette utilisée par Fishbach qui va générer une controverse restée gravée dans les tablettes de l’US Open. 

Au cours des mois précédents, Fishbach s’est mis à employer un outil désormais connu sous le nom de « raquette spaghetti », qu’il a découvert lors d’une tournée en Europe. Inventée en Allemagne par Werner Fischer, elle est déjà utilisée par un joueur australien, Barry Phillips-Moore. A vrai dire, ce n’est pas tant la raquette elle-même qui sort de l’ordinaire, que la façon dont elle est cordée. D’après le New York Times, « des cordes de nylon doublées de ligne de pêche, enroulée autour d’elles sur six rangées verticales et six rangées horizontales. Du ruban adhésif et des tubes de plastique, d’un aspect semblable à des macaronis, protègent les croisements entre les cordes. » 

Cette raquette à double cordage génère tellement d’effet que la plupart de ses adversaires sont incapables de dérouler leur jeu. Fishbach, qui n’a auparavant jamais disputé un tableau final en Grand Chelem, s’extrait des qualifications et élimine le 71e mondial Billy Martin au premier tour (6-1, 7-5). Au deuxième tour, face au 15e mondial, le vétéran Stan Smith, Fishbach et sa raquette spaghetti passent un vrai test, qui sera pourtant de courte durée : le vainqueur de l’US Open 1971 ne sait que faire des effets incroyables imprimés à la balle par le cordage spaghetti de Fishbach.

Mike Fishbach, US Open, 1977

« Tout le monde se moque de ma raquette mystérieuse, déclare Fishbach, d’après le New York Times, le lendemain. Mais ça marche. Elle rend mon mes coups liftés ordinaires aussi efficaces que ceux de Borg ou de Vilas, faisant plonger la balle au dernier moment. Tous mes coups sortent différemment. Cela m’aide beaucoup et je suppose que ça use l’adversaire, psychologiquement. »

La raquette spaghetti devient l’un des sujets de conversation principaux dans les allées du West Side Tennis Club. Bien que certains remettent en cause sa légalité, rien, dans les règles de l’époque, n’interdit son utilisation : la raquette est simplement définie comme l’instrument avec lequel on tape la balle. Fishbach va même jusqu’à plaisanter: « Je pourrais utiliser ma bouteille de jus de pomme pour taper dans la balle, si j’en avais envie. »

L’Américain, âgé de 22 ans, affirme également que jouer avec la raquette spaghetti exige certaines qualités, et que tout le monde ne pourrait pas jouer avec : « Encore ce matin, Panatta voulait l’essayer, et ça m’a fait rire, mais je l’ai laissé tester. Il n’a fait que des bâches. »

La postérité du moment : vers l’interdiction de la raquette spaghetti

Mike Fishbach sera vaincu au troisième tour de l’US Open, non sans avoir remporté la première manche face à John Feaver (2-6, 6-4, 6-0). Le joueur britannique, bien que perturbé par les effets de la raquette spaghetti, trouvera la solution. « Vous ne savez pas ce qui se passe, avec cette saloperie. Vous n’entendez pas l’impact. On dirait un oeuf en plein vol. », dira Feaver, qui finira par faire service-volée pour annihiler l’effet.

Au cours des mois suivants, la controverse s’amplifiera, de nouveaux joueurs s’essayant à la raquette spaghetti. Lors d’une tournée en France, Ilie Nastase en personne l’adoptera, après avoir été surpris par un utilisateur de la raquette spaghetti, le Français Georges Goven. A l’aide ce nouvel instrument, Nastase battra Guillermo Vilas, qui abandonnera avant même la fin du match. Ces événements pousseront les instances du tennis à interdire la raquette spaghetti, ainsi qu’à définir plus précisément les critères de recevabilité d’une raquette de tennis.

Fishbach atteindra la 47e place en janvier 1978. Contraint à reprendre une raquette traditionnelle, il ne passera plus jamais un tour en Grand Chelem.

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