« Elle a toujours eu quelque chose de spécial » : Le phénomène Raducanu vu par ceux qui l’ont vue grandir

Emma Raducanu a créé une immense sensation en allant gagner l’US Open dès 2021. Mais les dirigeants de la Fédération britannique, bien conscients de tenir là une pépite qui pourrait bouleverser l’avenir de leur sport, ont toujours vu en elle quelque chose en plus.

21 septembre 2021
Emma Raducanu at the 2021 US Open

Quand Emma Raducanu reviendra sur les courts, probablement à Indian Wells en octobre, elle sera confrontée à une série de premières. La première fois qu’elle sera annoncée comme vainqueure de Grand Chelem, par exemple.

Mais ce sera aussi le commencement de ce que sera sa quotidien dorénavant : la vie sur le circuit, passer de la liberté d’être inconnue à la pression d’être la joueuse à battre, l’enchaînement des voyages et des hôtels. De nouvelles expériences qui demanderont du temps pour s’y acclimater.

La bonne nouvelle, c’est que Raducanu semble faite pour cela. Tous les choix faits jusqu’à maintenant, comme rester au bercail quand le circuit est reparti après le confinement ou finir ses études, suggèrent qu’elle se connait bien, sait ce qu’elle veut, comment l’obtenir et est prête à faire ce qu’il faut pour y parvenir.

Bates : « La vitesse à laquelle Raducanu s’est adaptée et améliorée est vraiment remarquable »

Iain Bates, responsable du tennis féminin à la LTA, la Fédération britannique, était à New York au sein du staff qui a accompagné Raducanu pour devenir la première joueuse issue des qualifications à remporter un titre du Grand Chelem. Il assure qu’elle impressionne ceux qui la côtoient depuis de longues années.

« Avec si peu de tennis pendant les périodes de confinement, en raison des obstacles liées au calendrier pour une joueuse classée autour de la 350e place, les difficultés à combiner les études avec une carrière professionnelle en devenir, les soucis pour voyager en pleine pandémie, la vitesse à laquelle elle s’est adaptée et améliorée est vraiment remarquable », nous a confié Bates.

Sur le court, Raducanu, né au Canada d’une mère chinoise et d’un père roumain, a déjà démontré qu’elle avait sa place parmi les meilleurs. Elle a subjugué tous ceux qui l’ont observée sur le terrain : excellente athlète, elle dispose d’un jeu ultra-solide qui la va particulière bien. Et tous ceux qui l’ont vue se comporter en dehors, de son passage par le MET Gala à la tournée des interviews aux Etats-Unis, sauront qu’elle semble née pour ça.

Après s’être mis d’accord avec ses parents pour finir ses études, Raducanu est arrivée à New York avec un A en économie et un A en maths. Intelligente, curieuse, vive et déterminée, elle a le cerveau pour aller avec ses qualités athlétiques et le jour où elle rangera la raquette, il y a de vraies chances qu’elle réussira peu importe domaine qu’elle choisira pour son après-carrière.

Pour je ne sais quelle raison, elle a simplement cette mentalité qui lui permet de tout encaisser

Iain Bates, directeur du tennis féminin à la LTA

La force de caractère de Raducanu sous pression aura été la clé de sa réussite à New York. A 18 ans, elle a eu la présence d’esprit d’éloigner son téléphone et Bates assure qu’elle s’est aussi bien comportée en dehors du court que sur le terrain.

« Ce qui m’a marqué lors des trois semaines que nous avons passées à New York, c’est que tout était identique chaque jour. Vous l’entendez parler de contrôler ce qu’elle pouvait à chaque fois qu’elle entrait sur le court, vous vous attendez à ce qu’un sportif dise ça, mais c’était la vérité. Quand nous parlions, que ce soit avant la finale ou après la demi-finale, c’était comme si elle jouait le premier tour des qualifications ou n’importe quel tournoi, n’importe où sur la planète. »

« Je ne sais pas si c’est parce qu’elle n’était pas chez elle, ce qui lui permettait de rester dans sa bulle, mais elle gérait tout. Pour je ne sais quelle raison, elle a simplement cette mentalité qui lui permet de tout encaisser, ce qui est génial. »

Raducanu sera attendue à Wimbledon en 2022

Raducanu n’avait pas encore réalisé l’importance de son exploit à l’US Open qu’elle a fait une déclaration montrant bien où elle était pendant trois semaines : dans la zone.

« Je ne ressens absolument aucune pression. Je n’ai encore que 18 ans. Je ne fais que vivre pleinement tout ce qui vient à moi. C’est comme ça que j’ai vécu chaque match ici aux Etats-Unis. Ça m’a permis de soulever ce trophée, donc je ne pense pas devoir changer quoi que ce soit. »

Emma Raducanu
Emma Raducanu AI / Reuters / Panoramic

Bien évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire. Chacun va vouloir un peu de son temps et les attentes, en particulier quand elle se présentera à Wimbledon l’année prochaine, seront uniques par rapport à ce qu’elle a vécu jusqu’à maintenant. Tout ce qu’elle fera, de ses résultats à sa vie privée, va devenir une info. Sa façon de gérer cette situation et la protection de l’équipe autour d’elle seront primordiales pour les années à venir.

Les dirigeants du tennis britannique se savent chanceux, d’avoir dans leur giron une première représentante à gagner un Grand Chelem depuis 1977 et une jeune femme qui s’exprime bien, avec les pieds sur terre.

Scott Lloyd, président de la LTA depuis 2017, assure que Raducanu est la même au quotidien : « C’est phénoménal. Elle entre dans le National Tennis Centre, elle est tellement polie, elle a de belles valeurs, c’est à mettre au crédit de sa famille et des amis qui l’entourent. Et elle est tellement charmante, on peut s’identifier à elle. Non seulement son exploit est inspirant, mais elle garde les pieds sur terre. Sa détermination et sa présence d’esprit sont palpables. J’ai deux enfants, de 12 et 9 ans. La question qu’ils me posent depuis une semaine, c’est de savoir quand ils pourront rencontrer Emma. C’est incroyable et c’est une magnifique opportunité. »

Lloyd : « Tous ceux qui ont travaillé avec elle savent qu’elle a toujours eu quelque chose de spécial »

Raducanu a rapidement remercié la LTA dans son discours à l’US Open et ils sont nombreux à avoir joué un rôle dans son évolution, de jeune désireuse d’apprendre le jeu à vainqueure de Grand Chelem. De Matt James, l’homme qui s’est occupé du coaching la plupart du temps quand elle avait 16 et 17 ans, aux entraîneurs Alistair Filmer, Jane O’Donoghue and Nigel Sears, sans oublier Andrew Richardson, qui maintenant connu pour être le coach de Raducanu, et non plus le témoin de mariage de Tim Henman.

« Tous ceux qui ont travaillé avec elle savent qu’elle a toujours eu quelque chose de spécial, explique Lloyd. Mais ce soutien, avec son dévouement, sa concentration et son professionnalisme, ont permis à tout ça de se produire. »

Avec ses origines sino-roumaines, Raducanu a tout pour être une superstar mondiale. Après son titre à l’US Open, elle compte désormais deux millions de followers sur Instagram et a dépassé le demi-million sur Twitter. Sa finale contre Leylah Fernandez a été regardée par plus de 9 millions de téléspectateurs au Royaume-Uni. Félicitée par la Reine, Raducanu a déjà évoqué l’envie de vouloir encourager les jeunes à se mettre au tennis.

Par-dessus tout, le gouvernement chinois l’a applaudie, mettant en valeur son héritage, et elle parle mandarin, ce qui lui ouvre des portes, voire des marchés.

Le tennis britannique a une nouvelle star qui montre la voie, après Andy Murray, un autre personnage qui a joué un rôle central ces dernières années, opérant comme mentor dans le cadre d’un programme financé par Amazon. Si Raducanu peut avoir ne serait-ce que la moitié de la carrière de Murray, alors elle sera une star planétaire. Elle est déjà bien partie pour cela.

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