Arthur Fils : « Je peux sortir des matchs incroyables, mais ça peut me coûter le match d’après »
Après un superbe parcours en Masters 1000 à Miami, qui s’est arrêté à une marche de la finale, le Français de 21 ans revient sur ses difficultés au service face à Jiri Lehecka, le poids mental des grands rendez-vous, et pourquoi il reste convaincu que le meilleur est à venir.
Arthur, votre service était intouchable toute la semaine — aucun break concédé, une arme fatale pour vous sortir de l’embarras. Aujourd’hui, c’était différent. Que s’est-il passé ?
Arthur Fils : Quelques kilomètres/heure en moins, un peu moins de précision sur les zones… c’est vraiment juste ça. Mais ça a suffi pour qu’il soit plus confortable en retour. J’étais un peu plus lisible. Il voyait où je servais, et j’arrivais moins à masquer mes intentions. Ce sont des petits détails, rien de dramatique sur le papier, mais sur le court, ça fait une différence énorme. Au final, je me fais breaker quatre fois aujourd’hui, alors que je n’avais pas perdu mon service de la semaine. Forcément, quand on fait les comptes, ça pèse lourd.
Jouer Jiri ici, était-ce très différent de Doha ? Et est-ce que l’exigence physique du match contre Paul a joué un rôle aujourd’hui ?
Arthur Fils : Jiri a fait un super match, c’est un très bon joueur. Comme vous dites, c’était complètement différent de Doha. Là-bas, j’étais arrivé frais, tout était nouveau, et le court était un peu plus lent. Aujourd’hui, ça allait plus vite, il a sorti de super coups et a très bien servi. C’était dur pour moi de trouver mon rythme, j’étais un peu « off ». Il y a des jours comme ça. J’aurais préféré que ça n’arrive pas aujourd’hui, bien sûr, mais ça fait partie du chemin.
Était-ce de la fatigue accumulée ? Qu’est-ce que cela vous dit sur le niveau physique requis pour les Grands Chelems, où il faut jouer trois heures, récupérer un jour, et repartir au combat ?
Arthur Fils : Ce n’est pas vraiment le physique. Physiquement, je me sens super bien — si vous me mettez sur un tapis de course là maintenant, je peux courir six heures sans problème. C’est plutôt de la fatigue mentale. Je dois trouver ce petit truc qui m’aide à donner plus dans les matchs importants — les quarts, les demies, les finales — quand j’ai besoin de ce « boost » supplémentaire. Je dois trouver cette énergie et apprendre à y accéder quand ça compte vraiment. J’ai encore 21 ans, on a tout le temps de bosser ça avec la team. La semaine dernière, c’est arrivé en quarts contre Sascha (Zverev), cette semaine en demies. Si je continue de progresser comme ça chaque semaine, c’est franchement bon signe.
Je sais que j’ai besoin de beaucoup d’énergie pour produire mon meilleur tennis, mais est-ce que j’en ai besoin d’autant ?
Vous dépensez énormément d’énergie pour entrer dans votre « bulle » — le public contre Paul vous a beaucoup porté. Est-ce que cette dépense d’énergie vous a coûté la victoire aujourd’hui ? Comment trouver l’intensité sans se brûler lors des premiers tours ?
Arthur Fils : C’est exactement ça. C’est un équilibre qui n’est pas facile à trouver. Je sais que j’ai besoin de beaucoup d’énergie pour produire mon meilleur tennis, mais est-ce que j’en ai besoin d’autant ? Je ne suis pas sûr. Ça peut produire des matchs incroyables, mais ça peut aussi me coûter le match d’après. Il faut que j’en discute avec mon staff pour trouver des solutions. Je ne veux pas changer qui je suis, je veux juste m’améliorer.
Il y a quand même beaucoup de positif à tirer de cette tournée, non ?
Arthur Fils : Absolument. C’était un super parcours. Depuis Doha, j’ai gagné beaucoup de matchs. C’est déjà mieux que l’année dernière, qui était déjà très bonne, donc c’est positif. Aujourd’hui, j’ai donné tout ce que j’avais. Je me suis battu. Je suis juste tombé sur un très bon joueur un jour où j’étais un peu moins bien. Ça arrive. On va en parler avec l’équipe et trouver des solutions pour que ça ne se répète pas trop souvent dans ma carrière.

Certains joueurs mettent beaucoup de temps à retrouver leurs sensations après une longue absence. Vous, vous êtes revenu très vite. Qu’est-ce que cela dit de vous ?
Arthur Fils : Je pense avoir retrouvé le rythme et le feeling assez vite. Quand je rentre sur le court à 100 %, je peux jouer un tennis incroyable. Je le sais depuis longtemps, mon équipe aussi. La prochaine étape, c’est de trouver un moyen de gagner même quand je ne suis pas au top — rendre les matchs difficiles pour l’adversaire plutôt que de perdre rapidement. C’est ce qu’on va bosser. C’est un processus long, ça viendra semaine après semaine, mais je sais que je vais y arriver.
Il y a quatre mois, quand vous reveniez à peine… si on vous avait dit que vous feriez votre première demi-finale de Masters 1000 ici, qu’auriez-vous dit ?
Arthur Fils : J’aurais signé tout de suite, sans hésiter. Le chemin a été dur. Mais j’essaie de voir le positif. Je suis très content de ce qu’on a construit avec l’équipe ces derniers mois. On a fait du super boulot. Aujourd’hui n’était pas notre jour, mais c’est comme ça. Je suis en paix avec ça et j’ai déjà hâte d’être sur terre battue.
Et l’objectif à long terme — c’est quoi, passer ce « palier » supérieur pour vous ?
Arthur Fils : Je dois jouer plus de quarts, plus de demies, plus de finales. C’est comme ça qu’on trouve l’équilibre, en vivant ces moments encore et encore jusqu’à ce qu’ils deviennent normaux. Ce n’est pas facile, mais je vais trouver la clé. Je n’ai aucun doute là-dessus.