Monfils avant sa der’ à Roland-Garros : « Tout ce que je pouvais souhaiter s’est réalisé à 99,9%, à part le trophée »
Le Tricolore affrontera Hugo Gaston lundi soir pour son entrée en lice dans son dernier Roland-Garros.
Gaël Monfils – Roland-Garros 2026 © Zuma / Psnewz
Q. Quelle a été ta réaction quand tu as vu qu’Elina avait écrit cette lettre pour votre fille, lors de la cérémonie ?
Ce jour-là, elle me l’a lue tard le soir quand je suis revenu de cet événement. Nous étions tous les deux assez émus, à fleur de peau. Je ne savais pas qu’elle allait faire ça. J’ai été très touché. C’était amusant de voir que c’était l’une des premières fois où je l’ai vue s’ouvrir un peu sur ce sujet. Cela m’a touché profondément.
Q. Naomi Osaka était là il y a quelques heures. Elle a dit que tu étais le GOAT. Tu l’as invitée à ton événement. Elle a parlé de l’influence que tu as eue sur elle, jeune joueuse noire, quand elle était plus jeune. Tu te rends compte de l’influence que tu as eue, en général, et sur les plus jeunes en particulier ?
C’est elle, la GOAT. Maintenant que la fin approche, évidemment, je pense que je verrai un peu plus clair. Sur le moment, on ne se rend pas forcément compte de l’influence que l’on a. Quand j’entends ces propos, j’en suis très reconnaissant — si j’ai pu inspirer des joueurs. Je connais des jeunes enfants qui se sont inspirés de ma façon de jouer, de me déplacer. Pour la communauté noire, voir quelqu’un sur le circuit, à mon avis, ça a été important. J’ai sans doute inspiré des joueurs noirs en leur montrant qu’ils peuvent y parvenir, qu’ils peuvent le voir de leurs propres yeux. Je m’en rendrai mieux compte dans quelque temps. Au cours de cette dernière saison, je m’en rends déjà un peu plus compte, et cela me procure beaucoup de reconnaissance.
Q. Sur ce tournoi en particulier, tu as une liste en tête de ce que tu veux faire ? Jouer sur un certain court, prendre une photo quelque part, emmener ta fille quelque part ?
Tout ce que je pouvais souhaiter s’est réalisé. La seule chose qui restait – on est à 99,9 % – c’était de soulever ce trophée. Tout ce que m’a donné Roland-Garros, c’est tout ce dont j’aurais pu rêver, tout ce pour quoi j’ai travaillé, tout ce que je souhaitais. Je me sens extrêmement chanceux d’être là où je suis aujourd’hui.
Q. C’est ton dernier Roland-Garros. Tu t’es préparé comment ? Tu es parti te mettre au vert façon commando ? Cette dernière ligne droite, comment tu l’as vécue ?
D’une façon assez détendue, en vrai. Il y avait pas mal de choses personnelles aussi au même moment. Donc, d’une façon assez détendue. Essayer de revenir physiquement mieux — j’étais un peu moins bien, donc essayer de travailler plus physiquement. Je ne vais pas te cacher que mon focus, c’était vraiment de retrouver une bonne frappe de balle, des choses comme ça. Je n’ai pas fait des choses différentes, mais j’étais assez détendu.
c’est tellement une chance de pouvoir dire au revoir, d’échanger des balles avec tous les joueurs, d’être compétitif sur quelques matchs avec ces jeunes joueurs.
Q. Comment tu décrirais les six mois entre l’annonce de ta retraite et ce Roland-Garros ? Il y a eu des hauts et des bas — la tournée sud-américaine que tu n’as pas pu faire, de belles victoires à Monte-Carlo, déception en Australie.
Plutôt bien, on va dire. À partir du moment où j’ai pu exprimer au monde du tennis que j’avais envie de prendre ma retraite la saison d’après — ça me tenait à cœur, c’est quelque chose que je voulais dire — après, plutôt bien. Comme je l’ai dit en fin d’année, c’est terrible ce que je vais dire, mais peu m’importe ce qui se passe, pour moi c’est tellement une chance de pouvoir dire au revoir, d’échanger des balles avec tous les joueurs, d’être compétitif sur quelques matchs avec ces jeunes joueurs. C’est pour moi une chance. Je l’ai vécu plutôt bien. J’ai toujours ce côté compétiteur, c’est ce que j’essaie de pousser dans certains matchs. Mais avant tout, c’est un tel plaisir d’avoir la chance de pouvoir encore jouer une dernière année sur un magnifique tour, avec des joueurs incroyables. Honnêtement, je suis très chanceux.
Q. Stan Wawrinka a déclaré un jour que s’il devait partir en trip à Vegas, il embarquerait toi, Frances Tiafoe et Benoît Paire. Une belle équipe.
Très belle équipe.

Q. Au-delà des vestiaires et du court, votre relation en dehors ? Je t’ai vu dans les tribunes à Genève. Qu’est-ce que Stan représente pour toi ?
Stan, c’est un pote, un vrai pote, un vrai ami. C’est quelqu’un avec qui le tennis est vraiment secondaire. Quelqu’un avec qui on partage de bons moments en dehors de notre métier. Quelqu’un que j’ai appris à connaître depuis tant d’années. Après, le joueur, j’ai une admiration folle pour lui. Stan, c’est Stan. Je le dis à chaque fois, c’est extraordinaire ce qu’il a pu faire, ce qu’il produit — une carrière de oufissime. Pour moi, c’est une légende. Vous le connaissez bien aussi : c’est quelqu’un de taquin, de marrant, généreux, quelqu’un qui tend la main, quelqu’un sur qui je peux compter. Je parle vraiment en dehors du tennis. Pour moi, c’est un vrai ami. C’est quelqu’un qui décroche le téléphone — si j’ai besoin d’aide ou quoi que ce soit, il sera là, il fera le maximum. Ça, c’est précieux.
Q. As-tu réfléchi à ce que pourrait être ton discours d’adieu ?
Je ne suis pas quelqu’un qui prévoit les choses. Je pense que j’irai vraiment sur le moment, sur ce que je ressens sur le moment, et je pense que c’est le mieux.
Q. Tu fais partie de ceux qui ont tenu le tennis français depuis un bon moment. Au moment de le laisser, quand tu regardes derrière, tu te dis : « Ça va le faire » ? Ou tu te dis que vous auriez pu créer plus d’élan ?
Je trouve qu’on a de très beaux joueurs. Beaucoup de joueurs, vraiment au top niveau. Après, c’est toujours très subjectif par rapport aux personnes, de ce qu’elles appellent le top niveau, ce qu’elles ont envie de ressentir. Mon ressenti, c’est qu’on a de beaux joueurs, beaucoup de joueurs, un beau vivier. Pour moi, ça pousse bien, c’est très, très compétitif. On a de beaux joueurs.

Q. Sauf si tu vas en finale cette année, ton meilleur Roland-Garros restera celui de 2008, la demi-finale contre Federer en quatre sets, très loin d’être une formalité pour lui. Tu te souviens de ce match ? Est-ce que c’était l’année où tu te sentais le plus fort ici ?
Je ne me souviens pas très bien du match en soi. Quatre sets, je sais. Pourtant, j’ai de temps en temps une bonne mémoire pour ça, mais je ne me souviens pas très bien de mes sensations. Je me sentais déjà mieux l’année d’après, en 2009, où je perds contre lui en quarts. Je jouais très bien au tennis, j’étais bien, et je crois que c’est l’année où il gagne, où Rafa se fait éliminer. J’avais de bonnes sensations en 2009. Derrière, il y a une année où je jouais très bien et où je n’ai pas pu jouer — 2016. J’arrivais avec beaucoup de confiance, mais je n’ai pas pu disputer le tournoi. Et l’année du Covid aussi, franchement, je commençais une très bonne année. Physiquement, tennistiquement, j’étais plutôt bien. Le fait d’avoir coupé, on n’a pas fait un « vrai » Roland-Garros… On va dire que chaque résultat vaut ce qu’il est.
Q. Comment ça se passe depuis que vous êtes ici cette semaine ? Il se passe énormément de choses. Comment vous vivez tout ça ?
Énormément de choses. Beaucoup d’amour, beaucoup d’énergie. Le truc, c’est qu’il faut faire attention de ne pas se faire submerger. Parce que j’ai quand même envie de produire — j’ai la chance de jouer. Donc j’essaie de bloquer les émotions, de me préparer du mieux possible, même si ce n’est pas facile. Je ne vais pas vous cacher : avec tout ce qui se passe, avec toutes les émotions, on perd un jus fou. Donc j’essaie vraiment de faire attention, de bloquer au maximum, parce que ça reste fatigant. Fatigant dans le bon sens des choses — mais quand les émotions sont trop fortes, c’est dur. La fatigue vient plus vite. Et j’ai encore envie de faire un bon match. Deux, comme j’ai dit. Ou trois. Donc j’essaie de bloquer tout ça, pour atténuer.