3 juin 2001 : Le jour où Kuerten a dessiné un coeur sur la terre battue de Roland-Garros

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 3 juin 2001, le Brésilien Gustavo Kuerten remerciait le public de Roland-Garros d’un mythique coeur.

3 juin 2021
Gustavo Kuerten drew an heart on Roland Garros clay in 2001

Ce qu’il s’est passé ce jour-là et pourquoi cela a marqué l’histoire du tennis

Le 3 juin 2001, Gustavo Kuerten, double vainqueur de Roland-Garros, remercie le public pour son soutien en s’agenouillant au milieu d’un cœur qu’il venait de dessiner sur le court Philippe-Chatrier avec sa raquette. “Guga” venait de se sortir par miracle de son huitième de finale contre Michael Russell, 122e mondial, en remontant de deux sets à zéro et en sauvant une balle de match. Il continuera ensuite son chemin pour remporter un troisième titre à Roland-Garros après avoir définitivement scellé son histoire d’amour avec le public.

Les acteurs

  • Gustavo Kuerten, le chouchou du public parisien

Gustavo Kuerten, né en 1976, se fait connaître aussi en 1997, lorsqu’il décroche le titre à Roland-Garros dans la peau d’un 66e mondial inconnu du public, qui élimine en route les trois derniers vainqueurs du tournoi (Thomas Muster, Ievgueni Kafelnikov et Sergi Bruguera en finale, 6-3, 6-4, 6-2). C’est non seulement le premier titre de sa carrière, mais c’est même la première fois qu’il atteint une finale sur le circuit.

Son tennis repose sur un excellent premier service et un revers à une main impressionnant, ainsi que sur des campagnes d’amorties : bref, c’est un joueur naturel de terre battue. En 2000, il ajoute un deuxième Roland-Garros à son palmarès, aux dépens de Magnus Norman (6-2, 6-3, 2-6, 7-6). En 2000, sa plus grande saison, il termine l’année à la première place mondiale, après un incroyable triomphe au Masters, où il bat successivement Andre Agassi et Pete Sampras sur surface rapide.

Guga Kuerten at the French Open in 2001

En 2001, il est l’un des principaux favoris de Roland-Garros, après avoir remporté trois tournois sur terre battue, à Buenos Aires, Acapulco et Monte-Carlo, et atteint la finale à Rome contre Juan Carlos Ferrero.

  • Michael Russell, le roi des qualifs

Michael Russell, né en 1978, est 122e mondial lorsque commence Roland-Garros, où il a dû s’extraire des qualifications. D’ailleurs, Russell vient de réaliser quelque chose d’inédit dans l’histoire du tennis, en devenant le premier joueur à sortir des qualifications de quatre tournois du Grand Chelem consécutifs. En 2001, il a principalement joué sur les circuits Challenger américains.

Le lieu : Roland-Garros

Cette histoire se déroule à Roland-Garros. Le stade, situé dans l’ouest parisien, à la lisière du bois de Boulogne, accueille les Internationaux de France depuis 1928. Ce fut le premier et désormais le seul tournoi du Grand Chelem sur terre battue, la surface la plus lente, ce qui en fait le tournoi le plus difficile à gagner sur le plan physique.

Philippe-Chatrier court, Roland-Garros

Kuerten a déjà remporté le tournoi deux fois. Son attitude souriante, combinée à sa victoire inattendue et tellement rafraîchissante de 1997, ont fait de lui l’un des joueurs préférés du public. L’affronter à Paris est peut-être même plus difficile que d’affronter un Français, tant le public le soutient.

C’est la première fois que Russell participe au tableau final Porte d’Auteuil.

L’histoire : Russell à un point de l’exploit, Kuerten encore plus dans la légende

Programmé en première rotation sur le nouvellement renommé court Philippe-Chatrier, le huitième de finale entre Gustavo Kuerten et Michael Russell n’a, a priori, aucune raison d’être un match mémorable. Le Brésilien a déjà gagné le tournoi à deux reprises, et ses résultats sur terre battue cette année en font l’un des plus sérieux prétendants au titre.

Son adversaire n’a jamais joué le tableau final. Une semaine avant de jouer les qualifications de Roland-Garros, Russell a perdu en demi-finale d’un Challenger en Ecosse contre le 214e mondial, Gorka Falle. L’Américain a même dû écarter une balle de match au premier tour des qualifs, contre le Français Olivier Patience. Au deuxième tour du grand tableau, il est mené deux manches à rien par Sergi Bruguera, avant que l’Espagnol, malade, ne jette l’éponge au début du quatrième set. Par-dessus le marché, il a déjà disputé six matches à Paris et a bataillé cinq sets durant contre Xavier Malisse au troisième tour (3-6, 6-4, 6-1, 1-6, 6-4). En un mot, il n’y aucune chance qu’il puisse mettre en danger Kuerten.

Et pourtant, deux heures plus tard, devant un public médusé, Russell sert pour le match et est à un point d’éliminer le meilleur joueur de terre battue de l’époque. Kuerten n’est que l’ombre de lui-même, loin de ses standards habituels dans tous les aspects du jeu, tandis que son challenger joue crânement sa chance. L’Américain n’avait encore jamais joué devant autant de monde, et il en profite tellement qu’il n’est pas perturbé par le fait que la foule encourage bruyamment son adversaire. Jusqu’à présent, il réalise une grande performance et déploie énormément d’énergie.

C’est très spécial, peut-être le meilleur moment de ma vie sur un court de tennis. J’aime ce genre de défi, me batte et donner tout ce que j’ai.

Gustavo Kuerten

Les joueurs jouent la prudence dans un point aussi important et un long échange du fond de court s’engage. Après 26 coups de raquette, un coup droit de Kuerten, que beaucoup voient sortir, atterrit finalement sur la ligne de fond et lui permet de sauver la balle de match. Guga est sur le point d’écrire un nouveau chapitre de sa légende.

Le Brésilien recolle au score et emmène Russell au tie-break, qu’il remporte 7-3. La dynamique a changé. Au cours des deux sets suivants, Kuerten éparpille son adversaire, qui n’avait encore jamais disputé de cinquième set à Roland-Garros, et s’impose.

Après la traditionnelle poignée de mains, Gustavo Kuerten revient au milieu du court central et, à l’aide de sa raquette, dessine un cœur à même la terre battue. Il s’y met à genoux et envoie des baisers à la foule pour la remercier du soutien qu’il a reçu aujourd’hui. Ce geste restera un symbole de la relation si particulière entre Kuerten, Roland-Garros et son public. 

La postérité du moment

Une semaine plus tard, Guga remportera son troisième et dernier titre à Roland-Garros, en battant en finale Alex Corretja, 6-7, 7-5, 6-2 6-0. Il dessinera alors à nouveau un coeur sur le Central, mais s’allongera cette fois au beau milieu, avant de se relever et d’escalader les gradins pour y serrer dans ses bras son entraîneur de longue date, Larri Passos.

Kuer

Ce que Michael Russell racontera, pour le site de l’ATP, sur ce huitième de finale de Roland-Garros, montre à quel point ce match aura marqué les esprits : des années plus tard, bien qu’il ait perdu le match et n’ait plus jamais atteint les huitièmes de finale d’un tournoi du Grand Chelem, les gens le reconnaîtront encore : « Même aujourd’hui, lorsque je me promène dans les allées de Roland-Garros, des fans viennent me voir pour me dire qu’ils se souviennent avoir vu ce match et à quel point c’était spécial. »

A son meilleur, Russell atteindra la 60e place mondiale, en 2007. Sur le circuit principal, il ne remportera aucun tournoi et n’atteindra jamais la moindre finale.

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