“Est-ce que ça vaut vraiment le coup ?” : La petite phrase de Murray qui sème le doute sur la suite de sa carrière

Andy Murray a fait part vendredi de sa frustration de ne pas pouvoir rivaliser avec les meilleurs du circuit, après sa défaite cinglante contre Denis Shapovalov au troisième tour de Wimbledon. De quoi remettre en question son avenir à moyen terme.

Andy Murray at Wimbledon in 2021

Au fil des questions, et au fil de ses réponses, l’émotion a gagné Andy Murray. L’Ecossais est du genre à ne pas tricher, à montrer ses sentiments, sur le court comme en conférence de presse. La fin de son parcours à Wimbledon, après sa défaite sèche contre Denis Shapovalov vendredi au troisième tour (6-4, 6-2, 6-2), pour sa première participation au Grand Chelem londonien depuis 2017, a nécessairement remué en lui toutes les épreuves traversées ces dernières années.

Un cheminement propice à la remise en question, même s’il n’est aujourd’hui que 118e mondial, quand le Canadien occupe la 12e place du classement ATP. C’est ainsi qu’avant de mettre fin à l’exercice devant les journalistes, Murray a déballé tout ce qu’il a sur le coeur. Quitte à ouvrir, par son ton et ses mots, la porte à une décision radicale dans les mois à venir.

“C’était super de pouvoir jouer à nouveau devant du public. J’ai reçu un soutien incroyable ici. J’en suis très reconnaissant, ça m’avait manqué. Ça vous rappelle pourquoi vous travaillez tant. C’est positif d’avoir enchaîné les matchs, de se sentir bien physiquement et de ne pas s’être blessé. Mais il y a une partie de moi qui se demande si avoir tant travaillé ces trois derniers mois pour au final ne pas jouer comme je le voulais et l’espérais, est-ce que ça vaut vraiment le coup ?”

Murray coincé entre l’envie de s’entraîner et la nécessité de se préserver

Après deux opérations de la hanche en 2018 et 2019, et à maintenant 34 ans, Murray n’est plus le même. Ce qui est forcément difficile à accepter pour un ancien numéro 1 mondial, vainqueur de trois tournois du Grand Chelem et double champion olympique en titre. Le Britannique, dont la hanche est désormais soutenu par des composants métalliques, a perdu en mobilité et surtout en capacité de travail, pour répéter les efforts. Il sait pourtant que c’est la clé pour revenir à un niveau digne de son talent.

Andy Murray
Tennis – Wimbledon – All England Lawn Tennis and Croquet Club, London, Britain – June 25, 2021 Britain’s Andy Murray ahead of a practice session

“Il vous faut une dynamique positive, des matchs, pour être compétitif au plus haut niveau. A cause de mon classement, le fait de ne pas être tête de série, vous pouvez affronter dès le deuxième tour un joueur comme Berrettini, avec un gros service et qui frappe fort dans la balle. Vous n’êtes pas prêt pour ce rythme de jeu. C’est comme aujourd’hui. Si vous êtes troisième ou quatrième, vous pouvez éviter ce type de joueurs jusqu’à plus tard dans la tournoi, vous pouvez ainsi prendre davantage confiance. J’ai besoin de matchs, j’ai besoin de les enchaîner, et j’ai besoin de temps sur le terrain d’entraînement si je veux améliorer mon jeu, ce dont j’ai clairement besoin.”

Je ne peux pas m’entraîner et me préparer comme j’en ai besoin pour être performant sur des tournois comme ça.

Andy Murray

Tombé un temps à la 839e place mondiale, Murray sera de retour, d’ici une dizaine de jours, aux portes du Top 100, dont il ne fait plus partie depuis juin 2018. Mais il est coincé entre deux faces d’une même pièce. D’un côté, il doit rattraper le temps perdu en raison de ses longues périodes d’indisponibilité qui ont jalonné ces dernières temps. L’Ecossais n’a disputé que 45 matchs officiels depuis début 2018, soit à peine un par mois en moyenne sur la période. De l’autre, il doit tout faire pout prévenir le risque d’une rechute.

“Il y a une différence entre faire attention à votre corps, vous assurer de ne pas trop en faire, et pouvoir vous engager davantage dans ce que vous faites quand vous vous préparez pour des tournois. Je pense qu’il y a une autre manière de faire que jouer quatre heures par jour six jours de suite. Mais il faut cette régularité au quotidien. Par exemple, je ne me suis pas entraîné hier. Ça ne m’est jamais arrivé dans ma carrière. En temps normal en Grand Chelem, je serais venu et j’aurais tapé des balles, des retours face à un service de gaucher par exemple. Et évidemment j’arrive sur le court aujourd’hui et je démarre mal. J’aurais dû m’entraîner hier. C’est quelque chose que j’essaie encore d’ajuster avec mon équipe.”

Murray ouvre la porte à une réflexion sur son avenir

Avec son revers contre Shapovalov, Murray semble avoir pris conscience de l’urgence de trouver ce point d’équilibre. Parce que le temps presse pour un joueur de 34 ans, qui n’a plus atteint la deuxième semaine d’un tournoi du Grand Chelem depuis 2017. Alors le Britannique a laissé entendre qu’il se laissait encore quelques mois avant de se décider. Comme si la deuxième partie de la saison en cours allait déterminer en partie ce qu’il ferait en 2022.

“A moins que mon équipe et moi ne pouvions trouver une solution pour que je puisse rester sur le court pendant une certaine période de temps, pour me permettre de m’entraîner de la façon dont j’ai besoin pour rivaliser avec ces gars, les discussions sur mon avenir arriveront. Parce que j’ai vraiment investi beaucoup pour en arriver là, mais je ne peux pas m’entraîner et me préparer comme j’en ai besoin pour être performant sur des tournois comme ça. Je ne dis pas que je battrais Denis Shapovalov, c’est un super joueur. Mais j’ai le sentiment que je peux faire bien mieux que ce que j’ai fait cet après-midi.”

Certes irrégulier lors de ses deux premiers tours, contre Nikoloz Basilashvili puis Oscar Otte, Murray évoluait par séquences à un niveau de jeu qui était probablement son meilleur depuis son titre surprise à Anvers fin 2019. Il était résolument positif, repoussant l’idée de la retraite au seul prétexte qu’il ne serait plus en mesure de reproduire ses exploits passés. Mais le compétiteur a repris le dessus dans la défaite. Il la hait trop et ne pourra manifestement pas la supporter – sauf s’il a la sensation de pouvoir, un jour prochain, l’éviter peu importe l’identité de son adversaire.

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