31 janvier 1993 : le jour où Courier a battu Edberg en finale de l’Open d’Australie pour la 2e fois

Le 31 janvier 1993, Jim Courier domine Stefan Edberg en finale de l’Open d’Australie pour la deuxième année consécutive (6-2, 6-1, 2-6, 7-5).

On this day 31.01.2021

Ce qu’il s’est passé : Un air de déjà-vu

Ce jour-là, le 31 janvier 1993, Jim Courier domine Stefan Edberg en finale de l’Open d’Australie pour la deuxième année consécutive (6-2, 6-1, 2-6, 7-5). Âgé de 22 ans, l’Américain est alors au sommet de sa domination, ayant remporté quatre tournois du Grand Chelem en moins de deux ans, depuis son succès à Roland-Garros en 1991. C’est le dernier tournoi majeur que remportera Courier, et c’est aussi la dernière finale de Grand Chelem jamais atteinte par Edberg, qui prendra sa retraite trois ans plus tard.

Les acteurs :

Né en 1970, Jim Courier est l’un des nombreux joueurs formés à l’académie de Nick Bollettieri dans les années 1980. Il développe un jeu atypique, avec des prises fermées et des préparations courtes semblables à celles d’un joueur de baseball, dont il porte d’ailleurs toujours la casquette. S’appuyant principalement sur son service et son coup droit de décalage, il est connu pour son ardeur au travail, son engagement et sa forme physique. Il est le dernier d’un « big four américain » qui fait forte impression sur le circuit : Andre Agassi est le premier à atteindre une demi-finale de Grand Chelem, à Roland-Garros, dès 1988 ; Michael Chang est le premier titré en Grand Chelem l’année suivante, lui aussi à Paris, rejoint par Pete Sampras qui s’impose à l’US Open en 1990. Bien que personne n’imagine alors Jim Courier en leader de cette génération, il se révèle à son tour en Grand Chelem en 1991, en s’imposant à Roland-Garros face à Andre Agassi (3-6, 6-4, 2-6, 6-1, 6-4). C’est le début de sa domination. Après une lourde défaite face à Stefan Edberg en finale de l’US Open 1991 (6-2, 6-4, 6-0), il prend sa revanche sur le Suédois en finale de l’Open d’Australie 1992, 6-3, 3-6, 6-4, 6-2), et il lui dérobe la première place dès le mois de février. Quelques mois plus tard, il confirme son emprise sur le circuit en battant Petr Korda pour conserver son titre à Roland-Garros (7-5, 6-2, 6-1), et, bien que sa deuxième partie de saison ne soit pas aussi brillante, il termine 1992 en tant que n°1 mondial.

Stefan Edberg est né en 1966. Déjà très fort chez les juniors où il a réalisé le Grand Chelem en 1983, il a pourtant failli arrêter le tennis la même année, à 17 ans, après que l’un de ses services a accidentellement tué un juge de ligne à New-York. Il n’a probablement jamais regretté d’avoir continué. Dès 1985, quelques mois après la révélation de Boris Becker à Wimbledon, Stefan Edberg s’adjuge son premier Grand Chelem, lui aussi sur gazon, à l’Open d’Australie, venant à bout de son compatriote Mats Wilander en finale (6-4, 6-3, 6-3). Le tournoi, dont les dates s’apprêtent à changer, n’a pas lieu en 1986 et Edberg parvient à conserver son titre en 1987 aux dépens du favori local Pat Cash (6-3, 6-4, 3-6, 5-7, 6-3). En 1988, il remporte Wimbledon en battant Boris Becker (4-6, 7-6, 6-4, 6-2) à l’issue d’une finale qui marquera le début de l’une des rivalités les plus populaires du tennis. En 1989, Stefan Edberg perd confiance après avoir perdu deux finales majeures à la suite : la première à Roland-Garros, où il est battu par Michael Chang (6-1, 3-6, 4-6, 6-4, 6-2) à l’issue d’un crève-cœur où il manque 10 balles de break au quatrième set, et la deuxième à Wimbledon, où son rival Boris Becker prend une revanche brutale sur la finale de l’an passé (6-0, 7-6, 6-4). En 1990, en finale de l’Open d’Australie, touché aux abdominaux, il est contraint à l’abandon au deuxième set de son match contre Ivan Lendl. Après une nouvelle déception à Roland-Garros où il est éliminé d’entrée, il redevient le maître des lieux à Wimbledon, prenant le dessus sur Becker lors de leur troisième finale consécutive au All England Club (6-2, 6-2, 3-6, 3-6, 6-4), et quelques semaines plus tard, il devient numéro 1 mondial pour la première fois. En 1991, à la lutte avec Becker pour la première place mondiale, il s’impose pour la première fois à l’US Open, réalisant un chef d’œuvre en finale pour écraser Jim Courier, 6-2, 6-4, 6-0. L’Américain prend sa revanche à l’Open d’Australie et devient le nouveau concurrent d’Edberg pour siéger au sommet du classement. Le Suédois s’adjuge un sixième titre du Grand Chelem à l’US Open 1992, après avoir remporté le match le plus long de l’histoire du tournoi (face à Michael Chang, en demi-finale) et battu Pete Sampras en finale (3-6, 6-4, 7-6, 6-2). Au début de la saison 1993, il est n°2 mondial et talonne Courier.

Le lieu : La Rod Laver Arena

Contrairement aux autres tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie (d’abord appelé Championnat d’Australasie puis Championnat d’Australie) a changé plusieurs fois de lieu au fil des ans. L’épreuve changeait même de ville chaque année avant de s’installer à Melbourne en 1972, et pas moins de cinq villes australiennes l’ont accueillie à au moins trois reprises : Melbourne, Sydney, Adelaïde, Brisbane et Perth. Ses dates ont été assez mouvantes également, entre début décembre et fin janvier, faisant de l’Open d’Australie parfois le premier, parfois le dernier Grand Chelem de la saison. Jusqu’en 1982, la plupart des meilleurs joueurs font l’impasse sur l’épreuve en raison de son éloignement et des prix insuffisants, mais à partir de la victoire de Mats Wilander, la dynamique change. Pour rendre le tournoi plus attractif, le comité du tournoi déploie d’énormes efforts qui mènent au déménagement de l’épreuve vers un nouveau site, Flinders Park (qui sera plus tard renommé Melbourne Park), à l’abandon du gazon pour des courts en dur, et à la construction du premier court central doté d’un toit rétractable. La dotation augmente également, et depuis que le tournoi s’est établi à Flinders Park, tous les vainqueurs du tournoi ont un jour occupé la première place mondiale.

L’histoire :

À l’Open d’Australie 1993, les deux premières têtes de série, Jim Courier et Stefan Edberg, qui se disputent la première place mondiale depuis près d’un an, atteignent tous deux la finale sans grande difficulté. Lors des demi-finales, même des joueurs tels que Pete Sampras (éliminé par le Suédois, 7-6, 6-3, 7-6) et Michael Stich (battu par Courier, 7-6, 6-4, 6-2), ne parviennent pas vraiment à inquiéter le duo de tête du tennis mondial.

Dans leur rivalité en finale de Grands Chelems, Edberg avait frappé le premier, en finale de l’US Open 1991, lorsqu’il avait littéralement balayé Courier, 6-2, 6-4, 6-0, mais l’Américain avait pris sa revanche quelques mois plus tard à l’Open d’Australie. Tout au long de la saison 1992, ils se sont échangé la première place mondiale à cinq reprises, et c’est Courier qui a fini par terminer l’année au sommet grâce à ses deux victoires en Grand Chelem. Leurs rencontres sont toujours prometteuses en raison de l’opposition de style, avec d’une part Edberg et son traditionnel service-volée, et d’autre part Courier qui cogne du fond de court avec une technique très personnelle.

Le 31 janvier 1993, lorsque les deux meilleurs joueurs au monde s’affrontent en finale de l’Open d’Australie, la chaleur est étouffante, même pour Melbourne, avec des températures au ras du sol frisant les 65°. C’est peut-être cela qui, combine avec des douleurs dorsales, précipite la chute d’Edberg. Son service, beaucoup plus faible que d’habitude, ne lui permet pas de prendre le filet dans de bonnes conditions, surtout contre un joueur aussi puissant que Courier. L’Américain empoche rapidement les deux premières manches, 6-2, 6-1. Au troisième set, le Suédois parvient enfin à servir un peu plus fort, ce qui lui permet de tenir tête à son adversaire et de l’emmener dans un quatrième set très serré. Cependant, Courier prend le service d’Edberg à 5-5, et le Suédois a beau écarter deux balles de match avec courage (dont une grâce à une superbe volée de coup droit), il conclut le match au jeu suivant.

« Je suis content de lui avoir opposé une vraie résistance », déclare ensuite Edberg, d’après le New York Times, mais il se plaint aussi de la terrible chaleur. « À un moment, vous croyez que vous allez mourir. Puis vous vous sentez mieux, ça va un moment, mais ensuite cela vous frappe de nouveau. C’est brutal. »

« Celui qui est à présent le double tenant du titre confirme que cette météo ne facilite pas la vie. « Il a dit qu’il s’était demandé ce qu’il faisait là, mené deux sets à zéro, et bien j’ajouterai que je me demandais ce que je faisais là, alors que j’avais deux sets d’avance », affirme Courier. “Il faisait vraiment chaud.”

En 1992, Courier avait sauté dans la Yarra River à l’issue de son premier triomphe à Flinders Park, sans savoir à quel point le cours d’eau était pollué, et il avait été malade pendant une semaine après avoir avalé de l’eau durant sa baignade. En 1993, il plonge à nouveau, cette fois avec plus de précaution : « Cette année, au moins, je savais que c’ était la 18e rivière la plus polluée au monde » », dit-il.

La postérité du moment :

Dans les mois qui suivront Courier sera battu deux fois de suite en finale de Grand Chelem : après avoir perdu contre Sergi Bruguera dans une finale très serrée à Roland-Garros (6-4, 2-6, 6-2, 3-6, 6-3), il sera battu par Pete Sampras en finale de Wimbledon (7-6, 7-6, 3-6, 6-3). Bien qu’il vienne de devenir, à 22 ans, le plus jeune joueur de l’histoire du tennis à avoir disputé la finale de tous les tournois du Grand Chelem, ce sera le début de son déclin. En 1994, malgré quelques bons résultats, dont une demi-finale à Roland-Garros (battu à nouveau par Bruguera), sa motivation atteindra son point le plus bas pendant l’été, et il envisagera de quitter le circuit pendant un certain temps. Au cours des cinq dernières années de sa carrière, il ne remportera que cinq de ses vingt-trois titres. En 2000, son classement étant tombé à la 67e place, et sa motivation au plus bas, il quittera le tennis professionnel.

Edberg atteindra les demi-finales d’un tournoi du Grand Chelem pour la dernière fois lors de l’Open d’Australie 1994 (battu par Todd Martin, 3-6, 7-6, 7-6, 7-6). Malgré ce bon départ, l’année 1994 verra Edberg décliner, surtout après son étonnante défaite au deuxième tour de Wimbledon (face à  Kenneth Carlsen, 6-7, 6-7, 6-2, 6-4, 6-4). Pour la première fois en dix ans, le Suédois terminera l’année dans le top 5 (n°7 mondial). Les choses iront de mal en pis en 1995, et Edberg annoncera sa retraite à la fin de 1996.

 

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