Osaka en Une de Vogue US – Black Lives Matter, Serena, Kobe : Les 7 déclas fortes de la Japonaise

Après Sports Illustrated, Naomi Osaka a les honneurs de la couverture du Vogue US. Dans un long article qui lui est consacré, la Japonaise se confie sur les origines de son engagement pour la cause “Black Lives Matter” et sa révérence encore puissante pour Serena Williams.

Naomi Osaka

Naomi Osaka a bien dépassé les frontières du sport. Quelques jours après avoir été désigné parmi les Sportifs de l’année par Sports Illustrated et avoir fait la Une du célèbre magazine sportif américain, elle se retrouve en couverture du Vogue US. Osaka devient la première Japonaise à avoir l’honneur d’une Une consacrée entièrement à elle et s’inscrit dans la lignée de sportives récemment mises en avant, comme Serena Williams ou Simon Biles, la gymnaste quadruple championne olympique et 19 fois championne du monde.

Au-delà du symbole, Osaka se confie en longueur dans le long article qui lui est consacrée dans les colonnes du magazine américain. A commencer par le sujet qui lui a donné envie de s’engager publiquement et de prendre des positions fortes, elle qui était auparavant si discrète : les violences policières à l’encontre des afro-américains aux Etats-Unis.

1- Une prise de conscience favorisée par le confinement

“J’ai le sentiment que ça montait en moi depuis un moment.”

Osaka avait 14 ans au moment de l’affaire Trayvon Martin, tué par balles à 17 ans par George Zimmerman, membre d’une patrouille de quartier, en février 2012. Surtout, elle habitait en Floride, à seulement trois heures de route du lieu du drame. “J’avais vécu l’affaire Trayvon. Pour moi, c’était hyper effrayant. Je voyage tellement pendant l’année que je ne me tiens pas toujours au courant des informations américaines. Mais avec la pandémie, il n’y avait plus de distractions. J’étais obligée de voir ce qu’il se passait.”

Naomi Osaka, Trayvon Martin mask

2- Les masques à l’US Open, un facteur dans sa victoire finale

“Le tennis est suivi à travers le monde, dont des gens qui pouvaient ne pas connaître ces noms pouvait faire une recherche sur Google et en apprendre plus sur eux.”

Osaka avait fait un pari avant l’US Open : emmener dans ses valises sept masques, chacun avec le nom d’une victime des violences policières inscrit dessus (Breonna Taylor, Elijah McClain, Ahmaud Arbery, Trayvon Martin, George Floyd, Philando Castile et Tamir Rice), et en porter un à chaque tour passé pendant le tournoi. Mais ce qui aurait pu devenir un fardeau trop lourd pour elle l’a finalement porté jusqu’au titre, après une victoire finale aux dépens de Victoria Azarenka. “Je me disais juste que c’était l’occasion pour moi d’attirer l’attention sur ce problème. (…) C’était un vrai moteur pour moi, et je pense que ça m’a aidé à remporter le tournoi.”

3- Une légitimité injustement remise en question

“J’ai l’impression que ce n’était pas si farfelu que je me mette à parler de ce qu’il se passait ici”

Comme souvent quand des sportifs s’expriment sur des sujets sociétaux, leur légitimité est mise en doute. C’était d’autant plus vrai pour Osaka, née d’une mère japonaise et d’un père haïtien, et qui s’est installée aux Etats-Unis avec sa famille à l’âge de trois ans. Elle défend, aussi, les couleurs du Japon sportivement, selon un choix fait pour elle par ses parents il y a de cela des années. “Je pense que j’embrouille les gens, parce que certains me collent une étiquette, et ils veulent que je m’y tienne. Parce que je représente le Japon sportivement, certains veulent que je me taise et peut-être que je n’évoque que les sujets qui concernent le Japon. Je me considère comme japonaise, haïtienne et américaine. J’ai grandi davantage dans la culture japonaise, mais je suis noire, je vis aux Etats-Unis et j’ai l’impression que ce n’était pas si farfelu que je me mette à parler de ce qu’il se passait ici. Ce sont des choses qui me font vraiment peur.”

Naomi Osaka, Brisbane, 2020

4- Un boycott inspiré par la NBA et Lewis Hamilton

“Je jouais mes matches, et j’ai vu que ce que la NBA faisait, ce que Lewis Hamilton disait, et je me suis dit : ‘Wow, le tennis ne fait jamais ça’. J’ai commencé à réaliser que ça pourrait avoir un retentissement encore plus grand.”

Au lendemain du début du Western & Southern Open, délocalisé de Cincinnati à Flushing Meadows en raison de la pandémie, Jacob Blake se fait tirer dessus à sept reprises dans le dos par la police, dans le Wisconsin. Alors en plein tournoi, Osaka décide d’imiter le boycott à l’oeuvre en NBA, en pleine période de play-offs, et annonce qu’elle ne disputera pas sa demi-finale contre Elise Mertens. L’organisation du tournoi prend finalement la décision de suivre l’initiative de la native d’Osaka et de décaler tout le programme d’une journée, reportant tous les matchs prévus au lendemain. Un geste fort.

5- Toujours intimidée par Serena Williams

“Honnêtement, Serena me fait un peu peur”

La comparaison avec Serena Williams lui colle à la peau. Son père, Leonard François, s’est inspiré des méthodes de Richard Williams, le père de Serena et de Venus, pour enseigner le tennis à ses filles, Naomi et Mari, sans avoir pratiqué la discipline auparavant. “Je dirais que si Serena n’était pas là, je ne le serais pas non plus, et je pense que beaucoup de joueurs peuvent en dire autant.” Même si elle l’a battue deux fois en trois confrontations, dont une en finale de l’US Open 2018, pour son premier titre en Grand Chelem, Osaka garde une certaine révérence à l’égard de Serena. “Il y a tant de domaines dans lesquelles elle est plus forte. Elle est plus agressive. Elle sait quand tenter le coup gagnant. Parfois elle frappe des retours vraiment énormes, et je ne peux pas en faire autant. Honnêtement, elle me fait un peu peur. Pas dans le sens qu’elle m’effraie, mais elle m’impressionne, et je deviens toute timide quand elle se retrouve à trois mètres de moi. Ça m’a vraiment affectée lors de la finale de l’US Open 2018, mais j’avais tellement travaillé pour ce moment, je me disais que si j’étais intimidée ou si je lui montrais que j’avais peur d’elle, elle en profiterait. Quand j’entre sur le court, je dois la traiter comme une joueuse, pas comme Serena Williams. J’ai juste bloqué toutes mes émotions et me suis dit qu’il fallait jouer contre la balle, que chaque balle qui passerait le filet serait mon adversaire.”

Naomi Osaka and Serena Williams, US Open Final, 2018

6- Sa relation avec Kobe Bryant

“Il m’a appris que même, dans un moment difficile, si tu insistes, tu finiras par obtenir le résultat”

Après avoir remporté coup sur coup ses deux premiers titres du Grand Chelem, à l’US Open 2018 et l’Open d’Australie 2019, Osaka a connu un vrai passage à vide. Elle a enchaîné les déceptions, avec des éliminations précoces à Roland-Garros (3e tour) et Wimbledon (1er tour). Elle a ainsi dû attendre septembre 2019 pour disputer une nouvelle finale et retrouver de la confiance. “Quand tu es jeune, tu n’as peur de rien, et une fois que tu commences à te poser, que tu réalises les attentes autour de toi, tu te mets à trop réfléchir sur un tas de choses. Honnêtement, je ne l’ai pas bien géré.” Son agent a alors eu l’idée de lui faire rencontrer Kobe Bryant, décédé dans un accident d’hélicoptère en janvier dernier, pour en faire son mentor. “Il avait connu des hauts et des bas. Il m’a appris que même, dans un moment difficile, si tu insistes, tu finiras par obtenir le résultat. Ou du moins, tu auras l’opportunité d’obtenir ce résultat.”

7- Le tennis n’est pas tout dans la vie

“Si je devais faire une analogie avec les jeux vidéo, je pense que je suis au niveau 50 en tennis, mais tout le reste dans ma vie est au niveau 5 ou 6.”

Focalisée sur sa réussite sportive depuis des années, Osaka estime qu’il est maintenant nécessaire pour elle de développer ses connaissances dans d’autres domaines. “Je pensais auparavant que tout devait tourner autour du sport, et maintenant je prends conscience qu’il faut trouver un équilibre. Je veux être mieux informée, avoir une plus grande compréhension des choses, ou même de plein de petits détails qui aboutissent à quelque chose de plus important. Je veux être une bonne personne pour tous ceux que je croise.”

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