8 juin 1997 : Le jour où Kuerten a remporté son premier Roland-Garros

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 6 juin 1997, Gustavo Kuerten domine l’ancien double vainqueur du tournoi Sergi Bruguera en finale de Roland-Garros pour remporter son premier titre du Grand Chelem.

8 juin 2021
Gustavo Kuerten - On this day

Ce qu’il s’est passé ce jour-là et pourquoi cela a marqué l’histoire du tennis

Le 6 juin 1997, Gustavo Kuerten, 20 ans et 66e mondial, domine l’ancien double vainqueur du tournoi Sergi Bruguera en finale de Roland-Garros pour remporter son premier titre du Grand Chelem. Totalement inconnu du public au début du tournoi, le Brésilien séduit le public par son humilité et sa combativité, après avoir battu, sur le chemin de la finale, les deux derniers vainqueurs de Roland-Garros, Thomas Muster et Ievgueni Kafelnikov, à chaque fois en cinq manches. C’est le début d’une histoire d’amour peu commune entre Kuerten et Roland-Garros, où il remportera ensuite deux autres titres.

Les acteurs

  • Gustavo Kuerten, la surprise 

Gustavo Kuerten est né en 1976. Passé pro en 1995, il entre dans le top 100 en août 1996, après deux victoires prometteuses sur terre battue contre le 21e mondial, Alberto Berasategui, et le 22e Carlos Moya. Début 1997, ses meilleurs résultats son une victoire à Memphis sur Andre Agassi, alors 14e mondial, et un huitième de finale au Masters 1000 d’Indian Wells. Après cinq tournois décevants lors de la tournée européenne sur terre battue, il décide avec son entraîneur de retourner au Brésil avant Roland-Garros, afin d’y disputer un Challenger, à Curitiba, qu’il remporte sans affronter le moindre joueur du top 100. Lorsqu’il arrive à Paris, 66e mondial, c’est un parfait inconnu aux yeux du grand public,. A tel point qu’aucun journaliste brésilien n’a même été dépêché pour suivre le tournoi.

Kuerten
  • Sergi Bruguera, le terrien deux fois titré à Paris

Sergi Bruguera, né en 1971, s’est révélé au grand public à l’âge de 19 ans, en 1990, à Roland-Garros, en éliminant le numéro 1 mondial Stefan Edberg au premier tour (6-4, 6-2, 6-1). Véritable spécialiste de la terre battue, il a gagné quatorze tournois au cours de sa carrière, dont seulement un seul sur dur, en 1993, à Bordeaux. Il s’appuie sur un énorme lift qu’il imprime des deux côtés à l’aide de prises très fermées, et sur un revers d’une régularité exceptionnelle qu’il ne rate pour ainsi dire jamais. Son jeu est si défensif qu’il ignore souvent la saison sur gazon et n’a joué que trois fois à Wimbledon depuis le début de sa carrière. Son plus grand exploit est bien sûr d’avoir triomphé deux années consécutives à Roland-Garros. La première fois, en 1993, il est numéro 1 mondial et, après avoir infligé au Français Thierry Champion le dernier triple 6-0 de l’histoire du Grand Chelem, il vient à bout en finale du tenant du titre, Jim Courier, à l’issue d’une finale épique (6-4, 2-6, 6-2, 3-6, 6-3).

En 1994, il parvient à conserver son titre, en battant en finale son compatriote Alberto Berasategui (6-3, 7-5, 2-6, 6-1). En 1995, il est seulement éliminé en demi-finale par Michael Chang (6-4, 7-6, 7-6), mettant ainsi fin à une série de 19 victoires de rang à Roland-Garros. Fin 1995, il se blesse sérieusement à la cheville, ce qui ruine sa préparation hivernale et par là même sa saison 1996. Il revient dans le Top 20 en 1997 en atteignant à Miami la seule finale de sa carrière en Masters 1000 sur dur (il y est battu par Thomas Muster, 7-6 6-3 6-1). 

Le lieu : Roland-Garros

L’histoire se déroule à Roland-Garros. Le stade, situé dans l’ouest parisien, à la lisière du bois de Boulogne, accueille les Internationaux de France depuis 1928. C’est le premier et désormais le seul Grand Chelem disputé sur terre battue, la surface la plus lente, ce qui en fait le tournoi le plus difficile sur le plan physique.

Roland-Garros 2009
Roland-Garros 2009

C’est l’endroit rêvé pour que s’expriment les lifteurs du fond de court comme Sergi Bruguera, qui a remporté à Paris ses deux titres du Grand Chelem. Gustavo Kuerten n’a participé qu’une seule fois à Roland-Garros, en 1996, éliminé au premier tour par le 11e mondial Wayne Ferreira (6-4, 7-5, 7-6).

L’histoire : L’incroyable épopée de Kuerten

En 1997, Sergi Bruguera a beau s’être seulement présenté à Roland-Garros avec le dossard numéro 19, ce n’est pas pour autant une surprise de le retrouver en finale en ce dimanche 8 juin. Après tout, lors des quatre dernières éditions du tournoi parisien, il reste sur un ratio de 20 victoires pour seulement 2 défaites. Il a gagné le tournoi en 1993 et 1994, et atteint les demi-finales en 1995. Mais en 1996, il a été battu au deuxième tour par Pete Sampras, qui n’avait jamais aussi bien joué sur terre battue. Pour parvenir en finale, il a pris sa revanche de la demi-finale 1995 en dominant Michael Chang, alors 2e mondial, en huitièmes de finale (3-6, 6-4, 6-3, 6-4).

En ce qui concerne Gustavo Kuerten, bien malin qui aurait prédit sa présence au stade ultime de Roland-Garros. Âgé de 20 ans et 66e mondial, il a entamé le tournoi dans la peau d’un parfait inconnu qui n’avait encore jamais disputé la moindre finale chez les pros. Sans aucun complexe, il s’est fait connaître dès le troisième tour en battant la terreur de la terre battue, le vainqueur de l’édition 1995, Thomas Muster (6-7, 6-1, 6-3, 3-6, 6-4), alors même que l’Autrichien s’était détaché 3-0 au cinquième set. En huitièmes de finale, il s’est sorti d’un nouveau combat en cinq sets contre Andrei Medvedev, avant d’éliminer le tenant du titre, le 3e mondial Evgueni Kafelnikov, toujours en cinq manches (6-2, 5-7, 2-6, 6-0, 6-4). Son tennis repose sur un excellent premier service et un revers à une main impressionnant, ainsi que sur des campagnes d’amorties, qui font de lui un joueur naturel de terre battue. Avec son grand sourire, sa tenue bariolée et son jeu spectaculaire, il est vite devenu le chouchou du public.

Guga Kuerten at the French Open in 2001

Au cours de cette finale, Kuerten joue proche de la perfection. Prenant la balle beaucoup plus tôt que Bruguera, il ne semble pas gêné par le gros lift de l’Espagnol, et dirige tout de suite le jeu, multipliant les coups gagnants. Pour Bruguera et les joueurs de son espèce, ce match annonce la fin de l’ère des joueurs ultra défensifs : contre un joueur comme Kuerten, capable de se montrer patient, de mettre beaucoup de lift, mais aussi de frapper la balle montante, de bien servir et de distiller de superbes amorties, l’ancien vainqueur de Roland-Garros se trouve impuissant. Après seulement une heure et cinquante minutes de jeu, Kuerten a surclassé Bruguera (6-3, 6-4, 6-2) pour s’adjuger la Coupe des Mousquetaires. Pour devenir le premier joueur non-tête de série à remporter le tournoi, il aura battu les trois précédents vainqueurs : Muster, Kafelnikov et Bruguera.

La postérité du moment

Gustavo Kuerten terminera 1997 à la 14e place mondiale. Il aura du mal à confirmer son nouveau statut en 1998 et ses résultats sur dur seront décevants. Il gagnera en régularité en 1999 et en 2000, sa plus grande année, il donnera à tort à ceux qui affirmaient que son exploit de 1997 resterait sans lendemain. Cette année-là, Kuerten remportera un nouveau titre à Paris, en battant Magnus Norman en finale (6-2, 6-3, 2-6, 7-6). Il terminera la saison premier mondial, grâce un fantastique triomphe au Masters où il vaincra à la fois Andre Agassi et Pete Sampras en salle, sur surface rapide. En 2001, Guga triomphera une troisième fois à Paris, cette fois aux dépens d’Alex Corretja (6-7, 7-5, 6-2, 6-0).

Sérieusement touché à la hanche, Kuerten ne pourra venir défendre son titre Porte d’Auteuil en 2002, et la suite de sa carrière ne sera qu’un long combat contre cette blessure dont il ne se remettra jamais. Après deux ans d’inactivité, il finira par annoncer sa retraite en 2008, après une dernière apparition pour faire ses adieux à Roland-Garros et une défaite d’entrée face à Paul-Henri Mathieu (6-3, 6-4, 6-2).

Atteindre la finale de Roland-Garros 1997 restera le dernier gros résultat de Sergi Bruguera. Après un huitième de finale disputé la même année à l’US Open (et perdu contre Marcelo Rios), il ne dépassera plus jamais le deuxième tour d’un tournoi du Grand Chelem et ne gagnera plus le moindre tournoi. Touché par diverses blessures, il quittera la top 100 au cours de la deuxième moitié de 1998, pour n’y revenir qu’en octobre 2000. Il remontera alors jusqu’à la 60e place mondiale. Pour sa dernière apparition à Roland-Garros, en 2001, il abandonnera au début du quatrième set de son deuxième tour contre Michael Russell, victime d’une insolation. Bruguera prendra sa retraite à l’été 2002.

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