31 mai 2009 : Le jour où Nadal a subi sa première défaite à Roland-Garros

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 31 mai 2009, Rafael Nadal s’incline pour la première fois de sa vie à Roland-Garros, en huitièmes de finale, face à Robin Soderling.

31 mai 2021
On this day - Nadal Soderling

Ce qu’il s’est passé ce jour-là et pourquoi cela a marqué l’histoire du tennis

Le 31 mai 2009, l’impensable se produit : Rafael Nadal est défait pour la première fois de sa vie à Roland-Garros, en huitièmes de finale, par Robin Söderling, qu’il avait démoli quelques semaines plus tôt à Rome, 6-1 6-0. C’est l’un des plus gros tremblements de terre de l’histoire du tournoi. Nadal avait triomphé Porte d’Auteuil quatre fois d’affilée, de 2005 à 2008, et y restait sur 31 victoires consécutives. La défaite de Rafa ouvrait grand la porte à Roger Federer qui tenait enfin l’occasion de remporter le tournoi.

Les acteurs

  • Rafael Nadal, le Roi de la terre battue

Rafael Nadal n’a que 22 ans, mais son palmarès lui assure déjà une place de choix dans l’histoire du tennis. Il est à ce jour invaincu à Roland-Garros : depuis sa première apparition, en 2005, il s’est imposé à chacune de ses quatre participations. Personne n’a même réussi à le pousser à y disputer un cinquième set. De plus, alors qu’il semblait déjà imbattable sur terre, lui qui n’a perdu que deux matches depuis sa défaite contre Igor Andreev à Valence en 2005, il a fait évoluer son jeu pour remporter trois des quatre derniers Grands Chelems sur trois surfaces différentes. Il est devenu premier mondial le 18 août 2008, et personne ne semble en mesure d’empêcher sa domination, alors qu’il a déjà accumulé cinq titres en 2009, parmi lesquels l’Open d’Australien mais aussi trois Masters 1000 (Indian Wells, Monte-Carlo, Rome). Il semble parti pour s’adjuger sans problème un cinquième titre consécutif à Roland-Garros.

Le Suédois Robin Soderling est né en 1984. Il a remporté son premier tournoi à Lyon, à l’âge de 20 ans et, avec son puissant service et son coup droit de tueur, on l’avait imaginé atteindre rapidement le top 10. Souvent trahi par ses émotions, ses résultats sur le circuit n’ont pas été à la hauteur de ces attentes. Lorsque débute Roland-Garros 2009, trois mois avant son 25e anniversaire, Soderling est 25e mondial et n’a gagné que trois tournois sur le circuit, Lyon étant le plus important, et n’a encore jamais atteint les huitièmes de finale en Grand Chelem.

Robin Söderling at Roland-Garros in 2009
Robin Söderling at Roland-Garros in 2009 © Ledoyen Benoit / Panoramic

Le lieu : Roland-Garros

Cette histoire se déroule à Roland-Garros. Le stade, situé dans l’ouest parisien, à la lisière du bois de Boulogne, accueille les Internationaux de France depuis 1928. Ce fut le premier et désormais le seul tournoi du Grand Chelem sur terre battue, la surface la plus lente, ce qui en fait le tournoi le plus difficile à gagner sur le plan physique.

Robin Söderling a gagné ses trois titres en indoor et la terre battue n’est pas supposée être sa meilleure surface, comme le montre son passé à Roland-Garros : en cinq participations, il n’a jamais atteint les huitièmes de finale et s’est incliné d’entrée à trois reprises.

Rafael Nadal a bien sûr une toute autre histoire à Roland-Garros. D’ailleurs, avec ses quatre titres, il fait même déjà partie de l’histoire de Roland-Garros. En 2009, une partie du public français commence à trouver que sa domination est en train de tuer le tournoi, aucun adversaire n’ayant pour l’instant été à sa mesure.

L’histoire : L’exploit de Söderling contre un Nadal avec qui il y avait un passif

Programmée sur le court Philippe Chatrier le dimanche 31 mai 2009, la rencontre entre Rafael Nadal et Robin Soderling n’a rien d’une grande affiche. Le Taureau de Manacor est le favori du tournoi, le Roi de la Terre Battue, invaincu à Roland-Garros, tandis que son adversaire, classé 25e mondial, n’a pas la réputation d’un grand joueur de terre battue. La seule chose qui pourrait mettre un peu de piment à ce match, c’est que les deux joueurs ont une petite histoire personnelle. Même si Söderling n’a jamais battu l’Espagnol, il l’avait poussé à disputer cinq sets au troisième tour de Wimbledon 2007. Pendant ce match intense, le Suédois s’était fait remarquer en imitant, pour le provoquer, la façon dont Nadal remettait toujours en place son caleçon. Le gaucher n’avait pas apprécié la plaisanterie, et après que Nadal avait finalement réussi à s’en sortir (6-4, 6-4, 6-7, 4-6, 7-5), Söderling lui avait serré la main plus que froidement.

En 2009, à Rome, lors d’un match facilement gagné par Nadal, Soderling avait preuve d’un fair-play douteux en montant volontairement une fausse marque à l’arbitre. S’il y a un joueur contre qui Nadal n’a certainement pas envie de perdre, c’est bien Robin Soderling. 

Pourtant, dès le début, le grand Suédois montre tout de suite qu’il n’est pas là pour se faire détruire de la même façon qu’à Rome. Il envoie de véritables bombes au service, et son coup droit à plat semble aujourd’hui infaillible. Nadal, de son côté, joue trop court pour empêcher son adversaire de diriger les échanges, et sa défense n’est pas aussi performante que d’habitude. A la surprise générale, Soderling boucle un premier set parfait (6-2).

Nadal, même s’il n’est pas clairement pas dans un bon jour, reste un adversaire coriace. Dès que Söderling baisse un tout petit peu, sa tâche devient tout de suite beaucoup plus compliquée. Quelques fautes directes plus tard, le quadruple vainqueur du tournoi empoche la deuxième manche (7-6). Les choses reviennent à la normale, se dit le public. Nadal va écraser son adversaire dans les deux sets suivants, selon le scénario habituel. 

Mais Söderling n’est pas un adversaire comme les autres ce jour-là. Jouant dans la zone, il continue à balancer d’énormes coups droits aux quatre coins du court, à servir le feu, à avancer pour punir Nadal à chaque balle courte. Le troisième set est pour lui (6-4). Le monde du tennis a les yeux rivés sur le match : personne n’avait encore réussi à gagner deux sets contre Nadal à Roland-Garros. A présent, tout peut arriver.

Cette pression n’empêche pas Söderling de prendre sa chance. Il sait que sa seule chance de conserver son avance sur Nadal est de continuer à appliquer son plan de jeu offensif. Il ne peut pas permettre à l’Espagnol de prendre le jeu à son compte et de le balader. De l’autre côté du filet, le Roi de la Terre Battue ne trouve pas assez de longueur pour bloquer le Suédois sur son revers comme il l’avait prévu, et se trouve exposé à son énorme coup droit.

Alors que le quatrième set se prolonge, les spectateurs commencent à croire que Söderling peut vraiment infliger à Nadal la première défaite de sa vie à Roland-Garros. L’imprévisible public français, probablement excité par l’ampleur de la surprise, choisit de soutenir le Suédois. Alors que les joueurs se dirigent vers un tie-break, Nadal a maintenant plusieurs milliers d’adversaires. 

Comme toujours, Rafa donne tout ce qu’il a pour emmener Söderling au cinquième set. Ca ne suffira pas. Le Suédois est trop fort aujourd’hui. La planète tennis peut à peine croire ce qui se passe sous ses yeux : contre toute attente, Söderling vient de battre Nadal en huitièmes de finale de Roland-Garros.

La postérité du moment

Après le match, il s’avèrera que Nadal était au bout du rouleau mentalement. Il est miné depuis des mois par des problèmes familiaux, auxquels se sont ajoutés un début de saison 2009 particulièrement intense et un genou gauche douloureux. Il se retirera de Wimbledon, manquant ainsi l’honneur d’ouvrir le tournoi en tant que tenant du titre. Il ne remportera pas le moindre tournoi au cours de la deuxième moitié de saison, atteignant tout de même les demi-finales de l’US Open où Juan Martin del Potro le démolira (6-2, 6-2, 6-2). Ce n’est qu’avec le retour de la terre battue en 2010 qu’il redeviendra lui-même. Rafael Nadal remportera encore Roland-Garros à huit reprises, et détiendra le record hallucinant de douze titres. 

Robin Söderling profitera de sa dynamique pour continuer son chemin jusqu’en finale de Roland-Garros 2009, où il sera vaincu par Roger Federer (6-1, 7-6, 6-4). Ce même Federer l’éliminera aussi à Wimbledon et à l’US Open cette année-là. Mais en 2010, Söderling créera à nouveau l’événement à Paris, renversant le Suisse en quarts de finale (3-6, 6-3, 7-5, 6-4). Il se hissera à nouveau en finale, et cette fois c’est Rafael Nadal qui le dominera en trois sets secs (6-4, 6-2, 6-4).

Rafa Nadal, et surtout son oncle Toni, ne cacheront pas qu’ils n’ont pas apprécié la façon dont le public a encouragé Robin Soderling. Toni Nadal ira même jusqu’à qualifier les spectateurs français de « stupides ». Au fil des ans, ce sentiment s’estompera et Rafa recevra beaucoup plus de soutien du public parisien que lors de ses jeunes années.

Rafael Nadal ne subira qu’une seule autre défaite dans son tournoi fétiche, en quarts de finale de l’édition 2015, face à Novak Djokovic (7-5, 6-3, 6-1). Cela contribuera à rendre encore plus légendaire la victoire de Söderling, elle qui était déjà un tremblement de terre à l’époque. 

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