11 janvier 1998 : le jour où Lleyton Hewitt, 16 ans, a remporté son premier titre professionnel

Le 11 janvier 1998, Lleyton Hewitt, 16 ans, remporte son premier titre professionnel en battant son compatriote Jason Stoltenberg en finale du tournoi d’Adélaïde.

Lleyton Hewitt, On this day 11.01.2021

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : La naissance d’un champion

Ce jour-là, le 11 janvier 1998, Lleyton Hewitt, 16 ans, remporte son premier titre professionnel en battant son compatriote Jason Stoltenberg en finale du tournoi d’Adélaïde (3-6, 6-3, 7-6). Classé seulement 550e mondial, il avait pu intégrer le tableau grâce à une wild card, et, à la surprise générale, avait réussi à se frayer un chemin jusqu’en finale, éliminant notamment l’ancien n°1 mondial Andre Agassi en demi-finale (7-6, 7-6). Il est le joueur le moins bien classé à avoir jamais remporté un tournoi ATP, et, moins de quatre ans plus tard, il deviendra le plus jeune n°1 mondial de l’histoire du tennis.

Les personnages :

Lleyton Hewitt, le prodige

Lleyton Hewitt est né à Adelaide, en Australie du Sud, en 1981. Extrêmement prometteur, il ne passe que peu de temps à jouer chez les juniors. En 1997, âgé de seulement 15 ans, il s’extrait des qualifications de l’Open d’Australie, avant d’être éliminé au premier tour du grand tableau par le double vainqueur de Roland-Garros, Sergi Bruguera (6-3, 6-4, 6-3). En janvier 1998, à environ un mois de son 17e anniversaire, il est 550e mondial.

Jason Stoltenberg, joueur expérimenté et confirmé 

L’Australien Jason Stoltenberg est le fils d’un producteur de coton de Nouvelles-Galles du Sud. Né en 1970, il remporte l’Open d’Australie juniors en 1987, et devient, la même année, n°1 mondial de la catégorie. Il intègre le top 100 en 1988, mais ne gagne son premier tournoi ATP qu’en 1993, à Manchester (aux dépens de Wally Masur, 6-1, 6-3). L’année suivante, après avoir remporté un deuxième titre à Birmingham (où il bat en finale Gabriel Markus, 6-3, 6-4), il atteint la 19e place mondiale, son meilleur classement. Il réalise sa meilleure performance en Grand Chelem à Wimbledon, en 1996, où il renverse Goran Ivanisevic pour se hisser en demi-finale (où il est éliminé par le futur vainqueur du tournoi, Richard Krajicek, 7-5, 6-2, 6-1). Au début de l’année 1998, il est le 79e joueur mondial.

Le lieu : Adélaïde

L’Australian Hard Court Championship d’Adelaide a été créé en 1938, et il se disputait à l’origine sur terre battue. Organisé à plusieurs endroits différents au fil des ans, le tournoi s’installe à Adelaide en 1988. Étant l’un des premiers tournois de la saison, il attire la plupart du temps d’excellents joueurs venus préparer l’Open d’Australie. À son palmarès, on retrouve des stars telles que Goran Ivanisevic (1992), Jim Courier (1995) ou encore Ievgueni Kafelnikov (1996).

L’histoire : Il ne fallait pas sous estimer le jeune Hewitt

Lors de cette édition 1998 du tournoi d’Adelaide, l’attraction principale est la pépite locale, Lleyton Hewitt, âgé de 16 ans. L’adolescent est ici chez lui, et il reçoit une invitation dans le tableau principal, bien qu’il soit seulement 550e mondial. Au premier tour, face à l’expérimenté Scott Draper, 58e au classement, Hewitt admettra plus tard n’avoir surtout « pas voulu [se] couvrir de ridicule ». Il s’impose en fait en deux manches, 6-4, 6-4.

Lors d’une interview accordée en 2018 à l’ATP, « Rusty » rappelle que s’il n’avait remporté « qu’un seul match, ç’aurait déjà été une belle performance ». Au deuxième tour, face à Mark Woodforde, qui n’est pas seulement une légende du double, mais aussi 46e mondial en simple et ancien demi-finaliste de l’Open d’Australie en 1996, Hewitt laisse entrevoir pour la première fois la combativité qui le rendra célèbre, s’imposant en trois sets (4-6, 7-6, 6-1). 

En quarts de finale, il affronte l’Américain Vince Spadea, qui commet l’erreur de sous-estimer le jeune Australien :

« C’était une jeune wild card de 16 ans », se rappellera plus tard Spadea, cité par Scoop Malinowski dans son livre, Facing Hewitt. « Tout le monde se demandait même comment il avait obtenu une invitation, parce qu’il n’était que 500e mondial et que personne n’avait jamais entendu parler de lui. Je vois ce petit gars arriver sur le court,  avec ses cheveux blonds, ressemblant à un surfeur. Je me dis que je suis en demi. Ce gamin à 16 ans et a l’air faible, inexpérimenté, et mal élevé. »

Pourtant, le premier set est serré, et à l’arrivée, c’est Hewitt qui le gagne, 7-5, mais l’Américain égalise ensuite, 6-3. « Je m’attendais à l’avoir à l’usure au troisième set. Mais en fait, il est passé à la vitesse supérieure et il a gagné le match en me collant 6-1. »

La nouvelle star locale doit ensuite jouer contre Agassi en demi-finale. Le coach d’Andre, Brad Gilbert, n’est pas très inquiet pour son protégé.

« Ton fils avait Hewitt au bout de la raquette, mais il a tremblé, » dit-il au père de Spadea le matin suivant. « Ce soir, Andre va vous montrer comment s’y prendre avec ce gamin. »

Ce soir-là, Hewitt lui donne tort et évince Agassi, ancien n°1 mondial, 7-6, 7-6.

Le 11 janvier 1998, l’enfant d’Adelaide affronte un compatriote, Jason Stoltenberg, 79e mondial, en finale de son tout premier tournoi ATP. Une fois encore, le gamin se montre impressionnant sur le plan mental, se remettant de la perte du premier set pour finalement triompher au tie-break décisif (3-6, 6-3, 7-6).

« En entrant sur le court, je voulais surtout ne pas être ridicule. Je voulais être capable de lui tenir tête », racontera-t-il, 20 plus tard, en 2018. « J’ai eu beaucoup de chance de gagner 7-6 au troisième set. (…) À l’arrivée, il faut te pincer pour y croire. Certains joueurs passent la plus grande partie de leur carrière à se demander s’ils vont être capables de remporter un jour un tournoi ATP, et pour moi, y parvenir dès ma première participation à un tableau final, c’était fantastique, surtout dans mon jardin, à Adelaide. »

La postérité du moment

Grâce à ce titre, Hewitt fera un bond de plus de 200 places au classement, mais il lui faudra encore plus d’un an pour entrer dans le top 100. Après avoir remporté un deuxième titre en 1999, à Delray Beach, il deviendra ensuite n°1 mondial à la fin de l’année 2001, peu après son premier triomphe en Grand Chelem, à l’US Open (où il battra en finale Pete Sampras, 7-6, 6-1, 6-1). En 2002, « Rusty » terminera une deuxième année à la première place mondiale, grâce à son deuxième titre majeur, remporté à Wimbledon aux dépens de David Nalbandian (6-1, 6-3, 6-2). Sa domination prendra fin avec l’avènement de Roger Federer, qui l’éliminera de cinq tournois du Grand Chelem lors des seules saisons 2004-2005, le battant au passage en finale de l’US Open 2004 (6-0, 7-6, 6-0).

Jason Stoltenberg perdra une autre finale contre Hewitt, à Sydney, en 2000 (6-4, 6-0). Il prendra sa retraite en 2001, et sera par la suite l’entraîneur d’Hewitt de décembre 2001 à juin 2003.

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