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25 mai 2004 : Le jour où Santoro et Clément ont écrit l’histoire à Roland-Garros

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 25 mai 2004, Fabrice Santoro et Arnaud Clément en terminent du match le plus long de l’histoire de Roland-Garros. Un marathon de près de 400 minutes.

On this day - Santoro-Clément 25/05 On this day – Santoro-Clément 25/05

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi ça a marqué l’histoire du tennis : Un marathon historique à Roland-Garros

Un 25 mai comme celui-là, en 2002, les Français Fabrice Santoro et Arnaud Clément terminent le match le plus long de l’histoire de Roland-Garros, un marathon de six heures et 33 minutes, joué sur deux jours. Santoro s’impose, après avoir sauvé deux balles de match, 6-4 6-3 6-7 3-6 16-14. Il prend par cette occasion une revanche personnelle par rapport à une controverse qui l’oppose à l’équipe de Coupe Davis.

Il s’agit, à l’époque, du match le plus long de tous les temps, dépassant de 11 minutes le record précédent établi en 1982 par John McEnroe et Mats Wilander, lors d’un match de Coupe Davis. La marque de Santoro et Clément a depuis été battue par John Isner et Nicolas Mahut, au premier tour de Wimbledon en 2011 (11 heures et 5 minutes, 6-4, 3-6, 6-7, 7-6, 70-68).

Les personnages : Fabrice Santoro et Arnaud Clément

  • Fabrice Santoro, le “Magicien”

Né en 1972, Fabrice Santoro est surnommé “le Magicien”, en raison de sa finesse tactique et de son toucher de balle. Il est connu pour son tennis atypique, lui qui frappe coup droit et revers à deux mains. Santoro monte beaucoup au filet et, lorsqu’il reste au fond de court, il utilise beaucoup le slice et les amorties, ne donnant aucun rythme à ses adversaires. Passé pro en 1989, il a remporté son premier tournoi à Lyon en 1997, en battant Tommy Haas en finale.

A ce jour, Santoro n’a jamais dépassé les huitièmes de finale en Grand Chelem, un stade qu’il a atteint à trois reprises, deux fois à Roland-Garros (1991, 2001) et une fois à l’Open d’Australie (1999). Il a participé à deux campagnes victorieuses en Coupe Davis, en 1991 puis en 1996. C’est un excellent joueur de double. Associé à Michaël Llodra, Santoro a gagné deux fois l’Open d’Australie, en 2003 et 2004.

Michaël Llodra and Fabrice Santoro, 2004 Australian Open doubles winners

En simple, il a atteint son meilleur classement, 18e mondial, en 2001. En 2004, à l’aube de Roland-Garros, il est 58e à l’ATP. Les semaines précédentes, il a disputé deux tournois Challenger, remportant le titre à Aix-en-Provence (aux dépens d’Arnaud Clément, 1-6 7-6 6-3) , avant de subir une étonnante défaite à Prague contre le 309e mondial Edgardo Massa (6-3 6-1). Fabrice Santoro a la particularité d’être la bête noire de Marat Safin, menant 7-2 dans leurs duels. Safin a même un jour déclaré :

“Tout le monde peut battre Santoro, sauf moi”.

  • Arnaud Clément, « la Clé »

Né en 1977, Arnaud Clément est passé pro en 1996. Entré dans le top 100 en 1998, il s’est révélé au grand public en 1999, au deuxième tour de Roland-Garros, lorsqu’il a poussé le futur vainqueur du tournoi Andre Agassi à disputer un cinquième set. Ses meilleures années ont été 2000 et 2001.

En 2000, après avoir atteint la demi-finale du Masters 1000 de Cincinnati en août (battu par Thomas Enqvist, 6-2 6-2), il domine Andre Agassi, alors numéro 1 mondial, au deuxième tour de l’US Open (6-3 6-2 6-4), avant de se hisser jusqu’en quarts de finale, où il est éliminé par Lleyton Hewitt (6-4 6-2 6-3).

Arnaud Clément, 2000 Lyon Open's winner

En novembre, il gagne son premier tournoi ATP à Lyon, prenant le meilleur sur Patrick Rafter (7-6 7-6), deux mois avant d’atteindre la finale de l’Open d’Australie 2001 à la surprise générale. Là, Andre Agassi prend la revanche de sa défaite new-yorkaise, 6-4 6-2 6-2. En avril de la même année, « la Clé » obtient son meilleur classement, 10e mondial. A peu près au même moment, lors du quart de finale de la Coupe Davis contre la Suisse, il remporte un marathon de cinq heures contre Marc Rosset (6-3 3-6 7-6 6-7 15-13), essentiel dans le parcours de son équipe vers la victoire finale.

Au cours des années suivantes, bien qu’il n’ait pas de résultats aussi marquants, il reste un joueur constant et pointe encore au 33e rang mondial à l’entame des Internationaux de France 2004.

Le lieu : Roland-Garros

L’histoire se déroule à Roland-Garros. Le stade, situé dans l’ouest parisien, à la lisière du bois de Boulogne, accueille les Internationaux de France depuis 1928. C’est le premier et désormais le seul Grand Chelem disputé sur terre battue, la surface la plus lente, ce qui en fait le tournoi le plus difficile sur le plan physique. Son court central, renommé Philippe-Chatrier (ancien président de la FFT) en 2001, dispose de 15 000 places.

Philippe-Chatrier court, Roland-Garros

C’est aussi là que se trouve le Centre National d’Entraînement, où s’entraînent les meilleurs joueurs professionnels et les espoirs français. Ainsi, les deux joueurs jouent pour ainsi dire à la maison. Fabrice Santoro a déjà participé à 14 éditions des Internationaux de France, tandis que Clément y effectue sa huitième apparition. D’ailleurs, ils ont tous deux fait partie de l’équipe de France qui a triomphé des Etats-Unis en 2002, lors de la demi-finale de Coupe Davis disputée à Roland-Garros.

L’histoire : Deux jours pour avoir un vainqueur

Un premier tour de Roland-Garros entre deux Français est toujours un peu particulier. Ce match entre Fabrice Santoro et Arnaud Clément l’est encore un peu plus : plus tôt dans la saison, une controverse a opposé Santoro au reste de l’équipe de Coupe Davis après que le capitaine Guy Forget l’a écarté du groupe. Ainsi, le duel franco-français ne démarre pas dans une ambiance amicale.

Le match commence lundi, en fin d’après-midi. Les anciens coéquipiers se lancent dans une bagarre à la fois physique et mentale. Fabrice Santoro maîtrise mieux sa partition et empoche les deux premiers sets, 6-4 6-3. Mais alors que les échanges sont de plus en plus longs, le plus jeune des deux Français trouve son rythme et parvient à recoller au score, remportant les deux manches suivantes, 7-6 6-3. Arnaud Clément semble se diriger vers la victoire lorsqu’il obtient une balle de match à 5-4 au cinquième set. Mais il rate son retour. Lorsque Santoro revient à 5-5, le match est interrompu par la nuit, après quatre heures et 38 minutes de jeu.

Fabrice Santoro, 2004 French Open

Le jour suivant, le 25 mai, les joueurs reviennent pour terminer leur rencontre. Cela leur prendra plus de temps que prévu. Le match s’éternise et, presque deux heures plus tard, alors qu’Arnaud Clément mène à présent 14-13, Santoro doit défendre une nouvelle balle de match, que Clément gâche d’un coup droit dans le filet. Il se fait breaker dans la foulée et c’est au tour de Santoro de servir pour le match. Mené 0-40, il se débrouille pour revenir et, après un dernier passing shot gagnant, il s’écroule, terrassé à la fois par la fatigue et l’émotion. Il se relève rapidement et vient au filet, où les deux Français échangent une froide poignée de main. Avoir établi le record du match de tennis le plus long de tous les temps n’a pas réchauffé leur relation.

La postérité du moment

Interrogé juste après le match au sujet de ce nouveau record, Arnaud Clément se montrera amer.

« Je m’en fous de ce record. Ça ne compte pas quand on joue sur deux jours. Et puis on gagne quoi, une médaille ? »

Fabrice Santoro, bien entendu, sera plus enthousiaste.

« Je ne pourrais pas rêver d’un meilleur endroit pour battre un record comme ça. », commentera-t-il.

Le lendemain, Santoro, infatigable, s’imposera à nouveau en cinq manches face à Irakli Labadze (6-4 3-6 2-6 6-1 6-2) avant de s’effondrer au troisième tour contre un autre Français, Olivier Mutis (6-0 6-2 6-3).

Le record établi par les deux Français ce jour-jà tiendra jusqu’en 2010, lorsque John Isner et Nicolas Mahut le pulvériseront à Wimbledon. Avec les changements de règles visant à raccourcir les matches, il est probable que ce record ne soit jamais battu. À ce jour, le marathon disputé par Santoro et Clément en 2004 reste le match le plus long de l’histoire de Roland-Garros.

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