Un Grand Chelem junior et un Futures en 2021 : Fils voit déjà plus grand après l’Orange Bowl

Vainqueur surprise de l’Orange Bowl ce dimanche, Arthur Fils, 166e mondial avant le début du tournoi, s’imaginait pourtant soulever le trophée en arrivant en Floride. Gonflé à bloc par ce titre, le plus prestigieux chez les juniors derrière les tournois du Grand Chelem, l’Essonnien de 16 ans aborde 2021 avec un appétit aiguisé.

Arthur Fils, 2020 Orange Bowl champion

Son masque ne permettait pas de laisser voir son sourire. Mais le ton enjoué de sa voix suffisait à comprendre qu’Arthur Fils était sur son petit nuage, juste après sa victoire inattendue à l’Orange Bowl ce dimanche. 165e mondial au classement ITF avant le tournoi et relativement méconnu des observateurs, de l’aveu même d’une des quatre journalistes présentes à la conférence de presse virtuelle du vainqueur, le Français a réalisé le coup parfait. Et ce à seulement 16 ans, soit deux de moins que Peter Fajta, déjà classé à l’ATP (972e), la tête de série numéro 1 qu’il affrontait en finale dans la catégorie des 18 ans et moins.

Vainqueur en trois manches (6-1, 4-6, 6-2), Fils aurait pu s’effondrer après avoir laissé filer le deuxième set, dans lequel il menait 3-0. « I did some bullshit », à traduire par « J’ai fait des conneries », a lancé le principal intéressé, pendant la conférence de presse, dans un anglais pas si balbutiant pour un adolescent. Son entraîneur, à côté de lui pour l’accompagner dans l’exercice de la conférence de presse, l’a immédiatement repris et lui a soufflé qu’il valait mieux dire « mistakes » (« erreurs » en VF). Plein de fraîcheur, Fils appréciait d’avoir pu reprendre le contrôle de la situation face à un Fajta « fatigué », après avoir aussi remporté le tournoi de double cette semaine sur la terre battue de Floride.

« Je suis très heureux, savourait Fils, interrogé via Zoom. C’était encore un match difficile. Mais j’ai bien joué. J’étais focalisé sur l’objectif. »

Fils a sauvé une balle de match au premier tour

Parce qu’il était peut-être le seul à y croire, même si le tableau était particulièrement ouvert cette année à l’Orange Bowl, en l’absence de tout le Top 25. Mais l’Essonnien, licencié au club de Saint-Michel, avait fait le déplacement jusqu’en Floride avec l’ambition de soulever le trophée.

« Sinon, je ne serais pas venu. J’ai mis toutes les chances de mon côté. J’étais très impatient de jouer le tournoi, parce que je savais que j’étais en forme. J’ai joué des bons mecs, des têtes de série. Mais comme j’entrais sur le court en me disant que je pouvais les battre en étant plus fort, ça allait. »

Finalement, c’est au premier tour, face à l’invité américain Michael Zheng, non-classé à l’ITF, qu’il est passé le plus proche de la sortie. Fils a même une balle de match dans la deuxième manche, avant de finir par s’imposer (3-6, 7-5, 6-2).

« Je me suis dit que c’était peut-être le déclic, pour faire tourner le match et aller après au bout du tournoi. Au fur et à mesure des tours, je me sentais de mieux en mieux. J’ai fait des bons matchs, j’en ai connu d’autres plus compliqués. Mais j’étais confiant sur chaque match que j’abordais. »

« Je me suis même dit que le confinement était une période où je pouvais peut-être prendre de l’avance »

Si Fils était tellement sûr de lui, c’est qu’il sortait d’une phase positive. Il a décroché en septembre son premier titre sur le circuit ITF, au tournoi Grade 4 d’Eindhoven, et a franchi deux tours dans le tableau junior à Roland-Garros, avant de s’incliner face à son compatriote Sean Cuenin. Du côté de la Porte d’Auteuil, c’était la découverte du niveau Grade A pour Fils, qui disputait à l’Orange Bowl seulement son deuxième tournoi dans cette catégorie.

« J’ai gagné beaucoup de confiance à Roland-Garros. Plus tôt dans la saison, je savais que je jouais bien, sans que ça se concrétise par des résultats. Mais je suis dans la continuité. (…) Passer de Grade 4 à Grade A, et le gagner, ça fait du bien pour la confiance. Ça me pousse à m’entraîner encore plus dur. »

Arthur Fils, 2020 Orange Bowl champion

Fils n’avait visiblement pas besoin de ça. Même s’il reconnait avoir vécu, comme beaucoup, une période « compliquée » avec la Covid-19, il n’a pas relâché ses efforts pour poursuivre sa progression.

« Pendant la période de confinement, je me suis entraîné dur. Je me suis même dit que c’était une période où je pouvais peut-être prendre de l’avance par rapport aux autres. Dès que je suis revenu dans les tournois, je me suis appliqué, pour rester concentré sur mes matchs, mes tournois, ma récupération. Au final, j’arrive et je gagne l’Orange Bowl. C’est pas mal. »

« Le Grand Chelem qui me fait le plus rêver, c’est l’Australie »

C’est aussi un succès, dans le tournoi junior le plus prestigieux derrière les Grands Chelems, qui valide encore davantage la réussite de la formation à la française. Le tennis tricolore regorge de talents qui brillent sur le circuit junior. Elsa Jacquemot est devenue cette semaine championne du monde junior chez les filles après son succès à Roland-Garros en octobre. Harold Mayot a gagné le titre mondial chez les garçons et l’Open d’Australie en début d’année, face à son compatriote Arthur Cazaux en finale, lequel vient de remporter son premier Future. Cinq Français figurent dans le Top 25 du classement ITF (Mayot, Cazaux, Legout, Breysach, Marmousez). Autant de facteurs qui contribuent à une émulation positive dont chacun profite, comme le reconnait Fils.

« C’est super positif. On en voit un qui joue bien et on se dit qu’on est capables d’en faire tout autant. Surtout cette année, on a tous plutôt très bien joué. On s’entraîne toujours ensemble et ça nous a tous poussés vers le haut. »

Arthur Cazeaux and Harold Mayot, 2019 Australian Open juniors

Quatrième Français à remporter le tournoi en U18 dans l’histoire, après Guy Forget en 1982, Gianni Mina en 2009 et Hugo Gaston en 2017, Fils est loin de considérer sa victoire à comme une fin en soi. Il se projette déjà avec appétit sur la saison à venir.

« Mon but en 2021, c’est de jouer tous les Grands Chelems junior. Au niveau classement, ça va être bon maintenant. Mais je vais essayer de ne pas trop m’attarder sur les juniors et d’aller sur des Futures, j’aimerais bien en gagner un en 2021. Mais ça, j’en discuterai avec mon coach. Je me suis toujours dit que je voulais gagner un Grand Chelem junior avant de passer chez les pros. »

Avec une préférence déjà claire sur l’endroit où il aimerait décrocher le Graal.

« J’aime bien Roland. Mais le Grand Chelem qui me fait le plus rêver, c’est l’Australie, a lâché Fils. C’est comme ça depuis tout petit, je regardais les night-sessions. J’aime bien les courts et l’ambiance. »

Ce ne sera pas pour 2021, les tournois juniors de l’Open d’Australie ayant été annulés en raison de la pandémie de coronavirus et de la situation sanitaire mondiale. Pour s’imposer à Melbourne, Fils devra donc attendre au moins 2022. Pas si simple pour un garçon pressé.

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