9 janvier 1977 : le jour où Roscoe Tanner a remporté l’Open d’Australie

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 9 janvier 1977, Roscoe Tanner, 10e mondial, remporte son unique titre du Grand Chelem, grâce à un victoire face à Guillermo Vilas, alors 6e du classement ATP.

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Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Roscoe Tanner remporte son unique titre du Grand Chelem

Ce jour-là, le 9 janvier 1977, Roscoe Tanner, l’un des meilleurs serveurs de tous les temps, remporte son premier et unique titre du Grand Chelem, dominant Guillermo Vilas dans une finale entre gauchers (6-3, 6-3, 6-3). L’Américain disputera par la suite une autre finale majeure, à nouveau sur gazon, à Wimbledon, en 1979, où il sera battu par Björn Borg (6-7, 6-1, 3-6, 6-3, 6-4).

Les acteurs

Roscoe Tanner, le premier joueur de l’histoire à se rendre principalement célèbre grâce à un service de gaucher meurtrier, qui lui vaut d’être surnommé « La Fusée », est né en 1951. Il devient professionnel en 1972, et il dispute bientôt sa première finale, à Los Angeles, défait par Stan Smith (6-4, 6-4). En 1974, peu après avoir perdu contre Rod Laver en finale du tournoi de Palm Desert (6-4, 6-2), il remporte son premier titre à Denver, aux dépens d’Arthur Ashe (6-2, 6-4). La même année, il réalise sa première belle performance en Grand Chelem en ralliant les demi-finales de l’US Open (battu par Jimmy Connors, 7-6, 7-6, 6-4). Le même Connors l’élimine en demi-finale de Wimbledon en 1975, et en 1976, c’est Björn Borg qui l’empêche d’atteindre la finale au All England Club (6-4, 9-8, 6-4). À l’entame de l’Open d’Australie 1977, il est 10e mondial.

L’Argentin Guillermo Vilas est né en 1962. Il se fait connaître en 1974, remportant sept tournois, dont le Masters de fin d’année, où il bat Ilie Nastase en finale (7-6, 6-2, 3-6, 6-4). C’est d’ailleurs le seul titre qu’il gagne sur une surface autre que la terre battue, où son jeu est le plus efficace : gaucher, Vilas est l’un des premiers joueurs à imprimer un énorme lift en coup droit comme en revers. En 1975, il parvient en finale de Roland-Garros, où il s’incline face à Bjorn Borg, le seul joueur à pouvoir le défier du fond de court (6-2, 6-3, 6-4). En 1975 et 1976, l’Argentin parvient dans le dernier carré de l’US Open, disputé l’époque sur terre battue, éliminé par Manuel Orantes la première fois (4-6, 1-6, 6-2, 7-5, 6-4) et par Jimmy Connors la deuxième fois (6-4, 6-2, 6-1). Au début de l’année 1977, il est 6e mondial.

Le lieu : l’Open d’Australie

Contrairement aux autres tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie (d’abord appelé Championnat d’Australasie puis Championnat d’Australie) a changé plusieurs fois de lieu au fil des ans. L’épreuve changeait même de ville chaque année avant de s’installer à Melbourne en 1972, et pas moins de cinq villes australiennes l’ont accueillie à au moins trois reprises : Melbourne, Sydney, Adelaide, Brisbane et Perth. Ses dates ont été assez mouvantes également, entre début décembre et fin janvier, faisant de l’Open d’Australie parfois le premier, parfois le dernier Grand Chelem de la saison. À l’époque, la plupart des meilleurs joueurs font l’impasse sur l’épreuve en raison de son éloignement et des prix insuffisants.

L’histoire : en l’absence de la plupart des cadors, Tanner soulève le trophée

En 1977, la plupart des meilleurs joueurs mondiaux a une fois de plus fait l’impasse sur la première édition de l’Open d’Australie (cette année-là, une deuxième édition sera organisée au mois de décembre). Jimmy Connors, Björn Borg, Ilie Nastase, Manuel Orantes et Raul Ramirez : l’ensemble du top 5 est aux abonnés absents. Ainsi, les deux premières têtes de série sont Guillermo Vilas, 6e mondial, et Roscoe Tanner, n°10. Les deux favoris, même l’Argentin, dont le jeu ne s’exprime pas très bien sur gazon, et qui n’a jamais dépassé les quarts de finale de Wimbledon, arrivent en finale sans jamais avoir été poussés à disputer cinq sets.

Vilas et Tanner se sont déjà affrontés à trois reprises, et, si l’Argentin mène 2-1, c’est bien l’Américain qui a remporté leur dernier match, le seul joué sur herbe, en quarts de finale de Wimbledon 1975 (6-4, 5-7, 6-8, 6-2, 6-2). Tous deux sont en quête d’un premier succès en Grand Chelem.

Avec son énorme service, Tanner possède un atout majeur sur gazon. Ce jour-là, il retourne aussi extrêmement bien, empêchant ainsi Vilas de prendre aisément le filet. Sur une surface aussi rapide, un service canon et une excellente qualité de retour lui confèrent un trop grand avantage, et il surclasse Vilas en trois manches, remportant la bataille des gauchers, 6-3, 6-3, 6-3. Lors du dernier jeu, Tanner claque deux aces, pour conclure une performance magistrale.

Dans son autobiographie, intitulée Double Faute, l’Américain confiera avoir reçu des conseils de son partenaire de double, Arthur Ashe, assis derrière lui lors des changements de côté : « Sers sur son coup droit », ou encore « Fais ‘chip and charge’ sur la prochaine balle de break ». Mais cela a-t-il vraiment eu une incidence sur une pareille finale à sens unique ?

La postérité du moment

Roscoe Tanner deviendra, quelques mois plus tard, le premier tenant du titre de l’histoire de l’Open d’Australie a se faire éliminer au premier tour. Il disputera une nouvelle finale de Grand Chelem à Wimbledon, en 1979. Il s’inclinera en cinq manches face à Björn Borg (6-7, 6-1, 3-6, 6-3, 6-4), mais le match marquera les esprits car il sera la première finale diffusée aux États-Unis dans une émission vouée à devenir culte, Breakfast at Wimbledon (Petit-déjeuner à Wimbledon). À l’issue de sa carrière, Tanner deviendra tristement célèbre en raison de ses démêlés avec la justice, qui le conduiront à réaliser plusieurs séjours en prison.

Vilas atteindra, en 1977, le sommet de sa forme. Cette année-là, il dominera le tennis mondial, s’imposant à Roland-Garros (écrasant en en finale Brian Gottfried, 6-0, 6-3, 6-0) et à Forest Hills, où il battra le favori du public, Jimmy Connors (2-6, 6-3, 7-6, 6-0). Il établira également un record qui demeurera intouchable pendant près de trente ans : une série de 53 victoires consécutives sur terre battue, prenant fin face à Ilie Nastase et la fameuse “raquette spaghetti”. Malgré ses résultats fantastiques, Vilas n’atteindra jamais la première place mondiale, ce qui sera par la suite à l’origine de nombreuses controverses au sujet du système de classement. En 1978, l’Argentin sera à nouveau battu par Borg en finale de Roland-Garros (il subira une lourde défaite, 6-1, 6-1, 6-3), mais il parviendra à s’adjuger deux nouveaux titres du Grand Chelem, à l’Open d’Australie, en dominant John Marks lors de la finale 1978 (6-4, 6-4, 3-6, 6-3), puis John Sadri lors de la finale comptant pour l’édition 1979 (7-6, 6-3, 6-2).

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