20 septembre 1973 : le jour où Billie Jean King a remporté la “Bataille des Sexes”

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 20 septembre 1973, Billie Jean King remporte “La Bataille des Sexes” en dominant Bobby Riggs, 6-4 6-3 6-3.

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Billie Jean King fait taire le machisme de Bobby Riggs

Ce jour-là, le 20 septembre 1973, Billie Jean King domine Bobby Riggs et remporte ainsi la célèbre « Bataille des Sexes », 6-4, 6-3, 6-3. Disputée devant un public de 30 000 personnes et regardée par des millions de téléspectateurs, ce match met un terme à la croisade de Riggs contre le tennis féminin, dans laquelle il s’était lancé à la fin des années 1960 et qui avait culminé en mai 1973, lorsqu’il avait battu Margaret Court (6-2, 6-1) lors d’une rencontre connue sous le nom de « Massacre de la Fête des Mères ».

Les acteurs

Bobby Riggs, macho endurci

Bobby Riggs est né en 1918. L’Américain a été numéro 1 mondial chez les amateurs, après avoir gagné Wimbledon et l’US Open en 1939. Cette année-là, au All England Club, il réalise l’exploit de remporter les trois titres possibles : le simple, le double et le double mixte. Passé pro en 1940, sa carrière est interrompue par la Seconde Guerre Mondiale. A la fin des années 1940, il affronte lors de ses tournées des joueurs tels que Donald Budge et Jack Kramer, et il fait alors partie des tout meilleurs joueurs du monde, jusqu’à se retraite en 1951. Il reste en contact avec le tennis en tant que promoteur, mais traîne surtout la réputation de tremper dans des affaires louches et d’écumer les casinos. Il prétend par exemple avoir empoché une fortune en 1939 en ayant parié sur son propre triple succès à Wimbledon. Au début des années 1970, en désaccord avec les exigences de Billie Jean King sur l’égalité des prix hommes/femmes, il se met à critiquer grossièrement le tennis féminin, probablement en quête d’attention. « La place des femmes est dans la cuisine et la chambre à coucher – pas nécessairement dans cet ordre », restera comme l’une des déclarations qui lui vaudront le surnom auto-attribué de « male chauvinist pig » (macho endurci). Finalement, âgé de 55 ans, il décide de mettre Billie Jean King, alors au sommet de son art,  au défi de l’affronter pour prouver la supériorité du tennis masculin, mais elle refuse et affirme n’avoir aucune intention d’accepter son challenge. Il se tourne alors vers Margaret Court, qui accepte, et le 13 mai 1973, il la surclasse, 6-2, 6-1.

Billie Jean King, légende de son temps

Billie-Jean King, née Moffitt en 1943, est considérée comme l’une de plus grandes joueuses de tous les temps, à la fois grâce à son exceptionnel palmarès, mais aussi par le rôle qu’elle a joué dans le développement et la reconnaissance du tennis féminin. Elle totalise notamment douze titres du Grand Chelem et vingt-sept en double, et elle est à l’origine de la création de la Women’s Tennis Association (WTA), le premier syndicat représentant l’intérêt des joueuses de tennis professionnelles. Elle a aussi joué un rôle important dans le lancement du premier circuit féminin sponsorisé par la marque de cigarettes Virginia Slims. Première joueuse de l’histoire à avoir gagné plus de 100 000 $ en une saison (en 1971), elle a déjà accumulé 10 titres du Grand Chelem en simple, 12 en double et 9 en double mixte. En 1973, elle est nommée numéro 1 mondiale pour la cinquième année consécutive. Sur le plan personnel, elle est mariée depuis 1965 à Larry King, qu’elle a rencontré dans une bibliothèque universitaire en 1963. C’est d’ailleurs lui qui a négocié le contrat liant la WTA au fabricant de tabac Philip Morris.

Billie Jean King, 1975 Wimbledon

Le lieu : Houston

La “Bataille des Sexes” tant attendue opposant Bobby Riggs à Billie Jean King a lieu à l’Astrodome de Houston, au Texas. C’est le premier stade couvert multi-usages, et il a été inauguré en 1965. Il accueille généralement les équipes de Houston de baseball, de basket-ball et de football américain.

L’histoire : Billie Jean King, trop forte pour Bobby Riggs

Bobby Riggs cherche des noises au tennis féminin depuis un moment déjà. En 1973, il  affirme que le tennis féminin est inférieur et que même à l’âge de 55 ans, il peut encore battre n’importe laquelle des meilleures joueuses au monde. Au départ, Riggs vise Billie Jean King, qu’il surnomme “la chef de meute de la révolution sexuelle ». King est connue pour avoir mis sur pieds le premier circuit professionnel féminin et réclamé l’égalité des prix. Bobby Riggs pense que l’égalité des prix n’a pas de sens et, pour soutenir ses propos, propose à Billie Jean King de l’affronter, n’hésitant pas à la provoquer :

« Si elle ne peut pas battre un vieil homme fatigué, elle ne mérite même pas la moitié de ce qu’elle gagne. » 

King ne mord pas à l’hameçon. Elle a conscience de ce qui est en jeu : s’il lui arrivait de perdre, sa cause serait perdue. Les risques sont trop élevés. Contrairement à Billie Jean, Margaret Court ne s’intéresse pas du tout à la lutte pour les droits des femmes. Elle fait savoir à Bobby Riggs qu’elle est intéressée, négocie les prix à la hausse et accepte le défi. Le 13 mai 1973, elle est laminée par Riggs, 6-2, 6-1. L’auto-proclamé « macho endurci » , surexcité,  fanfaronne :

« Maintenant je veux absolument King. Je l’affronterai sur terre, sur gazon, sur ciment, sur marbre ou sur des patins à roulettes. Cette lutte des sexes doit continuer. »

Lorsque King apprend que Court a subi une lourde défaite, elle sait qu’elle n’a pas d’autre choix que d’accepter le défi. Elle avait elle-même déclaré que si Court était battue, elle devrait affronter Riggs elle-même. Si la première “Bataille des Sexes” avait déjà été un événement populaire, la seconde devient rapidement le plus grand événement tennistique jamais organisé aux Etats-Unis. La chaîne de télévision ABC paie 700 000 dollars pour retransmettre le match en prime-time. 100 000 dollars sont promis au gagnant. La légende australienne Rod Laver se montre critique cette façon de faire du tennis-spectacle au lieu de chercher de vraies améliorations. 

« Ce n’est pas juste un match de tennis », expliquer Riggs lors de la conférence d’avant-match. « C’est une bataille des sexes et il se trouve que je suis le gladiateur représentant les hommes, moi, un vieil homme de 55 ans avec un pied dans la tombe. »

Riggs remporte sans encombre le match qui consiste à parler le plus possible. Prêt à raconter n’importe quoi pour attirer l’attention, il va jusqu’à dire qu’il veut « prouver que les femmes sont minables, qu’elles sentent mauvais et qu’elles n’ont rien à faire sur le même court que les hommes ».

Malgré la confiance qu’il affiche, la rumeur court avant le match que le vainqueur de Wimbledon 1939 n’est pas aussi en forme qu’au mois de mai, lorsqu’il avait battu Court. Il a passé plus de temps et utlisé plus d’énergie à faire la promotion du spectacle qu’à s’entraîner, et il est en passe de le regretter. De son côté, son adversaire s’est préparée spécifiquement pour cette bataille : « Je prends ce match très au sérieux. J’aime gagner. J’aime la responsabilité et la pression. Bobby ferait mieux d’être prêt.”

King entre la première, portée sur une litière dorée dans le style de Cléopâtre, tandis que Riggs arrive dans un pousse-pousse aux roues en or, dans une mise en scène digne d’un cirque, que Laver aurait certainement désapprouvée. 30 000 personnes sont dans les tribunes de l’Astrodome, et 90 millions de téléspectateurs sont rivés devant leur écran.

Tout commence bien pour Riggs, qui se nomme lui-même « escroc du tennis ». Il est le premier à réaliser le break pour mener 3-2, mais il ne parvient pas à conserver son propre service au  jeu suivant. Contrairement à Court, qui avait été décontenancée par le tennis-poubelle de Riggs (véritable compilation de coups foireux : slices, lobs, amorties, il ne donne aucun rythme), King sait à quoi s’attendre. Elle reste patiente, et s’engage dans de longs échanges du fond de court pour épuiser son adversaire, âgé de 55 ans. En tout état de cause, elle empoche le premier set, 6-4, ayant réussi pas moins de 26 coups gagnants.

Bien que King perdre à nouveau son service au début du deuxième set, il apparaît maintenant clair que Riggs n’est pas prêt, physiquement, à tenir plusieurs sets à cette intensité. Il abandonne sa stratégie de fond de court et prend le filet d’assaut, mais King parvient la plupart du temps à le passer sans difficulté. Le plus grand match de tennis jamais mis sur pieds aux Etats-Unis se révèle à sens unique, et la numéro 1 mondiale s’impose, 6-4, 6-3, 6-3.

« Elle était trop forte », commente Riggs, moins exalté qu’à la fin de son match contre Court.  « Elle a trop bien joué. Elle a bien joué et je n’ai pas réussi à tirer le meilleur de mon jeu. Ca s’est terminé trop rapidement. »

King déclare par la suite qu’elle ne considérait pas le fait d’avoir battu Riggs comme quelque chose d’exceptionnel, mais que le fait d’avoir gagné était un grand soulagement. 

« Je me disais que ça nous ramènerait 50 ans en arrière si je perdais ce match. Cela aurait ruiné le circuit féminin et affecté l’estime de soi de toutes les femmes. Battre un homme de 55 ans n’avait rien d’excitant pour moi. Ce qui l’était, c’était de faire connaître le tennis à autant de gens. »

La postérité du moment : Un autre duel hommes-femmes, Connors-Navratilova

Au cours de mois suivants, déprimé par sa défaite, Riggs harcèlera King pour qu’elle lui accorde une revanche, ce qu’elle refusera. Au fil du temps, les deux participants de la Bataille des Sexes noueront des liens durables, et resteront amis jusqu’à la mort de Riggs, en 1995. 

Dix-neuf ans plus tard, en 1992, un autre combat « homme contre femme », appelé cette fois « La bataille des Champions », verra Jimmy Connors dominer Martina Navratilova. Autorisé à une seule chance au service, pendant que son adversaire bénéficiait d’un terrain agrandi, il s’imposera 7-5 6-2. Connors prétendra plus tard avoir parié un million de dollars qu’il perdrait moins de huit jeux. 

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