Andrey Rublev titille le Big 3, et il ne s’en contente pas

Andrey Rublev figure désormais au 8e rang du classement mondial et aurait même été 4e dans la course au Masters de Londres si seule l’année 2020 avait été prise en compte. Mais à tout juste 22 ans, le Russe semble décidé à continuer son ascension.

Andrey Rublev

Andrey Rublev a pris l’autoroute pour Londres, où il espère disputer le Nitto ATP Finals pour la première fois de sa carrière. Dans les faits, si le format de qualification n’avait pas été adapté à la situation de cette saison très particulière, il aurait validé son billet depuis un moment déjà. Actuellement 8e au classement mondial, le Moscovite est plus que jamais en course pour batailler avec les meilleurs joueurs du côté de l’O2 Arena. Mais si seuls les points de l’année 2020 avaient été pris en compte, il serait 4e mondial, uniquement devancé par Novak Djokovic, Rafael Nadal et Dominic Thiem.

Son bilan parle de lui-même : 34 victoires pour 7 défaites et, surtout de quatre titres remportés sur le circuit ATP. C’est autant que Djokovic, et personne n’a fait mieux. Le joueur de 22 ans avait démarré fort en s’imposant à Doha puis à Auckland. La pause forcée de cinq mois engendrée par le Covid-19 n’a pas stoppé ce formidable élan, puisque le Russe a ensuite triomphé à Hambourg, à Saint-Pétersbourg et a atteint les quarts de finale de deux tournois du Grand Chelem (US Open et Roland-Garros).

Désormais, Rublev est quasiment certain de prendre part au Masters londonien, sauf performance inattendue (finaliste minimum) de Matteo Berrettini, Denis Shapovalov ou Roberto Bautista Agut à l’occasion du Rolex Paris Masters (du 31 octobre au 8 novembre).

L’ascension rapide de Rublev

Avant 2020, Andrey Rublev n’avait jamais fait irruption dans le Top 20 du classement ATP. Il s’est immiscé dans le Top 100 en juin 2017, puis dans le Top 50 en juillet et, deux mois plus tard, dans le Top 40. Une année 2018 ternie par des soucis physiques l’a cependant repoussé au-delà de la 100e place mondiale début 2019. Mais, depuis le printemps de cette même année, il n’a fait que grimper.

Voir son ranking history sur le site de l’ATP

Il sait slalomer entre les blessures mais cela n’explique pas tout de cette irrésistible ascension ? Différents facteurs peuvent être évoqués. Tout d’abord, le protégé de Fernando Vicente est bien moins sujet aux réactions colériques qu’au cours de ses jeunes années. Durant Roland-Garros, il est revenu sur le titre juniors qu’il avait conquis sur la terre battue parisienne en 2014, à l’âge de 16 ans :

« Je dirais qu’à cette époque, je n’étais pas encore un vrai joueur de tennis.  J’étais complètement différent, un enfant. Je faisais des choses stupides, sur le court comme en dehors. Mais j’aimais énormément le tennis. Quand j’étais jeune, je m’entraînais beaucoup mais je ne comprenais pas vraiment ce qu’était le tennis. Je frappais juste la balle, je m’entraînais à la frapper encore plus fort. Parce que j’aimais ça, mais sans réfléchir à la manière dont je devais construire mon jeu, comment défendre et tous ces petits détails. Je ne savais même pas comment tout cela fonctionnait. »

« Rublev a frappé un million de balles »

Fréquentes pendant ses jeunes années, les destructions de raquettes sont de plus en plus rares depuis qu’il a atteint la vingtaine et évolue sur le circuit principal. En contrôlant davantage ses émotions sur le court, Rublev a été capable de se concentrer sur son jeu. Dans « L’Œil du Coach », Patrick Mouratoglou a insisté sur le fait que le joueur russe devait sa progression à son éthique de travail :

« Par le passé, il avait deux faiblesses : ses déplacements et l’excès de puissance qu’il mettait dans ses frappes de balle, souvent synonyme de faute directe. Son revers était aussi moins bon que son coup droit. Maintenant, je pense que son revers est très solide, il commet peu d’erreurs. Ses déplacements sont également bien meilleurs qu’avant. Il s’est construit un jeu très solide. Nous savons qu’il s’entraîne en Espagne et qu’il a probablement frappé dans un millions de balles. »

Avant le début de Roland-Garros, le coach français avait d’ailleurs misé sur un beau parcours de l’actuel 8e mondial :

« ESPN m’a demandé de leur donner le nom d’un joueur – inattendu – qui irait loin à Roland-Garros. J’ai cité son nom, bien qu’il commence à être attendu désormais. (…) Il est très difficile à déborder aujourd’hui. »

Marge de progression

Malgré tout cela, Rublev n’est pas un produit fini. Même si nous pouvons avoir l’impression qu’il est là depuis un moment, il n’a que 22 ans. Un très jeune âge eu égard au circuit actuel, où les trentenaires tiennent les postes-clefs. Rublev pense encore pouvoir progresser dans son comportement. Après avoir perdu le premier set contre Daniil Medvedev en quart de finale de l’US Open, il a jeté de rage une banane au sol en pestant contre lui-même. Après le match, le natif de Moscou a répondu à un journaliste lui ayant affirmé que « tout le monde » aurait réagi comme lui à la suite de la perte d’une manche aussi serrée :

« Tout le monde… sauf les meilleurs joueurs. C’est toute la différence entre moi et les meilleurs joueurs, ils ne montrent pas autant leurs émotions. Pour sûr, eux n’auraient pas réagi de la même manière que moi. »

Il n’était pas non plus satisfait avec son attitude au premier tour de Roland-Garros, en dépit de son come-back et de la victoire arrachée contre Querrey :

« J’ai encore un long chemin à parcourir pour m’améliorer. Sur ce match, mon attitude était horrible. J’ai été très chanceux… Si je veux pouvoir être performant à un bon niveau, ce n’est pas acceptable de faire cela. Je dois changer. »

Andrey Rublev, St. Petersburg 2020 champion

Et à Saint-Petersbourg, il s’est quelque peu ridiculisé avec un jet de bouteille qui l’a poussé à improviser un passage de serpillère devant Shapovalov.

Dans son jeu aussi, des choses peuvent être améliorées. S’il se sert de son premier service comme d’une arme, Rublev s’appuie sur une deuxième balle souvent friable et offrant une opportunité de retour gagnant à son adversaire. Devenu solide, son revers n’est pas pour autant surpuissant. Du haut de son 1,88 mètre et fort de ses 75 kilos, il peut encore prendre du volume.

Naturellement, Rublev doit maintenant viser des finales et des titres en Masters 1000 et en Grand Chelem. Son compatriote Daniil Medvedev a déjà remporté deux Masters 1000 (sans oublier une finale perdue) et s’est hissée en finale de l’US Open en 2019 (où il a été battu par Rafael Nadal au terme d’un match épique).

Rublev saisira-t-il sa chance en 2021 ? Ou peut-être dès cette année, à Paris-Bercy ou Londres ? Les quelques défauts techniques et physiques qui l’ont jusqu’à présent empêché d’aller jusqu’au bout en Grand Chelem ne sont pas nécessairement une mauvaise chose. La seule perspective de le voir devenir encore meilleur effraie le reste du circuit.

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