Une vraie déconvenue pour Djokovic, mais aussi un succès mérité pour Evans

En arrivant à Monte-Carlo, Daniel Evans n’avait plus gagné sur terre battue depuis 2017. Ce jeudi, en huitièmes de finale, le Britannique s’est offert Novak Djokovic. En grande partie grâce à son intelligence de jeu.

15 avril 2021
Djokovic_Evans_Monte-Carlo_2021

Les buts, c’est comme le ketchup : quand ils arrivent, ils viennent tous en même temps.” Remplacez “buts” par “victoires sur terre battue“, et ces mots de Cristiano Ronaldo, lâchés après une longue disette avec le Portugal, collent parfaitement à Daniel Evans.

En arrivant à Monte-Carlo, il n’avait plus gagné un match sur ocre depuis avril 2017, à Barcelone, sur le circuit principal. Le Britannique restait sur dix défaites consécutives, face à des adversaires toutefois globalement à l’aise sur ocre : Thiem, Haase Veselý, Robredo, Ruud, Verdasco, Hurkacz, Tsitsipás, Nishikori et Musetti. Sur le Rocher, il a mis fin à la série noire, jeudi. Et Evans ne s’arrête plus.

Tombeur de Dušan Lajović au premier tour, il a ensuite écarté Hubert Hurkacz avant de signer la plus belle performance de sa carrière ce mercredi. Après sept défaites en autant de rencontres face aux membres du Top 5, Evans s’est offert le numéro 1 mondial, Novak Djokovic. Un exploit mérité, 6-4 7-5 en 2h06, dont il a d’abord dû se convaincre qu’il en était capable.

C’était Novak en face, mais j’y ai cru, a-t-il déclaré dans la foulée de sa victoire. Ce qui est primordial, c’est d’y croire avant le match. Si vous arrivez sur le court battu, vous n’avez aucune chance. Quand vous servez sur une balle de break contre vous par exemple, il faut essayer d’oublier que Novak est de l’autre côté du filet.

Evans, plus solide sur les points importants

Visiblement, le natif de Birmingham a réussi à faire abstraction de l’identité de son adversaire. Il a sauvé 7 des 10 balles de break qu’il a eu à défendre, tout en convertissant 5 sur 7. Mercredi, Jannik Sinner, battu par Novak Djokovic, louait la qualité de ce dernier sur la gestion des points importants, la prise de décision en fonction des situations.

Ce jeudi, Evans s’est montré supérieur dans ce domaine. S’appliquant généralement à ne pas donner trop de rythme à l’échange, il a su surprendre le Belgradois en lâchant des accélérations fulgurantes à des moments décisifs. Comme à 1-3 contre lui dans la deuxième manche, pour arracher le débreak. “Il méritait de gagner, il était le meilleur aujourd’hui, a reconnu Djokovic en conférence de presse. Il était plus concentré et a mieux joué que moi sur les points importants.”

En amont du match, l’homme aux 18 titres du Grand Chelem, visionnaire, s’attendait à un duel compliqué malgré le pédigrée d’Evans sur la brique pilée. “C’est un joueur très intelligent. Il est en train de prouver qu’il peut très bien jouer sur terre battue. Il se déplace à merveille, il est très dynamique et explosif. Bon coup droit, bon service, il utilise très bien le slice en revers, il vient au filet… Sa variété le rend dangereux sur cette surface. Je ne l’ai jamais affronté. Avec mon équipe, je vais devoir analysé son jeu plus en profondeur avant notre rencontre.

Difficile de générer de la vitesse sur ses slices – Novak Djokovic

Pour ce premier face-à-face, Djokovic a montré des difficulté à s’appuyer sur la balle d’Evans. Contrairement à Sinner, qui a misé sur cadence et puissance au tour précédent, l’actuel 33e joueur mondial s’est évertué à mettre très peu de poids dans ses balles. Il ne voulait pas fournir la poudre permettant à son rival du jour d’allumer les mèches. Jouant plus bombé, sans mettre de vitesse avec son coup droit, il a la majeure partie du temps slicé en revers.

Oui, c’était difficile de générer de la vitesse sur ses slices, a détaillé Djokovic en conférence de presse. Il faisait humide, la terre était lourde. Le rebond était très bas. Il a une très bonne main, un super toucher. Il est capable de vous mettre en difficulté sur vos appuis à tout moment sur cette surface glissante (notamment avec les amorties).

Cherchant à dérégler ce revers “chopé”, Djokovic s’est essayé à plusieurs options tactiques. Voulant forcer le Britannique à recouvrir son revers, il a plusieurs fois pris le filet d’assaut. Ayant réponse à tout, Evans n’a pas eu de mal à passer au lift pour tirer les passings, à l’image de la balle de match.

Dany la malice

Judicieux tactiquement, Dan Evans a aussi fait preuve de malice à certains instants cruciaux. A 6-4, 5-5 et 15-30 sur le deuxième service de son adversaire, il est entré un mètre dans le court. Ostensiblement, avant que Djokovic ne débute son geste, histoire de bien lui signifier ses intentions. Payant.

Prenant d’emblée le contrôle de l’échange, il s’est offert deux balles de break. Sur la seconde, il a utilisé la même astuce. Résultat, sous pression, Djokovic a flanché. Double faute. “C’est l’un des pires match que j’ai pu faire au cours des dernières années“, a même commenté le numéro 1 mondial. En quart de finale, son premier en Masters 1000, Daniel Evans affrontera David Goffin. En espérant que la bouteille de ketchup ne soit pas encore vide.

Dan Evans - Monte-Carlo - 2021
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