1er mai 1981 : Le jour où Billie Jean King a déclaré son homosexualité

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 1er mai, c’est la date anniversaire du coming-out quelque peu forcé de Billie Jean King, devenue ainsi la première sportive de renommée internationale à déclarer publiquement son homosexualité.

Billie Jean King - On this day

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi cela a marqué l’histoire du tennis

Le 1er mai 1981, poussée par les événements – son ancienne secrétaire Marilyn Barnett lui réclame une pension alimentaire au nom d’une relation amoureuse qu’elles auraient entretenue pendant plusieurs années -, la joueuse Billie Jean King, ancienne numéro 1 mondiale et victorieuse de 12 titres du Grand Chelem, devient la première sportive de l’histoire à reconnaître publiquement son homosexualité.

Les personnages : Billie Jean King et Marilyn Bennett

  • Billie Jean King, légende en activité du tennis féminin

Billie Jean King, née en 1943, est considérée comme l’une de plus grandes joueuses de tennis de tous les temps, à la fois grâce à son exceptionnel palmarès, mais aussi par le rôle qu’elle a joué dans le développement et la reconnaissance du tennis féminin. Elle totalise notamment 12 titres du Grand Chelem en simple entre 1966 et 1974, ainsi que 27 en double, et elle est à l’origine de la création de la Women’s Tennis Association (WTA), le premier syndicat représentant l’intérêt des joueuses de tennis professionnelles.

Elle a aussi joué un rôle important dans le lancement du premier circuit féminin sponsorisé par la marque de cigarettes Virginia Slims. Première joueuse de l’histoire à avoir gagné plus de 100 000$ en une saison en 1971, elle est également entrée dans les annales en affrontant et en battant le joueur Bobby Riggs en 1973 au cours d’un match extrêmement médiatisé connu comme la  « Bataille des Sexes ».

En 1981, elle est âgée de 38 ans et, si elle est encore une joueuse de premier plan en double, elle n’est plus vraiment l’une des meilleures mondiales en simple : elle n’a plus disputé une finale de Grand Chelem depuis 1975. Elle est en revanche toujours présidente de la WTA.

Sur le plan personnel, elle est mariée depuis 1965 à Larry King, un joueur de tennis de niveau universitaire qu’elle a rencontré à la bibliothèque en 1963. C’est lui qui a l’idée, en 1971, de créer un circuit professionnel féminin et qui négocie le soutien du fabricant de cigarettes Philip Morris.

  • Marilyn Bennett, l’ancienne secrétaire et intime

Marilyn Barnett, née en 1948 et coiffeuse de métier, était l’assistante personnelle de Billie Jean King dans les années 1970, à la fois secrétaire, manager et confidente. Selon ses termes, rapportés par le New York Times du 30 avril 1981, elle faisait aussi pour Mme King « la cuisine, le ménage, et tout ce qu’il fallait pour permettre à Billie Jean de se concentrer à 100% sur le tennis ».

Les deux femmes, sait-on depuis ce coming-out de 1981, ont également entretenu une relation amoureuse de 1972 à 1979. En 1979, Marilyn Barnett devient paraplégique suite à une chute depuis le balcon de la maison de Malibu où elle habite, et qui appartient aux époux King.

Les lieux : Malibu, Orlando, puis Los Angeles

Les faits dont nous parlons se sont déroulés à plusieurs endroits différents. Tout d’abord à Malibu, en Californie, d’où Marilyn Barnett a décidé d’entamer une action en justice à l’encontre de Billie Jean King. Ensuite à Orlando, en Floride, où King dispute un tournoi lorsqu’elle apprend la nouvelle. Et enfin, à Los Angeles, où la championne de tennis tient la conférence de presse qui va changer le cours de sa vie.

L’histoire : contre l’avis de ses avocats, Billie Jean King révèle son homosexualité

A la fin du mois d’avril 1981, Marilyn Barnett, après avoir menacé de dévoiler leur correspondance intime, décide d’intenter un procès à la championne de tennis Billie Jean King, dont elle fut l’assistante personnelle et avec qui elle affirme avoir entretenu une relation amoureuse à partir de 1972. D’après Barnett, leur idylle s’est prolongée jusqu’en 1979 et Billie Jean lui avait promis de subvenir à ses besoins, notamment en lui faisant don de la maison de Malibu où elles auraient vécu un temps ensemble. L’ancienne coiffeuse s’appuie sur une jurisprudence californienne selon laquelle une femme pouvait, dans certains cas,  revendiquer la communauté des biens dans le cadre d’une relation hors-mariage avec un homme. Les avocats de Barnett pensent que la jurisprudence peut aussi s’appliquer pour une relation homosexuelle et réclament notamment à Billie Jean King la moitié de ses gains sur les sept années concernées.

King se trouve à Orlando, où elle participe à un tournoi, lorsque la nouvelle lui parvient. Dans un premier temps, ses avocats publient un communiqué niant les faits, la décrivant comme « choquée et déçue » de ces affirmations. Très rapidement, ils lancent également une procédure parallèle pour faire expulser Marilyn Barnett de la maison de Malibu où elle vit toujours. Dans un entretien au New York Times du 29 juin 2014, Billie Jean King affirme que ses avocats ont lancé ces dénégations avant même de lui avoir demandé son avis. 

Mais la sextuple vainqueur de Wimbledon prend les choses en main. Pendant quarante-huit heures, ses avocats tentent de l’en dissuader, mais rien n’y fait : Billie Jean King a décidé d’admettre l’existence de sa relation avec Marilyn Barnett. Dans la biographie « Billie Jean by Billie Jean », en collaboration avec Franck Deford , voici ce qu’explique la principale intéressée :

« J’étais persuadée que les choses ne se tasseraient pas d’elles-mêmes. Cela continuerait à nous perturber, et à chaque fois que les gens commenceraient à oublier, on pourrait être certains que Marilyn et son avocat feraient le nécessaire pour ramener ça sur le devant de la scène. »

En 2017, Billie-Jean King confiait à NBC News :

« J’ai dit, “Je vais le faire. C’est important pour moi de dire la vérité”. C’est ce que ma mère me répétait tout le temps : sois fidèle à toi-même. »

L’Américaine convoque donc la presse à Los Angeles le 1er mai 1981. La salle est comble et la conférence de presse sera diffusée plusieurs fois dans la journée sur CNN. Elle se présente avec à ses côtés son avocat Dennis Wasser, ses parents Bill et Betty Moffitt, et son mari Larry King. Celui-ci se charge de l’introduction en insistant sur le fait que Billie-Jean a tenu elle-même à s’exprimer publiquement. Elle se campe alors face aux journalistes et leur dit, à la surprise générale (propos relatés par le Washington Post du 2 mai 1981) : 

« Je tenais vraiment à ceci. J’ai toujours été honnête avec la presse et je vais vous parler avec sincérité, comme je l’ai toujours fait. J’ai toujours pensé qu’il était important que chacun puisse conserver sa vie privée, mais quelqu’un dans ma vie ne pense pas que cela soit tellement sacré. J’ai bien eu une relation intime avec Marilyn. Mais c’est terminé depuis un certain temps déjà. Je suis très choquée et déçue qu’elle ait fait ça, non seulement à elle-même, d’une façon très destructrice, mais aussi à d’autres personnes qui prenaient soin d’elle. » 

La championne qualifie cette relation extra-conjugale « d’erreur », tout en assumant « l’entière responsabilité ». Toujours selon le même journal, elle affirme aussi avoir décidé de cette annonce contre l’avis de son avocat, par souci d’honnêteté. « J’espère que le public fera preuve de compassion et de compréhension », ajoute-t-elle. Enfin, Billie Jean King nie avoir promis la maison de Malibu ou une quelconque assistance financière à Marilyn Barnett.

En une vingtaine de minutes, la conférence de presse est achevée et une nouvelle page de l’histoire du sport est écrite. Billie Jean King est devenue la première sportive de renommée internationale à s’être publiquement déclarée homosexuelle. Dans l’Amérique conservatrice des années Reagan, c’est un risque énorme.

La postérité de ce moment : BJK lâchée par ses sponsors mais soutenue par les joueuses, Barnett déboutée

L’annonce de Billie Jean King provoque bien des remous et les jours suivants ne seront pas de tout repos pour la joueuse. Contrairement à ce que craignait l’avocat de la joueuse, les réactions dans la presse sont plutôt positives. Les médias rendent grâce à son honnêteté et à son courage.

Elle reçoit un soutien assez marqué de ses collègues joueuses de tennis. Alors qu’elle avait proposé de quitter son poste à la WTA, elle est au contraire priée de rester. Interrogée par le Washington Post le 3 mai, Pam Shriver, qui participait aussi au tournoi d’Orlando, déclare :

« Je pense qu’aucune joueuse ne perdra le respect dû à Billie Jean, étant donné ce qu’elle a accompli pour le tennis. Ces quinze dernières années, elle a pratiquement fait le tennis féminin à elle seule. Je pense en revanche que ça aura un impact sur ses sponsors. »

Shriver ne croyait pas si bien dire. Comme elle le raconte ici, Billie-Jean King perd tous ses sponsors, soit près de deux millions de dollars, dans les vingt-quatre heures suivant son annonce :

En décembre 1981, Marilyn Barnett sera déboutée par la justice californienne, le juge estimant qu’il n’y avait pas assez de preuves que Billie Jean King lui ait promis la maison de Malibu, et que la méthode employée par la plaignante relevait quasiment d’une tentative d’extorsion. Elle décèdera en 1997, à l’âge de 49 ans.

Malgré la tourmente, son mari la soutient et s’ils finissent par divorcer, ce ne sera qu’en 1987, quand l’Américaine tombera amoureuse d’Iliana Kloss, sa partenaire de double. Billie Jean et Larry resteront en bons termes. Elle sera même la marraine du garçon qu’il aura d’un nouveau mariage.

Quelques mois plus tard, en juillet 1981, ce sera au tour de Martina Navratilova d’être poussée à faire son coming-out dans des circonstances particulières : un reporter du Daily News publie une interview qu’elle lui avait demandé de garder confidentielle.

Au fil des ans, il deviendra moins rare pour des sportives d’afficher publiquement leur homosexualité, bien que cela ne sera pas forcément toujours beaucoup plus simple, comme la Française Amélie Mauresmo l’apprendra lors de son coming-out à l’Open d’Australie 1999.

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