5 septembre 1996 : Le jour où Pete Sampras est venu à bout d’Alex Corretja

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 5 septembre 1996, Pete Sampras s’impose face à Alex Corretja dans une rencontre où il vomit et sauve une balle de match.

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Pete Sampras bat Alex Corretja au bout de l’effort

Ce jour-là, le 5 septembre 1996, en quarts de finale de l’US Open, Pete Sampras vient héroïquement à bout d’Alex Corretja (7-6, 5-7, 5-7, 6-4, 7-6), après avoir à la fois vomi et écarté une balle de match au tie-break du dernier set. Le Californien a eu une année difficile : en mai, son coach, Tim Gullikson, est décédé d’une tumeur au cerveau, ce qui a assombri toute sa saison.

Pour la première fois depuis 1992, il arrive à New York sans avoir déjà remporté un tournoi du Grand Chelem. Après cette victoire mémorable en quarts de finale, Sampras remportera l’US Open et s’assurera de conserver la première place mondiale pour la quatrième année consécutive.

Les acteurs

Pete Sampras, l’art du service-volée

Pete Sampras, né en 1971, domine le tennis des années 1990. Après un premier titre du Grand Chelem conquis à l’US Open 1990 (où il devient le plus jeune vainqueur de l’histoire du tournoi, aux dépens de son éternel rival Andre Agassi, 6-4 6-3 6-2, il devient numéro 1 mondial en avril 1993. Il termine les trois saisons suivantes (1993-1995) à cette place.

Son jeu de service-volée est particulièrement efficace sur le gazon du All England Club, où il décroche trois titres consécutifs entre 1993 et 1995, remportant 25 victoires de suite avant d’être battu par Richard Krajicek, en quarts de finale de l’édition 1996, 7-5 7-6 6-4. Pete Sampras remporte trois fois l’US Open (1990, 1993, 1995), et une fois l’Open d’Australie (1994. De plus, l’Américain s’impose aussi à deux reprises au Masters (1991, 1994), accumulant un total de 41 titres au long de sa carrière, dont sept Grands Chelems et six Masters 1000.

A l’époque, il aurait été sans conteste en course pour devenir le plus grand joueur de tous les temps, n’était sa réelle faiblesse sur terre battue :  son meilleur résultat à Roland-Garros est une demi-finale perdue contre Yevgeny Kafelnikov en 1996 (7-6 6-0 6-2), et il n’a remporté qu’un seul titre sur ocre.

Pete Sampras On this day

Alex Corretja, spécialiste de la terre battue

L’Espagnol Alex Corretja est né en 1974. Entré dans le top 100 en 1992, il est connu pour être un joueur de terre battue, qui a remporté son premier et alors unique titre sur ocre, à Buenos Aires, en 1994 (aux dépens de Javier Frana, 6-3, 5-7, 7-6. En 1995, il obtient son meilleur résultat en Grand Chelem à Roland-Garros, se hissant jusqu’en huitièmes de finale, où il est éliminé par Ievgueni Kafelnikov (6-3, 6-2, 6-2). En 1996, il réalise encore sa meilleure performance sur terre battue, à Hambourg, où il est finaliste malheureux face à Roberto Carretero (2-6, 6-4, 6-4, 6-4).

Le lieu : Flushing Meadows

L’US Open (appelé US Nationals avant 1968 et le début de l’Ère Open) a été créé en 1881. Bien qu’il soit le seul Grand Chelem à avoir été disputé sans la moindre interruption depuis ses débuts, le tournoi a changé de site à plusieurs reprises au fil des ans. Les premières éditions se déroulent sur les courts en herbe du Casino de Newport, à Rhode Island, puis, en 1915, l’épreuve s’installe à New-York, au West Side Tennis Club, dans le quartier de Forest Hills,  jusqu’en 1977 (avec une parenthèse de 1921 à 1923, où les joueurs s’affrontent à Philadelphie).

De 1975 à 1977, le tournoi se dispute sur terre battue. En 1978, l’US Open quitte le West Side Tennis Club, désormais trop petit pour accueillir un événement d’une telle importance, pour l’USTA National Tennis Center, situé à Flushing Meadows, à New-York. Par la même occasion, le tournoi se dispute à présent sur surface dur. Le Tennis Center est l’un des plus grands complexes de tennis au monde et son court central est le Stade Louis Armstrong, d’une capacité de 14 000 places.

L’histoire : Pete Sampras, “Un ours que l’on aurait forcé à sortir de son hibernation”

Lorsqu’il atterrit à New York en 1996, Pete Sampras n’a pas triomphé en Grand Chelem depuis douze mois, et son dernier titre à l’US Open. Ébranlé émotionnellement par la maladie puis le décès de son entraîneur Tim Gullikson, il obtient, de façon inhabituelle, son meilleur résultat à Roland-Garros, où il parvient en demi-finales, alors qu’il s’est fait éliminer au troisième tour de l’Open d’Australie et en quarts de finale de Wimbledon. Toujours numéro 1 mondial, il a malgré tout remporté cinq tournois en 1996, le dernier à Indianapolis, deux semaines avant Flushing Meadows.

Au deuxième tour, Pistol Pete est étonnamment poussé à disputer cinq manches face au 47e mondial, Jiri Novak (6-3, 1-6, 6-3, 4-6, 6-4), mais lors de ses deux matches suivants, il passe sans perdre un set, prenant au passage sa revanche sur Mark Philippoussis, qui l’avait battu à l’Open d’Australie (6-3, 6-3,6-4). En quarts de finale, il est opposé au 31e mondial, Alex Corretja, joueur espagnol typique, spécialiste de la terre battue, qui n’a jamais obtenu le moindre résultat marquant sur dur.

Bien qu’il soit largement favori, il apparaît rapidement que Sampras n’aura pas la partie facile face au finaliste du tournoi de Hambourg. Après avoir arraché le premier set, 7-6, affaibli par un estomac douloureux, le premier mondial perd les deuxième et troisième sets, 7-5, 7-5. A ce moment, il semble vidé, titubant entre les points, mais il parvient malgré tout à trouver la force de gagner le quatrième set, 6-4. 

L’intensité dramatique culmine au tie-break du cinquième set. Sampras est tellement à l’agonie, que Robin Finn, du New York Times, le décrira comme « un ours que l’on aurait forcé à sortir de son hibernation ». Après avoir perdu le deuxième point, le tenant du titre va même vomir au fond du court, écopant au passage d’un avertissement pour dépassement de temps. Il racontera plus tard : “Je me souviens d’avoir joué un point accroché et d’avoir soudain pensé : merde, je vais vomir. Je vais vomir, là, aux yeux du monde entier!”

A 6-7, d’une volée de coup droit désespérée, Sampras écarte même une balle de match. Le point suivant, il assène à son adversaire un ace en deuxième balle pour se procurer à son tour une balle de match. Le pauvre Corretja s’effondre alors, commettant une double faute pour mettre un terme au match le plus long depuis le début du tournoi. 

« Celui-là était pour Tim. Tim était là, avec moi », murmure ensuite Sampras à sa compagne de l’époque, Delaina Mulcahy, faisant référence à son coach décédé au mois de mai.

La postérité du moment : Pete Sampras finalement titré

Pete Sampras parviendra à défendre son titre à l’US Open, battant Michael Chang en finale (6-1, 6-4, 7-6). S’imposant ensuite à Bâle, avant de triompher au Masters, après avoir battu Becker à l’issue de l’un des plus grands matches de tous les temps (3-6, 7-6, 7-6, 6-7, 6-4), il terminera l’année à la première place mondiale pour la quatrième année consécutive.

Alex Corretja accomplira la plupart de ses exploits sur terre battue, parvenant en finale de Roland-Garros à deux reprises, en 1998 et 2001, mais il remportera son plus grand titre sur dur intérieur, au Masters 1998 (venant à bout de son compatriote Carlos Moya, 3-6, 3-6, 7-5, 6-3, 7-5).

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