19 janvier 1989 : le jour où Mats Wilander, numéro un mondial, a été éliminé au 2e tour de l’Open d’Australie

Le 19 janvier 1989, Mats Wilander, qui avait gagné trois tournois du Grand Chelem en 1988, entame sa première saison en tant que n°1 mondial en se faisant éliminer au deuxième tour de l’Open d’Australie.

Ce qu’il s’est passé ce jour-là et pourquoi c’est historique : Wilander quitte prématurément l’Open d’Australie

Ce jour-là, le 19 janvier 1989, Mats Wilander, qui avait gagné trois tournois du Grand Chelem en 1988, entame sa première saison en tant que n°1 mondial en se faisant éliminer au deuxième tour de l’Open d’Australie par l’Indien Ramesh Krishnan (6-3, 6-2, 7-6). Le Suédois, déjà en délicatesse avec sa motivation à la fin de sa plus grande saison, admet ensuite qu’il ressent une énorme pression depuis qu’il occupe la première place mondiale. Cette défaite précoce contre Krishnan marque le début du déclin de Wilander, qui ne disputera plus jamais une finale de Grand Chelem avant la fin de sa carrière.

Les acteurs

Mats Wilander, numéro un mondial

Mats Wilander, né en 1964, a connu le succès à un très jeune âge. En 1982, à l’âge de dix-sept ans et neuf mois, il devient en effet le plus jeune vainqueur de Grand Chelem de l’histoire, en battant en finale Guillermo Vilas, véritable légende sur terre battue (1-6, 7-6, 6-0, 6-4). Il se rend également célèbre après avoir fait preuve d’un rare fair-play plus tôt dans le tournoi : en demi-finale, contre José-Luis Clerc, il inverse, sur balle de match, une annonce qui le propulsait en finale, et ce alors que l’arbitre a déjà annoncé « jeu, set et match ». En quarts de finale de la Coupe Davis 1982, il dispute également le match le plus long de l’ère open, vaincu en six heures et vingt-deux minutes par John McEnroe (9-7 6-2 15-17 3-6 8-6). Battu en finale de Roland-Garros 1983 par Yannick Noah (6-2, 7-5, 7-6), il remporte un deuxième titre du Grand Chelem quelques mois plus tard, en s’imposant face à Ivan Lendl sur le gazon australien (6-1, 6-4, 6-4) à la surprise générale, lui qui semblait être un expert de la terre battue. En 1984, il parvient à défendre son titre à Melbourne (aux dépens de Kevin Curren, 6-7, 6-4, 7-6, 6-2), et en 1985, il ajoute un deuxième Roland-Garros à son palmarès (en battant en finale Lendl, 3-6, 6-4, 6-2, 6-2). Wilander mène également la Suède à son premier succès en Coupe Davis, en 1984, un exploit réédité en 1985 et 1987. 1988 est sa plus grande saison : après avoir réussi le Petit Chelem (qui consiste à remporter trois tournois majeurs la même année), il devient n°1 mondial le 12 septembre. Il détient à présent sept titres du Grand Chelem, et le seul qui lui échappe encore est Wimbledon, où il n’a encore jamais dépassé les quarts de finale.

Ramesh Krishnan, la star indienne

Ramesh Krishnan, né en 1961, est l’un des meilleurs joueurs indiens de tous les temps. Il remporte le premier de ses sept titres à Manille, en 1981, aux dépens d’Ivan Dupasquier (6-4, 6-4). Cette même année, à l’US Open, il se hisse pour la première fois en quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem (battu par John McEnroe, 6-7, 7-6, 6-4, 6-2). Au cours des années suivantes, il égalera cette performance à deux reprises : à Wimbledon, en 1986 (éliminé par Slobodan Zivojinovic, 6-2, 7-6, 4-6, 6-3) et à l’US Open 1987 (battu par Stefan Edberg, 6-2, 6-2, 6-2). Il atteint son meilleur classement, 23e mondial, en 1985, mais c’est en 1986 qu’il gagne son plus gros tournoi, à Hong-Kong, en battant en finale le futur vainqueur de Roland-Garros Andres Gomez (7-6, 6-0, 7-5). En 1987, à la surprise générale, il mène l’Inde en finale de la Coupe Davis, où son équipe est logiquement battue par la Suède. Il démarre 1989 de la meilleure des manières en remportant le tournoi d’Auckland, en dominant Amos Mansdorf en finale (6-4, 6-0). 

Le lieu : Melbourne

Contrairement aux autres tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie (d’abord appelé Championnat d’Australasie puis Championnat d’Australie) a changé plusieurs fois de lieu au fil des ans. L’épreuve changeait même de ville chaque année avant de s’installer à Melbourne en 1972, et pas moins de cinq villes australiennes l’ont accueillie à au moins trois reprises : Melbourne, Sydney, Adelaide, Brisbane et Perth. Ses dates ont été assez mouvantes également, entre début décembre et fin janvier, faisant de l’Open d’Australie parfois le premier, parfois le dernier Grand Chelem de la saison. Jusqu’en 1982, la plupart des meilleurs joueurs font l’impasse sur l’épreuve en raison de son éloignement et des prix insuffisants, mais à partir de la victoire de Mats Wilander, la dynamique change. Pour rendre le tournoi plus attractif, le comité du tournoi déploie d’énormes efforts qui mènent au déménagement de l’épreuve vers un nouveau site, Flinders Park (qui sera plus tard renommé Melbourne Park), à l’abandon du gazon pour des courts en dur, et à la construction du premier court central doté d’un toit rétractable. La dotation augmente également, et l’Open d’Australie est à présent l’égal des autres tournois majeurs. 

L’histoire : Après avoir atteint le firmament, Wilander a perdu sa motivation

À l’entame du deuxième tour de l’Open d’Australie opposant le tenant du titre Mats Wilander à Ramesh Krishnan, dire que le Suédois est favori est un euphémisme. Le Suédois, triple vainqueur de l’épreuve, est le n°1 mondial incontesté, après avoir remporté trois des quatre tournois du Grand Chelem en 1988. Même s’il a paru court de motivation à la fin de l’année, subissant une étonnante défaite en finale de la Coupe Davis contre Carl-Uwe Steeb (précipitant ainsi la défaite de la Suède contre l’Allemagne), il a eu quelques semaines de repos et son adversaire n’est que 51e mondial. De plus, le Suédois a largement dominé Krishnan lors de leur dernier affrontement, en finale de la Coupe Davis 1987 (6-4, 6-1, 6-3).

Cependant, au premier tour, Wilander a dû batailler cinq sets pour se défaire du modeste Tobias Svantesson ((6-3, 2-6, 7-5, 5-7, 6-3). Krishnan, qui a déjà causé quelques surprises au cours de sa carrière mais n’a encore jamais battu un n°1 mondial, prend sa chance et prend rapidement le contrôle de la partie contre un Wilander méconnaissable. Bientôt, l’Indien se détache 6-3, 6-2, et, malgré le changement tactique de son adversaire qui se met soudain à monter au filet, il se procure une balle de match à 5-3 au troisième set. Le n°1 mondial l’écarte et, évitant ainsi un score très sévère, parvient à pousser Krishnan au tie-break après avoir sauvé encore deux balles de match à 5-4. Cela ne suffit pas à ébranler la confiance de Krishnan, et quelques minutes plus tard, l’Indien, en claquant une dernière volée gagnante, secoue le monde du tennis en évinçant Wilander l’Open d’Australie (6-3, 6-2, 7-6).

« C’est ma plus grande victoire, aucun doute là-dessus », déclare Krishnan, d’après le Los Angeles Times. « Il n’a pas bien joué récemment et il n’est clairement pas en grande forme. »

« J’ai joué très court et contre Ramesh, ça ne pardonne pas, » explique Wilander, selon le New York Times « Mentalement, je n’y étais pas. Il n’a jamais diminué d’intensité et n’a pas fait de fautes. (…) J’ai eu du mal à trouver de la motivation depuis l’US Open. C’était tellement important pour moi. Peut-être que je suis touché par le fait d’être devenu n°1, parce qu’arrivé là, vous ne pouvez que redescendre. »

Wilander ajoute enfin qu’il ne prenait pas de plaisir à jouer au tennis et qu’il envisageait de faire une pause.

La postérité du moment

Ramesh Krishnan sera éliminé au tour suivant par Leonardo Lavalle, 74e joueur mondial (7-5, 6-4, 3-6, 6-3). L’Indien remportera un huitième et dernier titre à Schenectady, en 1990, avant de prendre sa retraite en 1993.

Cette surprenante défaite, combinée à celle contre Steeb, apparaîtra par la suite comme le premier signe du déclin de Wilander. Il ne disputera plus la moindre finale de Grand Chelem, et, à la fin 1989, il sortira du top 10 pour toujours. En 2020, il expliquera, pour atptour.com :

“Je pensais être le meilleur joueur au monde pendant la saison 1988, mais lorsque j’ai vraiment atteint le sommet du classement, j’ai vraiment connu quatre mois difficiles…je suppose que j’étais juste très mauvais pour gérer cette pression. « 

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