14 décembre 1988 : le jour où Steeb a battu Wilander, numéro 1 mondial, en finale de Coupe Davis

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 14 décembre 1988, Steeb, 74e au classement ATP, fait tomber Mats Wilander, numéro 1 mondial, en finale de Coupe Davis.

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Ce qu’il s’est passé ce jour-là : 74e au classement ATP, Steeb fait tomber le numéro 1 mondial en finale de la Coupe Davis

Ce jour-là, le 14 décembre 1988, Carl-Uwe Steeb, 74e mondial, non sans avoir écarté une balle de match, renverse le numéro 1 mondial Mats Wilander (8-10, 1-6, 6-2, 6-4, 8-6), pour donner un avantage inespéré à l’Allemagne de l’Ouest en finale de la Coupe Davis (1-0). Grâce à cette victoire incroyable, il enlève une grosse pression des épaules de Boris Becker avant son match à venir contre Stefan Edberg, et l’Allemagne mènera 2-0 le vendredi soir, condamnant la Suède à l’exploit.

Les acteurs :

Carl-Uwe Steeb, né en 1967, devient professionnel en 1986, à l’âge de 18 ans. Il intègre le top 100 dès l’année suivante, en atteignant les demi-finales à Stuttgart (battu par Henri Leconte, 7-5, 6-3). En 1988, il réalise la meilleure performance de sa carrière en Grand Chelem, en se hissant en huitièmes de finale de l’Open d’Australie (éliminé par Andrei Chesnokov, 6-1, 6-4, 6-2). Au cours de la campagne de Coupe Davis, il est retenu en simple contre le Brésil au premier tour, où il bat Luiz Mattar et permet à son équipe de gagner 3-0, mais lors des tours suivants, Eric Jelen lui est préféré. À la fin de la saison, il est 74e mondial.

 

Mats Wilander, né en 1964, a connu le succès à un très jeune âge. En 1982, àRoland-Garros, à l’âge de dix-sept ans et neuf mois, il devient en effet le plus jeune vainqueur de Grand Chelem de l’histoire, en battant en finale Guillermo Vilas, véritable légende sur terre battue (1-6, 7-6, 6-0, 6-4). Il se rend également célèbre après avoir fait preuve d’un rare fair-play plus tôt dans le tournoi : en demi-finale, contre José-Luis Clerc, il inverse, sur balle de match, une annonce qui le propulsait en finale, et ce alors que l’arbitre a déjà annoncé « jeu, set et match ». En quarts de finale de la Coupe Davis 1982, il dispute également le match le plus long de l’ère open, vaincu en six heures et vingt-deux minutes par John McEnroe (9-7 6-2 15-17 3-6 8-6). Battu en finale de Roland-Garros 1983 par Yannick Noah (6-2, 7-5, 7-6), il remporte un deuxième titre du Grand Chelem quelques mois plus tard, en s’imposant face à Ivan Lendl sur le gazon australien (6-1, 6-4, 6-4) à la surprise générale, lui qui semblait être un expert de la terre battue. En 1984, il parvient à défendre son titre à Melbourne (aux dépens de Kevin Curren, 6-7, 6-4, 7-6, 6-2), et en 1985, il ajoute un deuxième Roland-Garros à son palmarès (en battant en finale Lendl, 3-6, 6-4, 6-2, 6-2). Wilander mène également la Suède à son premier succès en Coupe Davis, en 1984, un exploit réédité en 1985 et 1987. 1988 est sa plus grande saison : après avoir réussi le Petit Chelem (qui consiste à remporter trois tournois majeurs la même année), il devient numéro 1 mondial le 12 septembre. Il détient à présent sept titres du Grand Chelem, et le seul qui lui échappe encore est Wimbledon, où il n’a jamais dépassé les quarts de finale.

 

Wilander, vainqueur de Roland-Garros 1998

 

Le lieu : le Scandinavium de Göteborg

La finale de la Coupe Davis se déroule en Suède, sur terre battue couverte, au Scandinavium de Göteborg. Le complexe, inauguré en 1971, a accueilli bien des sports différents, des Championnats du monde de hockey sur glace aux Championnats d’Europe d’athlétisme en salle, mais aussi beaucoup de concerts, dont notamment Led Zeppelin ou, plus récemment, Whitney Houston. Le Scandinavium, qui peut recevoir jusqu’à 12 000 spectateurs, a déjà été le théâtre de deux finales de Coupe Davis, en 1984 et 1987, et la Suède avait triomphé à chaque fois.

L’histoire : Steeb réussit l’exploit, au bout du suspense, en sauvant une balle de match

Lorsque Carl-Uwe Steeb et Mats Wilander pénètrent sur le court en terre battue du Scandinavium pour le match d’ouverture de la finale de la Coupe Davis 1988, personne ne pense que le jeune Allemand, 74e mondial, peut menacer le numéro 1 mondial. Personne, à part Steeb lui-même, qui a déclaré la veille qu’il apporterait le premier point à l’Allemagne de l’Ouest : « Je n’aurai rien à perdre et je pourrai jouer relâché. » Les journalistes qui ont entendu sa déclaration ont probablement pensé qu’il plaisantait.

Au premier set, bien Steeb apparaisse plus tendu qu’il ne l’avait imaginé, Wilander est incapable de se détacher. Le n°1 mondial transpire plus que d’habitude dès les premiers jeux du match, signe peut-être qu’il n’est pas au sommet de sa forme. De fait, depuis son succès à l’US Open, son troisième Grand Chelem de l’année, Wilander n’a disputé que quatre tournois et, au Masters, n’a pas réussi à sortir des poules. Soudain, il semblerait que Steeb ait une chance de gagner.

Toutefois, le Suédois arrache le premier set, 10-8 (le tie-break ne doit être instauré en Coupe Davis que l’année suivante), et avale ensuite le deuxième, 6-1. Steeb est dans une situation désespérée, mené deux sets à rien par le numéro 1 mondial, qui n’a pas perdu un match en cinq sets sur terre battue depuis 1982. Et pourtant, Wilander perd étonnamment sa concentration, et au lieu d’achever son adversaire, il lui tend presque la main, perdant jusqu’à 8 points consécutifs au milieu du troisième set. Contre toute attente, l’Allemand remporte les troisième et quatrième sets. La pression a changé de camp.

« J’étais tendu au début » expliquera par la suite Steeb, « mais pas à la fin. Après quatre heures de jeu, tu te contentes de taper la balle. »

Même s’il semble en petite forme, Wilander n’est pas n°1 mondial pour rien. Après s’être detaché en vain, 5-3, il breake Steeb sur un jeu blanc à 5-5 et sert pour le match. Le Suédois se procure même une balle de match à 40-30, mais sa première balle ne passe pas et Steeb le punit d’un retour de coup droit sur la deuxième. Quelques jeux plus tard, c’est au tour de Steeb de prendre le service adverse. Maître de ses émotions, l’Allemand conclut à sa deuxième balle de match d’un smash libérateur.

 

 

« Je suis tellement heureux », dit Steeb, d’après le Los Angeles Times. « Je me suis engagé dans mes coups tout le long du match. Je pense que j’ai vraiment bien joué dans les trois derniers sets. (…) J’ai été plus agressif sur la fin et je suis allé chercher les points. Mats avait l’air fatigué et il a raté ses passings quand je suis monté. »

« Je me sentais mort », dit Wilander, selon le Washington Post. « Pas dans les jambes, mais dans mes coups. Il n’y avait rien dedans. C’est peut-être lui qui m’a déréglé. Il a varié exactement comme il faut contre moi sur terre. »

« J’ai eu du mal à me motiver avant la finale, » ajoute le n°1 mondial, cité par Le Monde. « A la fin de la rencontre, j’ai sans doute payé mon récent manque de compétition. »

La postérité du moment

Lors du match suivant, Boris Becker dominera facilement Stefan Edberg (6-3, 6-1, 6-4). Le samedi, le même Becker, associé à Eric Jelen, remontera un handicap de deux manches à zéro avant de battre Edberg et Anders Jarryd (3-6, 2-6, 7-5, 6-3, 6-2) et d’offrir ainsi à l’Allemagne de l’Ouest sa première Coupe Davis.

En 1989, les deux nations se retrouveront en finale de la Coupe Davis, avec le même résultat, même si cette fois, c’est l’incroyable prestation de Becker qui fera la différence, Wilander ayant pris sa revanche sur Steeb en cinq sets (5-7, 7-6, 6-7, 6-2, 6-3).

La victoire de Steeb contre Wilander restera le plus grand moment de sa carrière. Il montera à la 14e place mondiale en 1990, mais ne dépassera jamais les huitièmes de finale d’un tournoi du Grand Chelem. Il remportera le plus important de ses 3 titres à la Kremlin Cup de Moscou, en 1995 (aux dépens de Daniel Vacek, 7-6, 3-6, 7-6).

Sa surprenante défaite contre Steeb apparaîtra par la suite comme le premier signe du déclin de Wilander. Il ne disputera plus la moindre finale de Grand Chelem, et, à la fin 1989, il sortira du top 10 pour toujours. En 2020, il expliquera, pour atptour.com :

« Je pensais être le meilleur joueur au monde pendant la saison 1988, mais lorsque j’ai vraiment atteint le sommet du classement, j’ai vraiment connu quatre mois difficiles… Je suppose que j’étais juste très mauvais pour gérer cette pression. »

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