Comment le « fou » Medvedev espère atteindre ses rêves les plus dingues

Le numéro 4 mondial Daniil Medvedev s’est confié à Tennis Majors avant son entrée en lice au Masters de Londres. Il a expliqué pourquoi s’imposer ici serait un grand pas vers un possible titre en Grand Chelem en 2021.

En début d’année, l’ATP a demandé à des joueurs du circuit de décrire Daniil Medvedev en un seul mot. Les réponses se sont alors largement concentrées sur son style de jeu. Karen Khachanov l’a appelé « le poulpe », Alexander Zverev a choisi « l’araignée » et Denis Shapovalov a dit qu’il était « peu orthodoxe ». Mais Medvedev a relevé une autre réponse…

« Quand je l’ai vu, j’ai beaucoup ri », reconnaît le Russe dans une interview accordée à Tennis Majors avant les ATP Finals.

« J’ai aimé la réponse de David Goffin. Il a réfléchi pendant une seconde et a dit « fou ». J’ai aimé ça ».

Depuis maintenant deux ans, le numéro 4 mondial Medvedev est l’un des joueurs les plus réguliers du circuit. Il a remporté quatre titres en 2019 et a ajouté un troisième Masters 1000 à son palmarès en 2020 grâce à sa victoire au début du mois au Rolex Paris Masters. Mais en junior, le tempérament de Medvedev était qualifié « d’imprévisible », et il l’a lui même admis à l’US Open en septembre dernier après avoir battu son ami d’enfance Andrey Rublev en quart de finale.

« Quand nous étions enfants, nous pouvions devenir fous. On pouvait perdre le match pour cette seule raison. »

Daniil Medvedev au Rolex Paris Masters

Le changement, c’est maintenant

Les choses ont maintenant changé, et Medvedev et Rublev sont tous les deux qualifiés pour le Masters de Londres, qui a débuté ce dimanche. Pour Rublev (battu par Nadal), c’est une grande première, pour Medvedev, c’est la deuxième année consécutive qu’il participe au tournoi des maîtres.

Alors que certains joueurs percent très tôt dans leur carrière, la progression de Medvedev a été régulière, plutôt que spectaculaire. Il est entré dans le top 100 à 20 ans, a fait partie du top 10 deux ans plus tard et en 2019, a fait le grand saut dans le top 5. Il y a quelques années encore, il admettait qu’il trouvait difficile de suivre le rythme des meilleurs lors des matchs en cinq sets.

Aujourd’hui, ce n’est plus un problème pour le Russe.

Il a déjà atteint une finale en Grand Chelem, lors de l’US Open en 2019, et comme ses huit titres en carrière ont été obtenus sur dur, il veut faire beaucoup mieux à Londres que l’année dernière, où il a perdu ses trois matches de poule, dont son fameux « craquage» alors qu’il menait 5-1 dans le dernier set face à Rafael Nadal. Un titre à Londres serait un bon tremplin pour tenter de décrocher son premier titre du Grand Chelem en 2021 – Tsitsipas avait adoré cette sensation en 2019.

« Si l’on regarde ma carrière en détail, je n’ai pas eu une progression fulgurante. Bien sûr, toutes ces étapes étaient des petites progressions, mais je n’ai pas connu une soudaine ascension, comme si j’étais 500e, que j’avais obtenu une wild-card et gagné ensuite un tournoi ATP, non. Je suis allé en Futures, en Challengers, j’ai atteint des demi-finales, j’ai gagné, je suis passé par les qualifications des tournois ATP. Et c’est pour ça que l’année dernière, le Masters n’a pas été facile pour moi. Mais ce sont toutes ces expériences qui vous aident à progresser dans la vie. Et j’espère que cela pourra m’aider cette année. Mais parler des Grands Chelems, c’est autre chose ».

De retour à son meilleur niveau

Medvedev a certes bien joué à l’US Open, où il a atteint les demi-finales avant de s’incliner face au futur vainqueur, Dominic Thiem, mais le Russe s’est incliné au premier tour de Roland-Garros et n’était pas en grande forme lors de la tournée en dur indoor. Avant d’arriver à Bercy, il a même avoué qu’il se plaignait à sa compagne :

« Oh mon Dieu, je n’ai pas le niveau, je n’ai même pas atteint une seule finale, je joue si mal… ». Mais il a retrouvé son meilleur tennis dans la capitale française, où il a battu Zverev pour remporter son 3e Masters 1000.

Comme beaucoup de joueurs, Medvedev a été mis à rude épreuve pendant l’arrêt du circuit ATP en raison de la crise sanitaire. Dans l’impossibilité de s’entraîner pendant plusieurs semaines, il a eu du temps pour profiter de ses autres passions: les jeux vidéos, les ligues de football virtuelles et le Bayern Munich.

« Je joue beaucoup aux jeux vidéo quand je suis chez moi », note-t-il. « Je les emmène avec moi lorsque je suis en déplacement. Donc, en étant en confinement, j’ai pas mal joué. Bien sûr, il n’y a pas eu de foot pendant un certain temps, mais les footeux ont été les premiers à revenir. J’essaie toujours de regarder, même si je suis sur les courts de tennis ou autre. Je regarde juste les résultats sur mon téléphone. J’aime le football. Je joue dans une Fantasy Premier League. Donc j’aime vraiment le football. J’aime le regarder. J’aime suivre l’actualité de ce sport. »

« Je ne joue pas contre d’autres joueurs du circuit à la Fantasy, je joue avec mes amis russes et je dois dire que l’année précédente, je n’étais pas si mal, j’étais peut-être dans le top cinq cent, ou mille, c’est sûr. Et cette année, je ne suis vraiment pas bon, environ dans les un million, même si je sens que je ne fais pas une mauvaise équipe. Je suis juste malchanceux mais je pense que ça va revenir ».

Un joueur moderne

Avec son mètre 98, Medvedev est le prototype parfait du joueur moderne. Là où, avant, un joueur de sa taille aurait eu de la puissance mais aurait été limité dans ses mouvements, le Russe, lui, est un superbe athlète, capable de couvrir le terrain aussi bien que n’importe qui et capable de frapper un coup gagnant dans toutes les positions. Sa taille peut donner l’impression qu’il se baisse lorsqu’il frappe son revers, ce qui explique peut-être pourquoi Shapovalov a décrit son jeu comme étant « peu orthodoxe ».

« En regardant en arrière, quand j’étais plus jeune, je pense que j’avais un tennis et une technique plus étranges », a-t-il déclaré. « Maintenant, lorsque je me vois à la télé, je trouve cela plus normal. Je dirais que je ne vois rien de trop spécial, sauf quelques coups où je peux perdre mon équilibre ou quelque chose comme ça. Quand j’étais jeune, j’étais vraiment déséquilibré. Donc ça peut encore m’arriver, oui, c’était une vidéo drôle et c’était sympa de voir de ce que les mecs pensent de moi, de mon jeu »

Même en temps normal, les joueurs de tennis passent beaucoup de temps dans des hôtels, passant le temps en regardant Netflix ou en suivant l’actualité sur leur téléphone, via les réseaux sociaux. L’élection présidentielle américaine a fait la une de l’actualité ces derniers temps, et Medvedev a suivi cela avec interêt.

« Je m’intéresse à l’actualité du monde. Je regarde quelques chaînes d’information, parce que j’aime savoir ce qui se passe. La politique est quelque chose qui m’intéresse mais je ne m’implique pas tellement, parce que je sais qu’on peut parler de politique pendant des heures avec ses amis et sa famille, mais si on ne travaille pas dedans, et peut-être même si on y travaille, on ne sait rien. Je veux dire que vous ne savez rien de ce qui se passe, vous ne pouvez que le deviner. Et je pense que neuf fois sur dix, votre supposition sera fausse. Je ne fais que suivre ça, de loin. Et voyons ce que ça va donner, OK ? »

Cette semaine, Medvedev sera concentré à 100% sur le tennis. Il va débuter le Masters de Londres contre Alexander Zverev lundi soir et le « fou » compte bien remporter sa première victoire dans la compétition.

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