3 septembre 2006 : Le jour où Agassi a dit adieu au monde du tennis

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 3 septembre 2006, Andre Agassi a joué le dernier match de sa carrière à l’US Open. C’était une défaite face à Benjamin Becker.

Ce qui s’est passé ce jour-là : Andre Agassi s’en va par la petite porte

Ce jour-là, le 3 septembre 2006, la légende du tennis Andre Agassi dispute et perd le dernier match de sa carrière, au troisième tour de l’US Open, battu par le qualifié Benjamin Becker (7-5, 6-7, 6-4, 7-5). Le Kid de Las Vegas a perdu trop d’énergie au deuxième tour. Il a livré une dernière bataille épique pour écarter Marcos Baghdatis (6-4, 6-4, 3-6, 5-7, 7-5). Agassi, qui avait annoncé à l’avance qu’il prendrait sa retraite à l’issue de l’US Open, prononce un magnifque discours, avant de dire adieu au Stade Arthur-Ashe.

Les acteurs

Andre Agassi, le Kid de Las Vegas

Andre Agassi, Kid de Las Vegas, légende du tennis. Passé pro en 1986, il devient rapidement l’une des plus grandes stars du tennis. Grâce à son talent… mais aussi ses tenues vestimentaires originales, dont l’emblématique short en jean et le cycliste rose. Initié au tennis par son père puis élevé à l’académie de Nick Bollettieri, il dispose d’un excellent retour de service (le meilleur de son temps). Son jeu consiste à frapper la balle montante avec une force incroyable, ce qui est révolutionnaire à l’époque et inspirera des générations entières.

Après trois défaites en finale de Grand Chelem, une à l’US Open en 1990, deux à Roland-Garros (1990 et 1991), il remporte son premier tournoi du Grand Chelem à Wimbledon en 1992, en en battant en finale le grand serveur Goran Ivanisevic (6-7 6-4 6-4 1-6 6-4). Il ajoute ensuite l’US Open 1994 à son palmarès, puis l’Open d’Australie 1995, où il bat son rival Pete Sampras en finale de Grand Chelem pour la seule et unique fois (4-6 6-1 7-6 6-4).

Agassi devient numéro 1 mondial peu après, le 10 avril 1995, pour une première période de 30 semaines. En 1996 et 1997, malgré une médaille d’or obtenue aux Jeux Olympiques d’Atlanta, Andre Agassi traverse une mauvaise passe et descend jusqu’à la 141e place mondiale. Faisant preuve d’une grande humilité, il retourne sur le circuit Challenger à la fin 1997 pour reprendre confiance.

En 1998, il revient doucement au sommet, terminant l’année au 6e rang mondial malgré des résultats décevants en Grand Chelem. En 1999, il triomphe enfin à Roland-Garros, huit ans après sa dernière défaite en finale. Dans une finale titanesque, il prend le dessus sur Andrei Medvedev (1-6 2-6 6-4 6-3 6-4). Cette année-là, après avoir échoué contre Sampras en finale de Wimbledon (6-3 6-4 7-5), il s’adjuge un second US Open et récupère la place de premier mondial pour 52 semaines supplémentaires.

Il ajoute ensuite trois Open d’Australie à son palmarès (2000, 2001, 2003), et apparaît pour la dernière fois au sommet du classement ATP le 7 septembre 2003. Il commence 2004 en atteignant les demi-finales à Melbourne, défait en cinq manches par Marat Safin à l’issue d’un match époustouflant (7-6 7-6 5-7 1-6 6-3), mais, au cours des mois suivants, diverses blessures l’empêchent de jouer à son meilleur niveau. Touché au dos, il passe à côté de Roland-Garros et renonce à Wimbledon.

Il se maintient tout de même dans le top 10, après avoir disputé les quarts de finale à l’US Open. En 2005, Agassi remporte son  60e et dernier titre à Los Angeles, battant Gilles Müller en finale, et à l’US Open, il réalise sa dernière grande performance en Grand Chelem en se qualifiant pour la finale, battu par Roger Federer après quatre heures d’excellent tennis (6-3, 2-6, 7-6, 6-1). Ce n’est qu’en 2006 qu’il quitte définitivement le top 10. Martyrisé par les blessures, il ne dispute que huit tournois avant l’US Open.

Benjamin Becker, premier US Open à 25 ans

Benjamin Becker est né en 1981. L’Allemand a suivi un cursus universitaire de quatre ans à la Baylor University, au Texas, avant de devenir professionnel. Leader de son équipe, les Baylor Bears, il remporte en 2004 le titre de la NCAA en simple, tournoi qui compte à son palmarès des joueurs tels que John McEnroe et Jimmy Connors. Une fois diplômé, il se lance sur le circuit à la mi-2005, terminant l’année à la 477e place mondiale.

En 2006, après avoir obtenus de bons résultats en Challenger, il joue son premier match ATP à Halle (battu par Tomas Berdych, 6-4, 6-3), et à Wimbledon, il s’extrait des qualifications pour faire ses débuts en Grand Chelem (il sera battu au deuxième tour par Fernando Verdasco, 6-4, 6-7, 4-6, 6-3, 9-7). Il se présente à l’US Open pour participer aux qualifications en tant que 112e mondial.

Le lieu : Flushing Meadows et une grande première en Grand Chelem : le hawk-eye

L’US Open (appelé US Nationals avant 1968 et le début de l’Ère Open) a été créé en 1881. Bien qu’il soit le seul Grand Chelem à avoir été disputé sans la moindre interruption depuis ses débuts, le tournoi a changé de site à plusieurs reprises au fil des ans. Les premières éditions se déroulent sur les courts en herbe du Casino de Newport, à Rhode Island, puis, en 1915, l’épreuve s’installe à New-York, au West Side Tennis Club, dans le quartier de Forest Hills,  jusqu’en 1977 (avec une parenthèse de 1921 à 1923, où les joueurs s’affrontent à Philadelphie). De 1975 à 1977, le tournoi se dispute sur terre battue. En 1978, l’US Open quitte le West Side Tennis Club, désormais trop petit pour accueillir un événement d’une telle importance, pour l’USTA National Tennis Center, situé à Flushing Meadows, à New-York. Par la même occasion, le tournoi se dispute à présent sur surface dur. Le Tennis Center est l’un des plus grands complexes de tennis au monde et son court central est le Stade Louis Armstrong, d’une capacité de 14 000 places. En 1997, un nouveau court central, le Stade Arthur Ashe, est inauguré. Avec ses 23,000 places, c’est le plus grand terrain de tennis au monde.

En 2006, l’US Open est le premier tournoi du Grand Chelem à mettre à disposition des joueurs la technologie Hawk-Eye, qui leur permet de mettre au défi les annonces des arbitres.

L’histoire : Andre Agassi, épuisé, doit céder face à Benjamin Becker

Lorsqu’Andre Agassi arrive à New York pour participer à l’US Open 2006, il a déjà annoncé qu’il s’agirait du dernier tournoi de sa longue et brillante carrière. Il avait choisi Wimbledon, où il avait remporté son premier titre du Grand Chelem en 1992, pour rendre sa décision publique.

« Je pense qu’il y a beaucoup de facteurs », avait déclaré Agassi au All England Club, selon le New York Times. « Tout d’abord ma famille, et tout ce que cela implique d’être là et d’être compétitif à ce niveau. Je dois m’assurer de faire ce qu’il ya de mieux pour les personnes qui m’importent le plus, et pour moi-même. Nous avons en quelque sorte attendu jusqu’à maintenant pour l’annoncer, parce qu’il semblait logique de le faire ici, où tout a commencé. »

Ainsi, les fans de tennis du monde entier suivent la dernière aventure d’Agassi à Flushing Meadows, où il a triomphé à deux reprises (en 1994 et 1999) et où il a perdu pas moins de quatre finales (battu par Pete Sampras lors des trois premières, en 1990, 1995 et 2002, puis par Roger Federer en 2005). Au premier tour, il se défait du Roumain Andrei Pavel, 6-7, 7-6, 7-6, 6-2). Au deuxième tour, il parvient à éliminer le finaliste du dernier Open d’Australie, le 8e mondial Marcos Baghdatis (6-4, 6-4, 3-6, 5-7, 7-5). Le Kid de Las Vegas donne tout pour remporter cette dernière bataille, qu’il décrira plus tard en détail dans son autobiographie, Open.

Au troisième tour, opposé au qualifié Benjamin Becker (qui n’a aucun lien de parenté avec son ancien rival, Boris Becker), Agassi est vidé. Les trois infiltrations qu’il a subies ne soulagent pas ses douleurs au dos. Même le coach de Becker, Tarik Benhabiles, cité par le New York Times, remarque que l’homme aux huit titres du Grand Chelem n’est que l’ombre de lui-même : « J’avais l’impression qu’il était environ à 40% de sa forme. Mais j’admire le fait qu’il y soit allé, qu’il ait essayé. »

Concluant le match sur un ace (7-5, 6-7, 6-4, 7-5), Becker met un terme à l’une des plus grandes icônes de l’histoire du tennis.

Avant de quitter le court pour la dernière fois, Agassi, prenant le micro, prononce un discours bref, mais qui fera date.

 « Le tableau d’affichage dit que j’ai perdu aujourd’hui mais ce qu’il ne dit pas, c’est ce que j’ai trouvé ces vingt-et-une dernières années. J’ai trouvé de la fidélité. Vous m’avez soutenu sur le court et dans la vie. J’ai trouvé de l’inspiration. Vous avez toujours souhaité ma réussite même dans les moments les plus durs. Et j’ai trouvé de la générosité. Vous m’avez aidé à atteindre mes rêves, rêves que je n’aurais jamais pu accomplir sans vous. Ces vingt-et-une dernières années, je vous ai trouvé et je vous garderai en mémoire pour le reste de ma vie. »

La postérité du moment : La fin d’une grande génération américaine

Agassi est le dernier grand joueur américain de sa génération à prendre sa retraite, après Pete Sampras, Jim Courier et Michael Chang, qui ont tous remporté au moins un tournoi majeur. Au milieu de cette génération en or, le natif de Las Vegas laisse sa propre empreinte, grâce à son histoire faite de hauts et de bas, mais aussi en raison de son évolution, au long de sa carrière, à la fois en tant que joueur et en tant que personne.

“C’est un gars qui a beaucoup donné au tennis et qui a grandi devant nos yeux à tous », résumera son ancien entraîneur, Brad Gilbert. « Les gens se souviennent de lui avec ses cheveux longs e son insolence, mais il a grandi jusqu’à devenir un véritable ambassadeur pour le tennis, peut-être le meilleur qui ait jamais été. »

« Tout cela a mis en avant le sens véritable de tout ça, depuis le début, à savoir les gens, et la connexion », expliquera Agassi dix ans plus tard dans une interview rapportée par le New York Times. « Et cela a tout mis en perspective : les hauts, les bas, les succès, les échecs, les triomphes, les retours. Je n’ai pas seulement grandi à New York, mais New York m’a aidé à grandir. Alors, quand soudain tout était terminé, et il n’y avait que de l’émotion à l’état brut, j’ai réalisé à quel point nous avions tous été connectés au fil des ans. Et je dois dire, je considère probablement ce moment comme le meilleur moment que j’ai jamais passé sur un court de tennis. »

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