Mouratoglou : « À Rio, nos joueurs ont vécu une expérience unique dans une vie »
Patrick Mouratoglou, fondateur et président de l’UTS, revient sur les grands enseignements de l’étape de Rio de Janeiro. Un événement marqué par une pression folle sur les épaules des joueurs étrangers, ce qui n’a pas empêché l’Américain Brandon Nakashima de l’emporter.
Patrick Mouratoglou et les joueurs – UTS Rio 2026 © UTS
L’UTS Rio by XP comptait pas mal de petits nouveaux sur la ligne de départ. Quel a été leur ressenti global ?
Patrick Mouratoglou : Franchement, au début, c’était très dur pour eux. Déjà parce que le format est complètement nouveau, très éloigné du tennis traditionnel, et surtout beaucoup plus physique. Il faut mettre en place des stratégies pour l’emporter, mais elles n’ont rien à voir avec le circuit classique. Et puis deuxièmement, la plupart se sont retrouvés face à des joueurs brésiliens, au Brésil, devant un public qui les huait non-stop sur les points clés… C’était du délire. Et à ma grande surprise, ils m’ont tous dit qu’ils avaient adoré ça !
Regardez Griekspoor par exemple : même s’il s’est fait siffler comme jamais parce qu’il affrontait Fonseca, il a pris un plaisir fou. Je l’ai croisé le lendemain matin et il m’a dit que c’était une expérience incroyable, le genre de truc que tu ne vis qu’une fois dans ta vie.
Les ambiances à l’UTS sont souvent très électriques, mais quelle a été la marque de fabrique du public brésilien ?
Patrick Mouratoglou : Ils conspuaient les adversaires des Brésiliens avant chaque service et hurlaient à plein poumons sans s’arrêter. C’est assez unique. Mais encore une fois, les joueurs ont adoré. Même ceux qui en étaient les victimes directes y ont trouvé leur compte, parce que c’est pour ça qu’ils font ce métier. Si ce sont des athlètes de haut niveau, c’est pour vibrer, que ce soit à travers des émotions hyper positives ou dans la difficulté. Quand le public est chaud comme ça, ils ont vraiment le sentiment de livrer un vrai combat.
En temps normal, dans le tennis traditionnel, les commentateurs diraient : « Oh là là, ça va trop loin, ce n’est pas très fair-play ». Les codes du tennis classique sont tellement rigides que cette ferveur populaire peut être perçue d’un très mauvais œil. Mais quand on regarde d’autres sports comme le basket ou le foot, c’est totalement normal de pousser son équipe et de chahuter l’adversaire. Dans le tennis traditionnel, les gens en tribunes ont l’impression que c’est interdit. Moi, je ne marche pas là-dedans. À partir du moment où l’adversaire lui-même a aimé ça, c’est bien la preuve que ce n’était ni malsain, ni dangereux.
Parlons du vainqueur, Brandon Nakashima. Il a eu un peu de mal à démarrer, mais il a fini en patron.
Patrick Mouratoglou : Brandon a fait un boulot monstrueux. Pour une première sur le circuit UTS, il s’est retrouvé dans les conditions les plus hostiles possibles : il a dû jouer deux fois un Brésilien, Guto Miguel, chez lui au Brésil. Il a raté un nombre incroyable de services au premier tour à cause du vacarme en tribunes, mais il a réussi à inverser la vapeur et à prendre du plaisir dès le lendemain. Sa prestation a été impressionnante. Ce qui m’a scotché, c’est sa qualité de déplacement, sa capacité à contrer avec une efficacité redoutable, et de façon générale, le fait qu’il était presque impossible à prendre de vitesse. Il jouait long, il jouait vite. Et dès que l’autre ralentissait le rythme, il attaquait, trouvait des angles et venait conclure au filet. Il a été monstrueux à la volée, en sortant des demi-volées de classe internationale. Pour moi, son niveau sur le Final Four, c’était du très très haut niveau.

Qu’est-ce qui le rend aussi fort et compatible avec le format UTS ?
Patrick Mouratoglou : Ce profil de joueur — ultra régulier, qui se déplace super bien et avec une caisse physique incroyable — est extrêmement dangereux à l’UTS. Il partage ces qualités avec Cerundolo, qui a gagné à Hong Kong en 2025, avec Alex de Minaur, notre double champion, ou encore avec Rublev, qui s’est imposé plusieurs fois.
Le stade était plein à craquer, tout le monde scandait son nom… FONSECA a forcément ressenti une pression immense
La révélation du week-end, c’est le jeune Guto Miguel, 17 ans seulement, finaliste après avoir accroché Kyrgios, Nakashima et Cerundolo à son tableau de chasse. Sans lui mettre une pression folle, quel est le potentiel de ce gamin ?
Patrick Mouratoglou : Il a un potentiel énorme. C’est une certitude, on va le revoir rapidement sur le circuit ATP à la télé d’ici deux ou trois ans, et on verra bien jusqu’où il peut monter. Mais il a étalé une palette impressionnante : de superbes qualités tennistiques, évidemment, mais aussi un mental en acier trempé. Il a tout pour réussir.
Pour UTS, c’est essentiel de mettre en avant les cadors du circuit classique. João Fonseca, lui, n’a pas réussi à sortir des poules pour rallier le Final Four.
Patrick Mouratoglou : Je pense qu’il a manqué de temps pour faire des matches d’entraînement avant de se lancer. Il est tombé sur un joueur comme Nick Kyrgios, qui est beaucoup plus rodé aux joutes de l’UTS. Le stade était plein à craquer, tout le monde scandait son nom… il a forcément ressenti une pression immense. Sur son premier match, cela se voyait qu’il n’avait pas le bon timing, il a pioché. Mais il est monté en puissance au fil des jours. Sa seule défaite lui coûte la demi-finale, mais connaissant son état d’esprit, je suis convaincu qu’il aura à cœur de revenir pour faire bien mieux.
À quel point c’est crucial pour UTS d’aligner à la fois des stars confirmées comme Fonseca et de très jeunes pépites comme Guto ? C’est sans doute la première fois qu’il y a un tel écart d’expérience sur un même tableau.
Patrick Mouratoglou : Je trouve ça génial de faire cohabiter des cadors actuels et des futurs patrons du circuit — d’autant plus quand ce sont des locaux. Au Brésil, on avait la star nationale et l’un des plus grands espoirs du tennis brésilien. Les spectateurs sont rentrés chez eux en se disant : « Wouah, j’ai découvert un jeune de chez nous qui va devenir fort ». C’est exactement ce que l’UTS apporte aux fans de tennis. Et pour ces joueurs, c’est aussi un rôle d’ambassadeur. Un gamin comme Guto se souviendra de l’UTS toute sa vie : jouer devant son public, se mesurer aux meilleurs joueurs du monde, faire des perfs et accrocher une finale… Ce sont des moments gravés à jamais.